« Le fait même que l’option de la frappe militaire soit de retour dans le débat public signale un changement important dans le discours politique. » L’agence McClatchy analyse le récent regain des menaces contre l’Iran, tant à Washington qu’à Tel Aviv. L’option militaire, battue en brèche après le rapport du NIE, revient sur le devant de la scène. A cela deux raisons. Les faucons américains n’ont jamais abandonné leur projet de s’en prendre à l’Iran, et Israël s’inquiète de voir se refermer la fenêtre d’opportunité que lui offre l’administration Bush. Qu’importe que l’Iran ait fait une proposition de négociation sur tous les sujets de conflit, du nucléaire à la sécurité régionale. Qu’importe que Téhéran ait proposé la mise sur pied d’un consortium international de l’enrichissement d’uranium, destiné à prévenir la diversion des matériaux nucléaire. Qu’importe que l’enrichissement soit un droit reconnu par le TNP et une question de fierté nationale que les iraniens, toutes opinions confondues, ne braderont pas, régime des Mollahs ou pas. Qu’importe que les appels à un véritable dialogue se multiplient, à l’image de celui lancé par Brzezinski et Odom. Les partisans de la manière forte poursuivent obstinément leur travail de sape et le monde joue à la roulette Russe, dans une indifférence quasi-générale, et en France dans le silence assourdissant des politiques, alors même que l’atlantisme de l’Elysée fait de nous des belligérants potentiels. Au centre du dispositif, le doigt sur la gâchette, Bush, l’inspiré, écoute ses voix. Celle de Dieu, qui dit-il le conseille. Celle de la basse continue de Dick Cheney, l’imprécateur. Celle d’Olmert, le très partial conseiller spécial aux affaires Moyen Orientales. Nous voila prévenus. Le sort du monde dépend à nouveau de cet homme et de ses lubies, et le pire est à redouter, une fois de plus.
Par Dion Nissenbaum, McClatchy, 11 juin 2008
Au début de l’année, après que les agences de renseignement américaines aient déclaré que l’Iran avait interrompu son programme d’armes nucléaires, la probabilité d’une frappe des États-Unis ou d’Israël contre l’Iran avant la fin du mandat du Président Bush semblait éloignée.
Mais aujourd’hui, avec les pressions persistantes exercées par les faucons israéliens et les récentes préoccupations manifestées par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, l’idée d’une frappe ciblée visant à détruire le programme nucléaire iranien occupe à nouveau le devant de la scène.
Au moment où Bush visite l’Europe afin d’obtenir un soutien pour d’éventuelles nouvelles sanctions contre l’Iran, les dirigeants israéliens se sont employés à préparer l’opinion en vue d’une éventuelle attaque militaire si l’action diplomatique échoue.
Les menaces exprimées publiquement ou en privé lors de réunions avec les dirigeants américains par les responsables israéliens ont concouru à installer l’idée qu’une attaque militaire pourrait être la seule façon de contrecarrer les ambitions nucléaires de l’Iran.
« La température monte », déclare Emily Landau, une spécialiste de l’Iran à l’Institut d’Etudes pour la Sécurité Nationale, un centre de recherche israélien indépendant.
Bush et le Premier Ministre israélien Ehud Olmert se sont rencontrés deux fois au cours des dernières semaines et ont eu de longues discussions sur l’Iran. Le directeur des services de renseignements US, Mike McConnell, s’est rendu en Israël pour y tenir des réunions privées, et le ministre des Transports israélien Shaul Mofaz a déclaré publiquement qu’une attaque militaire sur l’Iran pourrait être « inévitable ».
Au cours de sa visite en Allemagne, George W. Bush a affirmé que « toutes les options sont sur la table » si l’Iran n’abandonne pas son programme d’enrichissement de l’uranium.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a commenté les déclarations de Bush en se gaussant des dernières initiatives internationales.
« Ils ont essayé par des menaces militaires et des pressions politiques ... de nous arrêter sur notre chemin lumineux », aurait déclaré Ahmadinejad lors d’un rassemblement en Iran mercredi. « Mais aujourd’hui, ils ont constaté que tous leurs projets ont échoué. »
« Aujourd’hui, la nation iranienne se tient sur le sommet du nucléaire. »
Les analystes du renseignement sont en désaccord sur la probabilité d’une attaque militaire sur l’Iran avant que Bush ne quitte ses fonctions. Mais il y a par contre peu de désaccords sur les répercussions possibles, qui pourraient inclure des frappes de missiles contre Israël, une attaque contre les installations pétrolières de l’Arabie saoudite, une reprise des attaques sur Israël par les combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, une résurgence de la résistance musulmane chiite contre les forces américaines en Irak ou une attaque contre le transport maritime de pétrole dans le golfe Persique, ce qui pourrait propulser le cours du pétrole brut bien au-delà de 200 dollars le baril.
