« Le "paquet fiscal" de Nicolas Sarkozy coûte cher, va creuser le déficit public et accroître les inégalités, sans que l’on puisse en espérer un effet de long terme sur la croissance en France ». Les économistes interrogés par Le Monde ne sont pas tendres au sujet des nouvelles mesures fiscales. Mais au fait, qui va payer ? Borloo n’écarte pas une augmentation de la TVA.
Le Monde a recueilli l’avis d’économistes sur le « choc fiscal » préparé par le gouvernement.
Des mesures fort couteuses
Thomas Piketty : « le paquet fiscal coûte extrêmement cher, probablement 15 à 20 milliards d’euros, et ne se justifie pas du point de vue du rendement économique. On va dépenser 6 milliards en pur effet d’aubaine sur les heures supplémentaires, tout en créant une énorme niche fiscale. Notre système fiscal, déjà injuste et opaque, n’en avait pas besoin. »
Patrick Artus estime le coût à 0,6 % à 0,8 % du PIB ce qui devrait porter le déficit public à 2,9 % ou 3 % du PIB en 2007.
un effet incertain
Le gouvernement défend ses mesures en déclarant qu’elles vont stimuler la croissance. Artus ne partage pas cet avis, et rappelle que ces politiques, conduites par Ronald Reagan dans les années 1980, avaient « stimulé la consommation des ménages et relancé la machine, sans rien changer sur le taux d’emploi ou la productivité de l’économie ». Et il craint « qu’il n’en aille de même en France. Il y aura sûrement, à court terme, plus de croissance et d’emploi, mais on n’aura aucun effet direct sur la croissance à long terme car presque rien n’est prévu dans le paquet fiscal pour aider les PME à croître. »
Pierre Le Cacheux, de l’université de Pau, juge que ce train de mesures « n’aura d’effets massifs ni sur l’offre ni sur la demande, et ne sera pas suffisante pour engendrer un point de croissance supplémentaire. »
Des mesures qui profitent aux plus aisés
Le Monde rappelle que « près de la moitié des 11 milliards d’allégements avancés par l’Elysée iront aux classes moyennes supérieures et aux ménages les plus aisés » et profiteront « massivement aux patrimoines les plus élevés, les autres étant déjà exonérés. »
Quand au bouclier fiscal, le quotien rappelle qu’en 2007, « Bercy avait évalué à 93 000 les bénéficiaires potentiels du bouclier fiscal à 60 % (version Copé) : 16 000 redevables de l’ISF devant se partager 350 millions de remboursements d’impôts et 77 000 contribuables non assujettis à l’ISF "héritant", eux, de 50 millions ».
Financement par la TVA
Le gouvernement n’a pas encore arrêté les moyens de financements qui seront mobilisés pour faire face au manque à gagner dans le budget de l’état. Parmi ceux-ci, l’hypothèse d’une augmentation de la TVA, qui transfèrerait sur la collectivité la charge des allègements dont bénéficient les hauts revenus, n’est pas écartée.
Si Eric Woerth affirme qu’il n’y a « pas d’augmentation de la TVA dans les cartons du gouvernement », Jean Louis Borloo est moins affirmatif, puisqu’il a déclaré à TF1 « On va regarder l’ensemble des sujets, y compris d’ailleurs comme nos amis allemands, y compris l’éventualité de la TVA. Rien n’est tranché dans ce domaine »
Nicolas Sarkozy a plusieurs fois évoqué durant la campagne électorale l’instauration d’une nouvelle cotisation sous forme « TVA Sociale » comme l’a fait l’Allemagne. Il s’agirait d’alléger la fiscalité qui pèse sur les salaires et les employeurs en la reportant sur la consommation, donc l’ensemble des Français.

France





Louis Chauvel : « Attention, Assemblée grisonnante »
Besson en off : « Sarkozy a raison. Les médias, il faut les passer à la kalachnikov » (Le Post)