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Mis à Jour le : 16 juillet 2008  00:03
L’Amérique a changé... même si elle ne le sait pas encore, par Paul Jorion
16 juillet 2008

Avec la décision des autorités de venir en aide à Fannie et Freddie « les États-Unis ont basculé du libéralisme dans la social-démocratie. Ce n’est pas la première fois : ça s’était déjà passé en 1933, avec le New Deal, » rappelle Paul Jorion. Mais les remèdes proposés par Paulson n’ont cependant pas rassuré les marchés. Au lendemain de l’annonce des mesures de refinancement des agences, c’est l’ensemble du secteur bancaire qui décroche.

Par Paul Jorion, 14 juillet 2008

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Donc hier soir, les autorités financières américaines sont venues au secours des Government-Sponsored Entities, Fannie Mae et Freddie Mac. Elles s’y sont mises toutes ensemble : la Fed, le ministère des Finances, la Fed de New York et elles ont déclaré - avant l’ouverture du marché de Tokyo - que ça ne se passerait pas comme ça, que des mesures importantes allaient être prises, qu’il faillait que... euh, qu’on allait... ben... euh...

L’optimisme est bien sûr revenu ! La bourse de New York à l’ouverture affichait un bond à la hausse, les actions de Fannie Mae et de Freddie Mac grimpaient de plus de 30 %. Puis je suppose qu’on a dû se mettre à réfléchir, parce qu’à la clôture, le cours de Fannie Mae était reparti à la baisse, ayant perdu 5,07 % de sa valeur par rapport à vendredi et celui de Freddie Mac, 8,26 %. On a réfléchi, et on a dû se dire - comme moi - que tous ces grands discours revenaient à dire aux GSE : « Non, Jeff, t’es pas tout seul ! », mais qu’à part ça, de leur point de vue, pas grand-chose n’avait changé.

Le seul résultat concret, c’est que les autorités financières américaines ont transformé leur soutien implicite aux GSE en soutien explicite. Pour celles-ci, les implications sont minimes. Pour Oncle Sam, cela change tout : hier soir, les États-Unis ont basculé du libéralisme dans la social-démocratie. Ce n’est pas la première fois : ça s’était déjà passé en 1933, avec le New Deal. Ça, c’est très important, sur un plan symbolique d’abord et puis, quant aux modalités que ça prendra. A propos de ces dernières, on ne sait évidemment encore rien : tout ce qu’on sait, c’est qu’il faudra pour que ça marche, que ce soit neuf : vraiment neuf, parce que la planète Terre n’est plus ce qu’elle était en 1933 ! Une social-démocratie avec à sa tête, Obama, ce serait intéressant. Avec McCain, ce serait encore beaucoup plus intéressant bien sûr !

Le plus fascinant sans doute, c’est que c’est le petit tango que la Chine et les États-Unis dansent ensemble depuis quelques années qui nous a conduits là. J’ai la chance que les prévisions que je fais depuis quatre ans sur l’évolution de la crise financière se vérifient jour après jour. Cela me rend audacieux. Alors voici : dans cinq ans, les systèmes politique et économique de la Chine et des États-Unis seront quasi-identiques : un capitalisme d’Etat comprenant comme une enclave en son sein un capitalisme de marché sous très haute surveillance. J’y reviendrai bien sûr.

Mauvaise journée pour les banques américaines

15 juillet 2008

Alors que la bourse américaine se passionnait pour le nouveau destin des Government-Sponsored Entities, Fannie Mae et Freddie Mac, dans le nouveau contexte de leur soutien cette fois explicite par l’Etat américain, un autre drame se déroulait en arrière-plan, conséquence celui-ci de la chute d’IndyMac dont j’ai rendu compte dans IndyMac (1985-2008) : l’inquiétude gagnait la public, tout un chacun ayant fait comme moi le rapide calcul que si 15 % des réserves étaient mobilisées pour tirer d’affaire les clients du 9e organisme de crédit immobilier américain, celles-ci seraient rapidement épuisées. Voici le résultat des courses en clôture de la journée du 14 juillet et alors que les flonflons de la fête se dissipent dans la nuit.

-  Bank of America, No 1 des banques commerciales : - 7 %
-  Citigroup, No 2 : - 6 %
-  J.P. Morgan Chase, No 3 : - 4,9 %
-  Wachovia, No 4 : - 14,6 %
-  Goldman Sachs, No 1 des banques d’investissement : - 2,3 %
-  Merrill Lynch, No 2 des banques d’investissement : - 6,3 %
-  Morgan Stanley, No 3 des banques d’investissement : - 5,1 %
-  Lehman Brothers, No 4 des banques d’investissement : - 12,2 %
-  Washington Mutual, No 1 des caisses d’épargne : - 35 %
-  Zions Bancorp, banque régionale, appartenant à l’église mormone : - 23,2 %
-  First Horizon National, banque régionale, principale banque du Tennessee : - 25,2 %
-  National City, banque régionale, principale banque de l’Ohio : - 14,7 %
-  M&T Bank, banque régionale, basée à Buffalo, état de New York : - 15,6 %

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008 )et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).


Articles communiqués par Paul Jorion

* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Illustration : Hank Paulson, Secrétaire au Trésor US



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