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International Afghanistan
Mis à Jour le : 31 mai 2007  16:09
Pfaff : L’Afghanistan sera le cimetière de l’OTAN
31 mai 2007

Le chroniqueur William Pfaff, de l’International Herald Tribune, pense que la guerre en Afghanistan est ingagnable et va sonner le glas de l’OTAN. Il appartient, dit-il, aux européens d’amener les USA à reconnaitre cette réalité, car ils en seront incapables par eux-mêmes.

Par William Pfaff, 22 mai 2007

L’Afghanistan sera vraisemblablement le cimetière de l’OTAN. Il s’agit là d’un cimetière déjà très rempli. L’union soviétique a été enterrée en Afghanistan. Et ce fut également le sort de l’Empire britannique, qui y a été défait. Et ce fut le sort de tous les envahisseurs de l’Afghanistan, sans aucune exception, jusqu’à Alexandre le Grand, abandonné par la chance dans les sables du Balouchistan et de l’Afghanistan au troisème siècle avant JC.

L’OTAN - c’est à dire certains de ses membres les plus puissants - est allé en Afghanistan à la requête pressante des USA pour aider à la reconstruction du pays sous le gouvernement d’Hamid Karzai. Il a été élu en 2004 après avoir dirigé le gouverment provisoire créé après la défaite des Talibans en 2001. Les Talibans tentent aujourd’hui de reconquérir leur pays.

Il règne une énorme inquiètude parmi les gouvernements membres de l’OTAN, quant à l’ampleur et à la dimension politique de cette mission, ainsi que pour les victimes qui sont déplorées, non seulement chez les soldats de l’OTAN, mais aussi parmi les civils Afghans.

Le président George Bush a reçu le Secrétaire Génral de l’OTAN Jaap De Hoop Scheffer dans son ranch de Crawford, la semaine dernière, pour réclamer de l’OTAN des efforts supplémentaires et s’attaquer aux problèmes de la dilution des responsabilités et du manque de résultats dans cette mission.

Cette dernière question est on ne peut plus importante. Il s’agit encore une fois d’une mission dirigée par les USA de façon irresponsable. Ils en assument le commandement malgré leur ignorance profonde des réalités sociales et historiques du pays qu’ils ont attaqué en espérant punir le gouvernement Taliban pour avoir accordé l’hospitalité à Ben Laden, et refusé de le leur remettre après un ultimatum américain.

Les Talibans forment un mouvement religieux radical, fondamentaliste et socialement réactionnaire qui espère débarasser la société Afghane de ses influences étrangères, et restaurer sa pureté religieuse, et la loi islamique. Ce qui était déjà le cas, dans l’indifférence des USA et de la communauté internationale, entre 1996 lorsqu’ils ont pris Kaboul, et 2001 lorsqu’ils ont été attaqués par les B52 américains et les soldats de l’alliance du nord, qui appartiennent à une ethnie ennemie.

Les Talibans sont des Pachtouns, le groupe ethnique majoritaire en Afghanistan et dans les régions frontalières du Pakistan. D’ou le problème de l’OTAN pour réussir. Il y a 37 000 hommes de l’OTAN en Afghanistan, dont nombre relèvent de gouvernements qui ne veulent pas prendre part aux missions de combats.

L’Afghanistan est plus grand que l’Irak. Les forces de l’OTAN tentent de battre et de chasser du pays un mouvement religieux et politique qui s’enracine dans la société Pachtoune, dont les membres sont estimés à 12,5 millions en Afghanistan, 28 millions au Pakistan voisin, et 40 ou 45 millions internationalement. C’est absurde.

Mais également inutile. Le sort de l’Afghanistan devra, et finalement sera, décidé par les Afghans et non pas par une intervention de l’OTAN. La campagne de l’alliance est déjà un échec, et c’est pourquoi le Président et le Secrétaire Général se sont rencontrés. A la suite de quoi, ils ont tous deux fait des déclarations futiles sur le fait que tous les membres de l’OTAN devraient envoyer plus d’hommes, et prendre de nouvelles responsabilités, ce que bien peu, voire personne, ne fera.

La tendance générale va dans la direction opposée, avec des européens qui ne sont pas enclins à renforcer une mission en échec, même si les américains y sont disposés (comme ils le font déjà en Irak depuis quatre ans). Même des Atlantistes convaincus comme le britannique Gordon Brown et les gouvernements Néerlendais et Allemands sont parmi ceux qui donnent des signaux de désengagement de la mission afghane.

Nicolas Sarkozy, le nouveau meilleur ami de Bush en Europe, a déclaré qu’il ne considérait pas le renouvellement de la contribution française en Afghanistan comme "décisif". Le commandant américain de l’OTAN a déclaré qu’il devrait y avoir des "changements tactiques, techniques et de procédures" dans l’Alliance, ce qui dans ces circonstances n’exprime guère de confiance.

J’ai écrit que cette aventure pouvait être le commencement de la fin pour l’OTAN, parce que ses membres européens avaient permis qu’elle se transforme d’une alliance défensive entre égaux, en un auxiliaire de la politique américaine. Cette politique, depuis le 11 semptembre 2001, a été catastrophiquement mal conçue et est en train de se désintégrer sous l’effet de la violence nihiliste d’un Irak en ruine.

La meilleure chose que les alliés de l’OTAN puissent faire pour les USA, serait de mettre fin à leur collaboration dans la guerre au terrorisme, poliment, avec des explications sensées.

Les Etats-Unis par eux-mêmes sont sans doute incapables de changer de direction, même avec un nouveau président. Il suffit d’écouter les candidats à la prochaine présidentielle pour comprendre qu’ils sont trop marqués par l’idéologie d’un interventionnisme global des USA contre le terrorisme et le mal - même si cela conduit à aggraver les deux. Il appartient peut-être à l’Europe de donner l’impulsion qui pourrait sauver les USA des calamités auxquelles - comme l’OTAN - ils se confrontent.

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La guerre ingagnable d’Afghanistan en deux cartes

L’Afghanistan est une montagne incontrôlable

(JPG)

Carte du ministère de la Défense UK

Les Pachtouns sont chez eux de l’Afghanistan au Pakistan

(JPG)

La zone Pachtoune est représentée en bleu. La ligne rouge qui court en son milieu marque la frontière entre Afghanistan et Pakistan.

Il s’agit de la « Ligne Durand », qui porte le nom d’un membre du gouvernement colonial anglais en Inde, et a été tracée arbitrairement en 1893 dans l’espoir de diviser le peuple Pachtoun.


Publication originale William Pfaff, traduction Contre Info


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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1042
 
 
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