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Mis à Jour le : 26 octobre 2007  14:52
Irak : démoralisés, les soldats US simulent leurs patrouilles
26 octobre 2007

Les soldats revenant d’Irak racontent que le moral des troupes est si bas qu’ils sont nombreux à se contenter de garer leurs véhicules à l’abri, tout en prétendant être en mission de patrouille, en pratiquant ce qu’ils surnomment le « chercher à éviter » plutôt que le « chercher à détruire. »

Par Dahr Jamail, Asia Times, 26 octobre 2007

Phil Aliff est un soldat d’active de la 10ème Division de Montagne, stationnée à Fort Drum. Il a servi près d’un an en Irak, d’août 2005 à juillet 2006, dans les régions d’Abu Ghraib et de Fallujah, à l’ouest de Bagdad.

Alif raconte que leur mission était d’assister l’armée irakienne à faire front, mais qu’en fait son peloton menait les missions de combat sans aucun soutien de la part des irakiens qu’ils étaient sensés préparer à prendre le contrôle des opérations de sécurisation.

« Je n’ai jamais entendu parler d’une seule unité irakienne qui soit capable d’agir de façon autonome, » déclare Alif, qui est maintenant membre des Véterans Contre la Guerre. « La seule raison pour laquelle nous avons été remplacé par des irakiens, c’était une opération de relation publique. »

Alif se souvient qu’il a participé à de l’ordre de 300 patrouilles. « Nous étions attaqués par tellement de bombes artisanales que nous étions incroyablement démoralisés. Nous avons donc décidé que la seule façon de ne pas nous faire exploser, c’était d’éviter de rouler en permanence. »

(JPG) « Alors nous trouvions un terrain dégagé pour y stationner, en appelant la base toutes les heures pour dire que nous cherchions des caches d’armes sur le terrain, que nous faisions des patrouilles et tout allait bien, » dit-il. « Tous les soldats étaient très désabusés au sujet de leurs supérieurs. »

Alif, qui souffre du Syndrome du Stress Post Traumatique (PTSD), a refusé de retourner en Irak avec son unité qui vient de retourner à Kirkourk il y a deux semaines. « Ils ont perdu un homme, et ils sont maintenant en train d’entretenir la violence confessionnelle en armant les chiites contre les sunnites.... C’est la politique classique du diviser pour régner. »

Alif sera réformé le mois prochain par l’armée qui affirme que le PTSD ne peut pas être pris en charge par ses médecins.

Selon le ministère des anciens combattants, le nombre de soldats ayant combattu en Afghanistan et en Irak souffrant de PTSD s’est accru de près de 60% sur un an, jusqu’en juin dernier.

Le ministère a recensé 50 000 cas de PTSD, bien plus que les 30 000 que le Pentagone reconnaît officiellement comme blessés de guerre pour ces deux opérations.

Les chiffres du ministère font apparaître que les troubles mentaux sont la deuxième cause de maladie pour laquelle les vétérans demandent des soins auprès de ses cliniques et hôpitaux. Le nombre total de ces cas a augmenté de 58%, passant de 63 767 au 30 juin 2006 à 100 580 le 30 juin 2007.

Video : une patrouille échappe de peu à une mine artisanale

D’autres soldats revenant d’Irak font des récits semblables de désobéissance aux ordres pour éviter d’être attaqué en permanence.

« Nous allions nous installer en haut d’un pont sur notre route de patrouille, en position d’observation, raconte Elli Wright, qui appartient à la même unité. « Nous nous contentions de nous asseoir et d’observer à la jumelle plutôt que de faire du ratissage. Nous avions des contacts radio de vérification toutes les heures où nous disions que nous étions en train de faire des contrôles. »

« C’est une tactique très répandue, des tas de gens le font. On reste là, à écouter de la musique, fumer, en simulant » ajoute Wright. Cet infirmier militaire de 26 ans se plaint que son unité n’ait pas été dotée de Humvees blindées lors de son premier tour de mission en Irak, à Ramadi.

« Nous mettions des sacs de sable sur le plancher de nos véhicules, qui n’avaient que des portes en toile. » raconte-il. « A la fin de notre rotation, nous avions mis tout le métal que nous avions pu trouver pour renforcer nos Humvees. Tout le monde le faisait et nous n’avons pas eu de Humvees blindées avant la fin de notre mission. »

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Cimetière de Humvees détruits par des mines artisanales

D’autres vétérans, comme Nathan Lewis, qui a servi durant l’invasion en 2003, déplorent non seulement le manque de véhicules blindés mais aussi leur manque d’entraînement pour les missions qui leur ont été données,.

« Nous n’avons jamais été entraînés pour tout un tas de tâches que nous effectuions, » explique-t-il. « Nous avons eu un obus de mortier au phosphore blanc qui s’est mis à chauffer à l’arrière d’un camion, parce que nous avions chargé d’autres munitions sans précautions, et nous n’étions pas entraînés pour le faire correctement. »

(JPG) Les missions où les soldats « cherchent à éviter » semblent être une pratique commune en Irak depuis de nombreuses années.

Geoff Millard était en Irak d’octobre 2004 à octobre 2005, affecté auprès d’un général à l’état major. Parmi ses fonctions, il devait enregistrer les « SIGACTS, » les attaques importantes contre les soldats US.

« Nous avions des unités qui ne déclaraient jamais de SIGACTS, » déclare Millard, qui a servi dans les zones dangereuses comme Baquba, Samarra et Tikrit. « Quand j’étais là-bas, il y a deux ans, il y avait au moins cinq compagnies qui n’avaient jamais de SIGACTS. Je pense que le « chercher à éviter » existait déjà depuis longtemps.

Millard confirme que ces simulations de missions se poursuivent aujourd’hui en Irak. « L’un de mes potes est à Bagdad en ce moment, et nous nous envoyons tout le temps des emails » dit-il. « Il vient de m’écrire que, pratiquement chaque jour, il reste stationné sur un parking, à boire du soda et tirer sur des boites de conserves. Ils paient des gamins pour qu’ils les ravitaillent et passent le mot qu’ils sont là à ne rien faire, et qu’il faut les laisser tranquille. »


Publication originale Asia Times, traduction Contre Info

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1370
 
 
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