Certains analystes interprètent les dernières menaces israéliennes comme une tentative pour faire pression sur l’Iran et l’amener à capituler devant les exigences occidentales. D’autres voient la campagne israélienne comme étant destinés à presser l’administration Bush de prendre l’initiative si les deux nations décident de lancer une attaque militaire sur l’Iran.
« Le scénario le plus probable est que les Israéliens s’entraînent et se préparent comme si ils étaient très déterminés - et cela fait partie d’un bluff destiné à obtenir un engagement des USA, » déclare John McCreary, un ancien analyste du renseignement du ministère de la Défense américain.
Le facteur clé pour toute décision de lancer une attaque militaire serait l’existence de renseignements fiables indiquant que l’Iran progresse rapidement sur son programme nucléaire.
« Je ne pense pas que nous disposions d’une preuve flagrante que nous pourrions produire et qui amène tout le monde à se rallier à nous », estime Landau, qui a récemment publié une étude intitulée « L’introuvable preuve flagrante » [1].
Mais Mme Landau considère que le débat international s’est modifié ces dernières semaines depuis que l’AIEA a exprimé ses « graves préoccupations » au sujet des ambitions nucléaires de l’Iran et demandé des explications supplémentaires à Téhéran.
Israël a déjà démontré sa capacité à lever les réticences des membres de l’administration Bush sur la nécessité de préparer une attaque préventive. Avant de lancer une frappe aérienne sur la Syrie en septembre dernier, Israël a fourni aux États-Unis des renseignements suggérant que Damas avait entrepris la construction d’une centrale nucléaire.
En avril, la CIA a rendu publiques des images détaillées de la cible frappée en Syrie et a indiqué qu’il s’agissait d’un réacteur nucléaire construit avec l’aide de la Corée du Nord. La Syrie a nié ces allégations. Des Inspecteurs internationaux devraient visiter le site pour la première fois, au plus tard ce mois-ci.
Devant le refus d’Ahmadinejad d’accepter jusqu’à aujourd’hui les demandes de la communauté internationale, certains analystes considèrent que le soutien à l’option de l’attaque militaire va croissant en Israël et aux États-Unis.
« Je pense que de plus en plus de gens se tournent vers l’option militaire comme pouvant être la seule chose qui puisse fonctionner, et les gens ont de plus en plus le sentiment que les négociations n’aboutiront pas », juge Meir Javendanfar, le co-auteur de l’ouvrage « Le Sphinx nucléaire de Téhéran. »
Les partisans de la ligne dure aux États-Unis et en Israël rejettent aussi l’idée que l’arsenal nucléaire des USA et d’Israël pourrait dissuader l’Iran d’utiliser de telles armes si il réussissait à s’en doter.
Le fait même que l’option de la frappe militaire soit de retour dans le débat public signale un changement important dans le discours politique.
La plupart des analystes rejetaient l’option militaire en décembre dernier après que les agences de renseignement des États-Unis aient indiqué que l’Iran avait abandonné son programme d’armement nucléaire en 2003 et ne pourrait que difficilement produire suffisamment d’uranium enrichi pour une bombe d’ici à 2010 ou 2015.
Bien que Bush et Olmert, aient contesté ces conclusions à l’époque, la publication de ce rapport avait rendu plus difficile la situation des partisans d’une action militaire rapide.
Depuis lors, Israël a partagé des informations en provenance de ses services de renseignement avec l’administration Bush.
La semaine dernière, Olmert s’est rendu à Washington et a eu de longues discussions avec Bush, portant principalement sur l’Iran.
« Chaque jour qui passe le monde agit, sous la direction des États-Unis, pour atteindre cet objectif qui est d’empêcher l’armement de l’Iran », a déclaré M. Olmert après avoir rencontré Bush.
Ce mercredi, le porte-parole d’ Olmert, Mark Regev, a déclaré que l’Iran devait comprendre qu’il doit renoncer à ses ambitions nucléaires afin de d’en retirer des bénéfices auprès de la communauté internationale.
« Ce n’est que si ils comprennent qu’il ont à effectuer un choix clair, et qu’il n’existe pas de marge de manœuvre, ce n’est qu’alors que la diplomatie pourra réussir », a déclaré Regev. « Je pense que en ce qui concerne les Iraniens il est important de manier à la fois la carotte et le bâton. »

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