Nous l’avions noté dés l’annonce du plan de sauvetage. La question centrale c’est celle de la décote pratiquée sur les actifs douteux acquis par l’état. Si elle est faible, le plan Paulson aura pour effet de distribuer généreusement et sans contrepartie l’argent des contribuables à Wall Street. Si elle est forte, elle laissera les bilans exsangue. Premières réactions à chaud de Paul Krugman.
Paul Krugman, 20 septembre 2008
Je déteste avoir à le faire, mais au vu de ce qui filtre sur le contenu du plan de sauvetage, je dois dire que je ne suis pas d’accord. Pas tant que le Trésor n’aura pas expliqué très clairement comment il est censé fonctionner, en dehors d’aboutir à faire payer par les contribuables une surprime pour des actifs douteux.
Comme je l’ai déjà écrit plus tôt aujourd’hui, il n’est que trop prévisible que le « juste prix » payé pour les actifs adossés aux prêts hypothécaires ne laisse encore beaucoup d’entreprises du secteur financier en difficulté.
Et il n’y a rien dans ce projet qui décrive ce qui doit se passer ensuite. Je note cependant que rien dans ce plan n’oblige le Trésor à payer le juste prix du marché.
Le plan consiste-t-il donc à acheter avec une surcote les actifs des établissements les plus en difficulté ? Ou bien espère-t-on que restaurer la liquidité fera disparaître les problèmes comme par magie ?
Voilà le problème : historiquement, les sauvetages du système financier ont consisté à nationaliser les entreprises en difficulté et à garantir leurs dettes. C’est seulement ensuite que le gouvernement tente de restructurer puis de vendre leurs actifs.
Le gouvernement fédéral avait commencé par prendre le contrôle des Caisses d’Epargne et protéger leurs déposants, puis avait procédé au transfert de leurs avoirs dans d’autres établissements. La Suède a nationalisé les banques en difficulté, protégé également leurs déposants, avant de transférer leurs avoirs de la même façon.
Par contre le plan du Trésor ressemble à une tentative pour restaurer la confiance dans le système financier - c’est-à-dire convaincre les créanciers des institutions en difficulté que tout est OK - simplement en rachetant leurs actifs.
Cela ne fonctionnera que si les prix payés par le Trésor sont bien plus élevés que les prix actuels du marché. Ceci n’est possible que si le problème actuel est principalement un problème de liquidité - ce qui semble douteux - ou si Trésor accepte de payer une surprime énorme, ce qui reviendrait à jeter l’argent des contribuables à la finance.
Et il n’y a pas de donnant donnant ici - rien n’assure aux contribuables une participation aux gains éventuels. Rien ne garantit que l’argent soit utilisé à la régularisation du système plutôt qu’à récompenser ceux qui ne le méritent pas.
J’espère me tromper. Mais permettez-moi d’insister : le Trésor doit expliquer comment ce plan est censé fonctionner. Et ne pas essayer de paniquer le Congrès pour qu’il signe un chèque en blanc. Sinon, pas d’accord.

Economie
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