Le projet d’accord autorisant la création de bases américaines permanentes en Irak provoque la colère de Téhéran. « L’essence de cet accord est de transformer les Irakiens en esclaves des Américains » a affirmé M. Rafsanjani lors d’une réunion de dignitaires musulmans se tenant à la Mecque.
Par Donna Abu-Nasrap, AP, 5 juin 2008
M. Rafsanjani, l’un des hommes politiques iranien les plus influents, a promis que le monde islamique allait faire échouer la négociation en cours entre l’Irak et les Etats-Unis visant à la signature d’un accord de sécurité à long terme.
Akbar Hashemi Rafsanjani, prenant la parole mercredi devant une réunion de personnalités du monde musulman dans la ville sainte de la Mecque, a affirmé que les États-Unis tentaient d’asservir les Irakiens par le biais de cet accord. Ces déclarations sont les plus virulentes ayant été faites par les dirigeants iraniens à ce sujet.
« L’essence de cet accord est de transformer les Irakiens en esclaves des Américains, si il est signé », a déclaré l’ancien président Iranien. « Cela ne se produira pas. Le peuple irakien, le gouvernement irakien et la nation islamique ne le permettront pas. »
M. Rafsandjani a déclaré que « l’occupation [américaine] de l’Irak représente un danger pour toutes les nations de la région » et a averti que cet accord de sécurité créerait une « occupation permanente. » M. Rafsandjani dirige les deux institutions les plus puissantes en Iran, le Conseil du Discernement et l’Assemblée des Experts.
Les critiques précédentes de l’Iran contre le projet d’accord étaient jusqu’à présent restées confinées dans le cadre d’entretiens privés.
Le document qui devrait être signé durant l’été, établirait un accord de sécurité à long terme liant l’Iraq et les États-Unis, et fournir une base légale au maintien des troupes américaines en Irak après l’expiration du mandat de l’ONU à la fin de l’année.
Les partisans de cet accord estiment qu’il contribuerait à rassurer les pays voisins arabes, notamment l’Arabie saoudite et les Etats du Golfe, contre la l’éventualité d’un gouvernement Irakien, où les chiites sont prédominants, devenant un satellite de l’Iran lorsque le rôle de l’armée américaine diminuera.
Mais en Irak les critiques s’inquiètent que cet accord permette de verrouiller une domination américaine non seulement militaire mais aussi économique et politique. Certains hommes politiques irakiens ont dénoncé ce projet, en particulier les fidèles de Moqtada al-Sadr, le dirigeant religieux opposé aux USA, dont les miliciens ont combattu contre l’armée US et les troupes iraquiennes à Bagdad jusqu’à ce qu’une trêve signée fin Mai ne mette fin à sept semaines de combats.
L’accord devrait faire partie des questions abordées ce week-end à l’occasion de la visite en Iran du premier ministre irakien Nouri al-Maliki. Ce sera son deuxième déplacement à Téhéran en un an. Avant cette visite, son parti a cherché à calmer les inquiétudes en insistant pour que l’accord ne permette pas à des troupes étrangères d’utiliser l’Irak comme base d’opération pour le lancement d’opérations militaires visant un autre pays - une référence aux craintes iraniennes au sujet d’une attaque américaine.
M. Rafsandjani s’est exprimé dans le cadre d’une conférence parrainée par l’Arabie Saoudite et qui vise à unifier le point de vue des Musulmans avant que ne s’ouvre le dialogue interconfessionnel que le roi saoudien Abdullah veut lancer avec les religieux chrétiens et juifs.
Sur le Web :
Patrick Cockburn (The Independent) Le plan secret pour maintenir l’Irak sous contrôle américain
Un accord secret en cours de négociation à Bagdad perpétuerait indéfiniment l’occupation militaire américaine de l’Irak, quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle en novembre.
Les termes de cet accord imminent, dont les détails ont été divulgués à l’Independent, auront probablement un effet politique explosif en Irak. Les officiels irakiens craignent que cet accord, en vertu duquel les soldats américains occuperaient des bases permanentes, mèneraient des opérations militaires, arrêteraient des Irakiens et bénéficieraient de l’immunité vis-à-vis de la loi irakienne, déstabiliserait la position de l’Irak au Moyen-Orient et poserait les bases d’un conflit sans fin dans leur pays.

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