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Environnement Climat
Mis à Jour le : 15 septembre 2007  23:09
Groenland : La fonte des glaciers fait trembler la terre
15 septembre 2007

La fonte des glaces au Groenland s’est tellement accélérée que pour la première fois, l’intensité des mouvements de surface des glaciers provoque des tremblements de terre. La banquise a reculé cette année de près d’un million de Km carrés et le mythique passage du nord ouest est désormais libre de glaces. Les prévisions du GIEC pour l’horizon 2030 se sont réalisées cet été. Plus personne n’est capable de prédire de façon fiable l’ampleur des changements climatiques en cours.

 

Le Groenland est devenu le dernier lieu à la mode où il est de bon ton de se faire photographier pour conforter son image de dirigeant concerné et reponsable.

Barroso, Merkel et last not least Borloo, accompagné du tout Paris rebaptisé pour l’occasion « société civile » y ont tour à tour pris la pose, sur les traces d’Al Gore.

Le dérisoire de ces opérations de com’, dont le ridicule achevé n’a d’égal que l’inutilité, ne doit cependant pas masquer la réalité.

La situation est en train de nous échapper, et les gesticulations médiatiques des responsables ne traduisent rien d’autre que leur impuissance à prendre réellement conscience de l’ampleur des défis qui sont devant nous.

Nous sommes face à un changement de civilisation que les politiques ne parviennent pas à admettre et encore moins à concevoir.

Pourtant, il n’est plus temps de disserter sur la nécessité d’agir. Il est déjà très tard. Et peut-être même trop tard.

Contre Info

Les scientifiques qui surveillent les glaciers ont constaté que les déplacements de gigantesques blocs de glace créent des ondes de choc entraînant l’apparition de tremblements de terre ayant atteint le niveau 3 de l’échelle de Richter.

La fonte des glaces s’est accélérée à tel point qu’un rapport des Nations Unies publié cette année est déjà obsolète de l’aveu même de ses auteurs.

L’expert américain Robert Correll, l’un des contributeurs majeurs du rapport sur le changement climatique publié par le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) en février, qualifie cette accélération de « massive. »

Les estimations sur l’élévation vraisemblable du niveau de la mer au cours du siècle varient, et le GIEC a publié une prévision prudente allant de 20 à 60 cm. Mais cette estimation est désormais largement remise en cause par de nombreux scientifiques qui pensent que les données collectées depuis la publication de ce document suggèrent plutôt une hausse proche de deux mètres. Le professeur Correll affirme qu’existe un « consensus » pour considérer que s’est produite une augmentation significative dans la perte de volume des glaces depuis cette publication.

Ces informations ont été rendues publiques à l’occasion d’une conférence qui a rassemblé à Ilulissat, dans le nord du Groenland des scientifiques, des écologistes ainsi que des responsables religieux. Le fjord de Ilulissat abrite l’un des glaciers les plus actifs du Groenland.C’est l’un des immenses icebergs qui s’en détachent quotidiennement qui pourrait avoir coulé le Titanic. L’Arctique est désormais la région du globe qui connaît le réchauffement le plus rapide.

Les populations locales d’Inuit, dont les conditions de vies ont été sévèrement éprouvées par le changement climatique, ont prié silencieusement hier, sous la conduite œcuménique du patriarche orthodoxe Bartholomeou, l’organisateur du Symposium Arctique.

La couverture glaciaire du Groenland est immense, c’est la seconde au monde par ordre d’importance, et sa débâcle aurait des conséquences catastrophiques. La glace y a une épaisseur pouvant atteindre trois kilomètres, et sa fonte totale élèverait le niveau des mers de sept mètres.

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Groenland : En rouge, les zones de fonte des glaciers.

Dans le fjord glaciaire d’Ilulissat, qui est situé à 250 km du cercle polaire, le mouvement du glacier est visible à l’œil nu. « Il se déplace à une vitesse de deux mètres à l’heure » précise le professeur Correll. « Il s’échappe comme de la pâte dentifrice qui se répand vers nous à raison de 15 kilomètres par an. »

La quantité d’eau provenant de ce glacier en une seule journée serait suffisante pour subvenir aux besoins des plus grandes villes du monde durant un an. Ilulissat ne représente pourtant que 7% de l’ensemble de la fonte des glaces au Groenland.

(JPG) Avec la fonte se forment des mares d’eau qui ont pour résultat d’élargir les fissures des glaciers à travers lesquelles l’eau peut descendre jusqu’au niveau de la roche.

