International Europe
Mis à Jour le : 5 juin 2007  13:00
Bouclier américain : l’Ouest n’a pas tenu ses promesses
5 juin 2007

« A la fin de la guerre froide, l’Ouest disait que l’OTAN ne s’étendrait pas aux anciens membres du Pacte de Varsovie, et qu’il n’y aurait pas de bases dans ces pays. »

Extraits d’un entretien accordé par Hans-Ulrich Klose à la radio Deutschlandfunk.

M. Klose est élu du SPD au Bundestag et Vice Président de la commission des Affaires Etrangères.

Klose : [...] Les pays d’Europe de l’Est ont une représentation de l’histoire différente de celle de Moscou, ce qui, en particulier dans le cas de l’Estonie, a conduit à une situation conflictuelle. Je pense qu’il serait indiqué de faire une pause, de limiter nos attentes et d’aborder si possible les problèmes pas à pas.

Deutschlandfunk : Mais tant que Moscou interdira l’exportation de la viande polonaise et qu’il exercera des pressions sur un membre de l’UE comme l’Estonie uniquement parce qu’il a éloigné un monument soviétique du centre de Tallin, cela a-t-il un sens de parler de partenariat, surtout de partenariat stratégique avec la Russie ?

A vrai dire, j’ai de la peine à porter un jugement sur cette question d’exportation de viande. J’ai essayé d’y voir clair. Les Russes prétendent que les conditions d’hygiène en Pologne sont insuffisantes mais je ne peux pas me prononcer là-dessus. Il y a manifestement eu des difficultés mais je ne sais pas si elles persistent. Il se peut naturellement que les Russes aient profité de l’occasion pour enquiquiner les Polonais.

En ce qui concerne l’Estonie, je peux être plus catégorique. Je pense que le gouvernement estonien avait absolument le droit de prendre cette décision. D’un autre côté, nous savons nous autres Allemands combien il faut être prudent sur ce genre de questions. Nous procédons tout autrement, mais nous sommes dans une autre situation.

Je ne sais pas si, un jour, on pourra comparer la vision historique des Russes et celle des Estoniens, si on pourra, par exemple, mettre sur pied une commission d’historiens. Les Russes mettent entre parenthèses la première partie de l’occupation et ne considèrent que la seconde, la guerre contre l’Allemagne nazie. Et les Estoniens ne considèrent que la première partie du traitement qu’ils ont subi dans l’après-guerre. C’est une question extrêmement difficile qu’on ne peut pas résoudre par la violence.

Vous parlez de l’extrême présomption de Moscou. Pensez-vous que Moscou soit prêt à revenir à une politique constructive ? Ne s’agit-il pas tout simplement de parvenir à une suprématie qui doit être imposée par des méthodes musclées ?

Il y a probablement de cela mais je crois que l’aspect psychologique aussi bien du côté des dirigeants que de la population est important. Je crois qu’à l’Ouest, nous ne devrions pas nous faire d’illusions. La grande majorité des Russes approuvent entièrement la nouvelle politique menée par les dirigeants parce qu’ils partagent manifestement l’image de la Russie que Poutine cherche à donner.

Les Russes considèrent leur pays comme un grand pays et veulent qu’il soit traité en conséquence. Pendant un certain temps, on ne l’a pas traité comme il se devait et ils réagissent maintenant de manière excessive contre l’Ouest. Là aussi, il faudrait faire une pause pour revenir à des critères raisonnables.

L’Union européenne exige que Moscou garantisse à l’avenir la sécurité des livraisons d’énergie, également en concluant un accord à ce sujet. Pouvez-vous exclure que nous allons faire des concessions en matière de respect des droits de l’homme, ou que cela est fait depuis longtemps ?

Je crois qu’il ne peut pas y avoir de concessions sur les droits de l’homme parce que l’UE est une communauté de valeurs et qu’elle ne peut pas céder sur ces valeurs.

Cependant elle devrait, en lui demandant de signer la Charte de l’énergie, tenir compte de ce que d’autres pays exportateurs d’énergie ne l’ont pas signée. A ma connaissance, la Norvège, par exemple, ne l’a pas fait. On devrait essayer, en se fondant sur des expériences passées où la confiance a régné, essayer de discuter avec les Russes et d’avancer des arguments relatifs aux intérêts réciproques.

Nous avons intérêt à ce que la livraison de leurs matières premières soient assurées mais les Russes ont également intérêt à pouvoir les écouler. Ce n’est psychologiquement pas très intelligent de la part de l’Occident de dire constamment qu’il faudrait abandonner la dépendance unilatérale et construire des oléoducs qui contournent la Russie. Mettez-vous à la place des Russes ; cela ne peut pas manquer d’éveiller en eux des soupçons défavorables.

Le bouclier antimissile américain provoque des conflits également à l’extérieur de l’UE. Ne serait-il pas indiqué que l’UE montre à Moscou qu’elle ne tolérera pas une immixtion dans ses affaires intérieures ?

Oui, mais ça ne mène à rien parce que la Russie a l’impression que l’OTAN et les Américains se rapprochent de plus en plus de ses frontières. Il ne sert pas à grand-chose de faire remarquer que le bouclier antimissile ne modifie vraiment en rien l’équilibre stratégique, car c’est faux.

Si des éléments en sont installés en Pologne ou en République tchèque, et peut-être bientôt, à ce qu’on entend dire maintenant, en Géorgie, Moscou réagira par des réflexes bien connus. A cela s’ajoute le fait qu’à la fin de la guerre froide, on a dit que l’OTAN n’allait pas s’étendre aux anciens Etats du Pacte de Varsovie, donc en tout cas ne pas établir de bases dans ces pays, et maintenant, il y a des bases américaines en Roumanie et en Bulgarie qui ne sont pas des bases de l’OTAN, certes, mais les Russes ne font pas la différence. •

Source : Deutschlandfunk du 15/5/2007


Publication originale Horizons et Débats


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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1059
 
 
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