International Israel/Palestine
Mis à Jour le : 19 novembre 2007  17:32
Gideon Levy : De bonnes nouvelles en provenance de Gaza
19 novembre 2007

« Sans résistance palestinienne violente, la vie chez l’occupant, en Israël, est formidable et personne ne prête attention au fait qu’il faut mettre un terme à l’occupation. Pas de résistance, pas de Palestiniens ; pas de terrorisme, pas d’avancée. N’étaient les roquettes Qassam, personne ne se souviendrait de l’existence de Gaza après le désengagement. » Gideon Levy est journaliste à Haaretz.

Par Gideon Levy, Haaretz, 11 novembre 2007

Un groupe de paras de réserve [de l’armée israélienne - ndt] est revenu tout agité : le Hamas se bat comme une armée. Les camarades du sergent-major Ehoud Efrati, tombé au combat à Gaza il y a une quinzaine de jours, ont raconté à Amos Harel que « selon tous les paramètres, c’était une armée qui était en face de nous et pas des gangs ». Ils avaient été impressionnés par les équipements de vision nocturne de leurs ennemis, par l’espace tactique qu’ils maintenaient entre eux et même par les bandes élastiques resserrant le bas du pantalon sur leurs chaussures. Voilà de bonnes nouvelles en provenance de Gaza.

Avant tout, il est bon que ce soient des réservistes qui soient partis en mission, parce que « si ces missions étaient réservées aux soldats réguliers », ont-ils dit, « personne à l’arrière ne comprendrait ce qui se passe à Gaza ». Effectivement, il est temps que les soldats se mettent à parler. Mais les nouvelles qu’ils ont rapportées sont encourageantes également à d’autres niveaux. D’après leurs descriptions, il y aurait à Gaza une armée de défense de la Palestine. A la place d’une multitude de gangs armés, se constitue là-bas une armée organisée, prête à défendre sa terre. Si elle se contente d’un déploiement défensif face aux incursions israéliennes, nous ne pourrons, une fois de plus, pas venir avec un quelconque argument moral : il est permis au Hamas de défendre Gaza, exactement comme il est permis à l’armée israélienne de défendre Israël.

La constitution d’une armée garantira aussi que si Israël tentait de parvenir à un accord avec le gouvernement Hamas - seule et unique voie permettant de mettre fin aux tirs de roquettes Qassam - il y aurait quelqu’un à Gaza pour empêcher ces tirs. Une adresse armée et organisée dans le chaos de Gaza est une bonne nouvelle pour Israël aussi. Mais le respect éprouvé par les soldats de réserve pour la manière de se battre du Hamas pourrait s’infiltrer plus profondément. « Les Palestiniens n’ont jamais eu cet air-là », ont dit les soldats, surpris, à « Haaretz ». Peut-être cesserons-nous, enfin, de les appeler « terroristes » pour les appeler combattants ? Un peu de respect pour les Palestiniens et, surtout, l’arrêt du processus de déshumanisation que nous leur appliquons pourraient marquer le début d’un nouveau chapitre.

En outre, le fait qu’à Gaza une armée ait été créée - si cette évaluation est fondée - pourrait empêcher une nouvelle opération militaire terrestre de grande envergure, à la fois inutile et ne pouvant qu’entraîner des pertes. Peut-être est-ce cette nouvelle rapportée par les réservistes qui dissuadera le Ministre de la Défense d’exécuter ses menaces d’envahir Gaza et qui incitera Israël à essayer pour la première fois une autre approche avec le Hamas : celle de la négociation. Seule une reconnaissance de la force du Hamas est susceptible de convaincre Israël de se montrer prudent quant à une nouvelle opération et seul son renforcement militaire nous amènera à mesurer la stupidité de la politique de boycott qui était destinée à l’affaiblir.

Cela a toujours été notre manière de faire. Sans résistance palestinienne violente, la vie chez l’occupant, en Israël, est formidable et personne ne prête attention au fait qu’il faut mettre un terme à l’occupation. Pas de résistance, pas de Palestiniens ; pas de terrorisme, pas d’avancée. N’étaient les roquettes Qassam, personne ne se souviendrait de l’existence de Gaza après le désengagement. Cet Etat qui n’a jamais été disposé à faire des concessions politiques qu’après que le sang ait été versé - depuis les accords provisoires après la guerre de Kippour jusqu’au retrait du Liban et le désengagement [de Gaza] - doit de nouveau voir un ennemi relativement puissant face à lui pour recouvrer ses esprits. Sans le Hezbollah, nous serions toujours au Liban ; sans le Hamas, nous serions encore à Gaza.

Le temps nouveau chapitre est venu : nous pensions qu’il nous suffirait de sortir de Gaza et de l’emprisonner pour que la vie en Israël continue d’être super ? Le Hamas vient nous rappeler que cela ne suffit pas. La Cisjordanie est calme pour le moment ? Tant que ne se renouvelle pas, là aussi, un mouvement de résistance organisé et fort, l’idée ne nous viendra pas d’évacuer ne fût-ce qu’un petit avant-poste. Nous discuterons une fois tous les quinze jours avec Mahmoud Abbas, nous irons à Annapolis, mais - le ciel nous préserve - nous n’y aborderons pas le « cœur » des problèmes et notre vie tellement formidable se poursuivra, pendant qu’en Cisjordanie, les gens, en foules, continueront de s’entasser durant des heures aux checkpoints, à encaisser les humiliations et à mettre leur vie en danger chaque fois qu’ils mettent le pied hors de chez eux.

Ces propos ne visaient pas à encourager une nouvelle vague de terrorisme palestinien. Ils visaient à essayer de nous encourager à nous écarter pour la première fois de notre habitude et à en venir à la conclusion - et cette fois, sans effusion de sang - que l’occupation ne peut pas se poursuivre éternellement. Peut-être cette nouvelle sur les bandes élastiques resserrant le bas du pantalon sur les chaussures du Hamas fera-t-elle cela pour nous et le prochain cycle de violence sera-t-il évité ?


Publication originale Haaretz, traduction de l’hébreu : Michel Ghys, pour Euro Palestine

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1445
 
 
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