« La quantité de ces moulins, ainsi que nous les appelons, est phénoménale » dit le professeur Correll, qui ajoute que ces formations étaient fort peu nombreuses lors de sa première visite du glacier en 1968. « Aujourd’hui il ont 10 ou 15 mètres de diamètre et on en voit des milliers. »

La présence de cette eau sous la glace agit comme le ferait de l’huile, explique-t-il, car elle accélère son déplacement.

Au moment où apparaît cette fonte présentant des caractéristiques jamais observées, l’évaluation de ses conséquences outrepasse les capacités de prévisions des modèles scientifiques.

Les tremblements de terre, et les secousses dans la glace observées dans la partie nord ouest du Groenland sont les signes les plus évidents que des changements sans précédent sont en cours. Le scientifique finnois Veli Albert Kallio qui est l’un des experts reconnus dans le domaine de l’étude des glaces de la région, surveille ces secousses terrestres.

« Les tremblements de terre des glaciers dans le nord ouest du Groenland n’existaient pas il y a trois ans, » constate-t-il.

Selon M. Kallio, l’accélération de la fonte et les tremblements de terre sont intimement liés. D’immenses blocs de glace sont séparés de leur lit rocheux par l’eau fondue. Ces blocs, pouvant atteindre jusqu’à 800 mètres d’épaisseur et 11500 mètres de long et qui emprisonnent d’immenses rochers, frottent sur les failles géologiques provoquant des évènements sismiques. L’étude de ces phénomènes en est encore au stade des balbutiements, reconnaît le professeur Correll, mais leur simple existence est source de préoccupations. « Cela devient bien plus instable, » s’inquiète le professeur Vallo. En effet, les prévisions du Conseil de l’Arctique, un groupe de travail des scientifiques de la région, ont été largement dépassées par l’étendue de la fonte. « Cinq plus tard nous en sommes déjà au niveau prévu pour 2040. Dans un ans nous en serons à 2050. »

La disparition de la banquise

Les experts sont « stupéfaits » par l’ampleur de la disparition de la banquise qui recouvrait en temps normal les mers polaires. La fonte des glaces a été si prononcée que le « passage du nord ouest », la route maritime au nord du Canada, habituellement impraticable, était libre de glaces cette année.

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A gauche en marron, la route du nord ouest. A droite, en bleu le passage du nord est, au dessus de la sibérie. (Image ESA)

La route du nord est, dans les eaux russes pourrait connaître le même sort. Si l’accroissement National Snow and Ice Data Centre de la fonte se poursuit au même rythme, le pôle pourrait être libre de toutes glaces l’été en 2030.

Mark Serreze, un spécialiste appartenant à l’US National Snow and Ice Data Center décrit l’ampleur des changements observés. « L’Arctique a perdu un tiers de ses glaces depuis que nous effectuons des mesures par satellite, qui ont commencé il y a trente ans, et la vitesse de la fonte s’est brusquement accentuée depuis 2002. »

Si vous m’aviez demandé il y a quelques années à quel moment l’Arctique aurait perdu toute glace, je vous aurais répondu 2100 ou peut-être 2070. Mais je pense aujourd’hui que 2030 représente une estimation raisonnable.

Les derniers chiffres donnent une mesure de 4,4 millions de km carrés, en baisse de près d’un million par rapport aux 5,3 millions de km carrés relevés en septembre 2005.

Dans la période allant de 1979 à 2000, la couverture de glace occupait 7,7 millions de km carrés. »

Des conséquences observées partout

Ce réchauffement considérable est ressenti à travers toute la région Arctique. En Alaska des tremblements de terre secouent le fond des mers depuis que les plaques tectoniques, qui subissaient depuis des siècles la contrainte du poids de la glace, se sont maintenant mises en mouvement.

Au nord de la Suède, les températures moyennes se sont élevées au dessus de zéro pour la première fois dans les annales.

Le professeur Terry Callaghan travaille dans une station de recherche, située au nord du pays, qui procède à des relevés continuels depuis un siècle. Ses dernières constatations corroborent l’accélération des changements observés ailleurs.

« Les températures moyennes sont demeurées ici inférieures à zéro depuis l’époque médiévale, » rappelle le professeur Callaghan. « Maintenant, depuis dix ans nous sommes au dessus du zéro, de la température de la fonte des glaces. »

« Nous observons désormais une planète différente de celle à laquelle nous étions habitués. »

17/9 Correction : un lecteur nous a fait remarquer que nous avions commis une erreur en titrant sur « la fonte de la banquise, » confondant ainsi la banquise, qui est sur la mer, et les glaciers qui sont sur la terre. Nous présentons nos excuses pour cette erreur et adressons nos remerciements à ce lecteur vigilant.


Publications originales The Independant, Guardian, traductions Contre Info.

Illustration : Groenland



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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1241
 
 
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