France Politique
Mis à Jour le : 6 juillet 2007  15:35
Vedrine, Lang, Strauss Kahn, Fabius : le PS dans le piège Sarkozy
6 juillet 2007

Jean-Marc Ayrault menace Jack Lang d’exclusion du groupe socialiste s’il accepte une mission d’étude sur les institutions à la demande de Nicolas Sarkozy. L’Elysée, après avoir fait circuler les noms de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius pour la candidature française à la direction du FMI, a arrêté son choix sur DSK. En plaçant ses cadres devant le choix entre intérêt national et considérations partisanes, le chef de l’état tend-il un piège mortel au PS ?

Candidature au FMI

Dans un premier temps, l’Elysée avait fait circuler les noms de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn pour la candidature française à la direction du FMI.

« ces noms sont intéressants. Un bon ministre des Finances, c’est bien » avait alors déclaré le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant.

Le Monde annonce cet après midi que le choix s’est finalement arrêté sur DSK. Selon le quotidien, le président de la République a affirmé à ses interlocuteurs « nous marchons main dans la main, » faisant référence à Strauss Kahn.

Le président devrait rendre publique sa décision dimanche prochain, par la parution dans le JDD d’un entretien ayant lieu ce jour.

De son côté, Laurent Fabius a été reçu à l’Elysée durant une heure aujourd’hui, officiellement pour s’entretenir avec le président au sujet du récent conseil européen.

M. Fabius n’a fait aucune déclaration à sa sortie de la réunion.

Jack Lang : pas de leçon de fidélité

Le président du groupe socialiste à l’Assemblée a menacé Jack Lang de ne plus être membre à part entière du groupe socialiste s’il acceptait la mission d’étude sur les institutions qu’envisage l’Elysée.

« Il faut de la clarté, » a déclaré mercredi sur France Info Jean-Marc Ayrault, conseillant à Jack Lang de ne pas « se fourvoyer dans une aventure individuelle. »

Ces propos ont provoqué l’ire de Jack Lang, qui a adressé une lettre à Jean Marc Ayrault dans laquelle il qualifie ses propos « d’indignes » :

Il écrit qu’il a « deux boussoles : ma conscience et la confiance populaire, » et « personne ne m’interdira de me réjouir publiquement que le président de la République ouvre le chantier de la modernisation des institutions. »

« La rénovation de la maison commune de la République - notre Constitution - réclame la contribution intellectuelle de tous les démocrates, » dit-il, tout en estimant n’avoir « aucune leçon de fidélité et de solidarité à recevoir. »

« Ce ne sont pas les menaces que tu profères qui dicteront ma conduite aujourd’hui ou demain. »

Jack Lang juge que le PS traverse une « crise grave, » déplorant que « Le manque de respect à l’égard des personnes le mine profondément. »

Contre Info - Commentaire

Le pragmatisme et le volontarisme affichés par le chef de l’état placent les dirigeants de l’opposition dans une situation délicate.

Comment des hommes politiques de haut niveau pourraient-ils refuser de participer à l’étude et à la définition des politiques ou à la réforme des institutions, sans donner le sentiment d’attacher plus de prix aux considérations de parti qu’à l’intérêt national ?

L’habileté tactique politicienne de ces propositions est indéniable. En s’attachant le service des poids lourds de la gauche, il coupe l’herbe sous les pieds de celle-ci. En reconnaissant la qualité de ses individualités, en les appelant à son service, il lui interdit du même coup de s’opposer frontalement à lui.

Pour autant, comment des hommes qui font profession de se consacrer à la chose publique pourraient-ils refuser d’apporter leurs compétences au service du pays quand le chef de l’état leur en fait la demande ?

Si le risque de jouer les utilités est avéré, celui de paraitre vouloir se soustraire à la prise de responsabilités n’est pas moins grand.

En faisant appel aux « meilleurs d’entre-eux », Nicolas Sarkozy tend un piège redoutable au PS. Si le parti accepte ces débauchages au nom de l’intérêt supérieur de la nation, cela équivaut à faire acte d’allégeance au président de la République, et s’il les refuse il ne pourra que constater les dégats semés par la discorde dans ses rangs.

S’il parvient à institutionaliser la ligne de fracture entre les partisans de l’alliance au centre et ceux de la refondation à gauche, Nicolas Sarkozy aura réussi un coup magistral dont le PS mettra sans doute longtemps à se remettre.


Contre Info, avec Le Monde, yahoo

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1172
 
 
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