Paul Jorion ouvre le débat autour des « Quatres principes et neufs propositions pour en finir avec les crises financières » publiés par Frédéric Lordon. L’un comme l’autre estiment que la gravité de la crise née aux USA et la menace qu’elle continue de faire peser sur les économies réelles rendent nécessaire un travail de réflexion et d’élaboration qui doit déboucher sur un ensemble de propositions concrètes. Cette entreprise ne gagnerait-elle pas en force si elle était menée en commun ? Les économistes de renom se reconnaissant dans l’héritage keynésien pourraient-ils collaborer à une initiative de cette nature, lui donnant ainsi plus d’écho ? Pour notre part, nous l’espérons.
Paul Jorion, 28 avril 2008
Certains d’entre vous m’encouragent à ouvrir un débat relatif aux Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières de Frédéric Lordon, reproduits samedi par Contre Info.
Ces principes et ces propositions m’ont paru intéressants et « dans l’ensemble », j’y souscrirais, si certains amendements étaient possibles. Quelques remarques, trop rapides - parce qu’il faudrait traiter chacun de ces sujets de manière beaucoup plus approfondie - mais qui vous paraîtront familières si vous avez l’habitude de me lire ici :
1) la finance est d’ores et déjà globale et il ne me paraît ni possible, ni souhaitable, de vouloir la réformer à la seule échelle de l’Europe ;
2) le problème que soulèvent les salles de marché des établissements financiers est lié aux opérations qu’elles passent, et non au mode de rémunération des traders ;
3) les produits financiers dérivés jouent un rôle d’assurance très positif sur les marchés à terme ; interdire tous les dérivés, sous prétexte qu’ils permettent également des paris directionnels, me paraît excessif : seuls ces derniers sont en cause ;
4) la titrisation fluidifie la circulation des capitaux, c’est-à-dire la mise en contact de ceux à même de faire des avances et de ceux capables de les faire fructifier ; sous la forme où elle existe aujourd’hui, elle s’effondre cependant en période de récession du secteur ; est-ce à dire qu’il faille l’interdire ? non, il faut en repenser les termes pour en faire un facteur de stabilité ;
etc.
J’ai décidé hier de contacter Lordon, afin d’évoquer avec lui la meilleure manière de faire avancer le débat qu’il a ouvert. Voici le message que je lui ai fait parvenir :
Lordon m’a répondu un peu plus tard. Je ne reproduis pas sa réponse sur la première partie, disons que j’ai dû toucher une corde sensible parce qu’il a des paroles très peu amènes pour un certain nombre de personnes que je considère personnellement comme apportant une contribution très positive au débat actuel sur la finance. Lordon rejette sans équivoque toute idée de collaborer avec eux.Bonjour,
un ami m’écrit ceci :
Lordon ... J’en ai profité pour lui suggérer la possibilité d’un travail de “salut public” en commun des néo-keynesiens, destiné à produire un document d’orientation à l’adresse des politiques.
Il m’a répondu que les différences étaient trop grandes pour élaborer ensemble. Admettons. Et espérons aussi que la crise ne s’aggrave pas à un tel point qu’elle ne fasse regretter rétrospectivement de n’avoir pas su, pas souhaité travailler collectivement pour le bien commun.
J’ignore si je tombe dans la catégorie des gens avec qui vous considérez que “les différences sont trop grandes” mais je suis sensible à l’argument du “salut public” et du bien commun.
Vous écrivez :
Je peux vous répondre - sur des points de détail puisque je suis d’accord sur le point de vue d’ensemble - dans mon blog, dans la presse, etc. Si vous êtes prêt à envisager un mode de travail plus directement “collaboratif” entre vous et moi, ayez la gentillesse de me le faire savoir.Il faudrait être spécialement peu perspicace, ou bien malintentionné, pour ne pas voir que ce schéma n’a rien d’un plan achevé. Il n’est pas complet - bon nombre d’autres propositions pourraient lui être ajoutées -, et il reste à travailler sa mise en œuvre détaillée. Mais la matrice est là.
Bien à vous,
Paul Jorion
Sur la manière dont je pourrais personnellement faire avancer le débat qu’il a ouvert, il me répond ceci :
Je lis - peut-être à tort - une fin de non-recevoir dans sa réponse. Il faudra quoi qu’il en soit lancer le débat sur ces Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières de Frédéric Lordon, sans espérer qu’il s’agisse d’un réel dialogue avec lui. Comme nous avons déjà prouvé avoir une excellente capacité à clarifier et à faire avancer les choses, je propose que nous n’hésitions pas ! Je ferai moi, comme à mon habitude : je commenterai vos commentaires et quand il me semblera important de faire le point par un texte plus long et mieux argumenté, je consacrerai un billet à la question.Quant aux actions communes, il ne me semble pas y être complètement rétif : j’ai pris l’initiative avec quelques personnes de lancer une pétition contre la déréglementation financière. N’hésitez pas à la signer (www.stop-finance.org) si vous vous y reconnaissez ! Vous y verrez le type de bien commun que nous y défendons. Comme vous le savez, le problème c’est que tous n’ont pas le même !
Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).
Sur le web :
La page de débat de Paul Jorion
Le blog de Frédéric Lordon

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