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Mis à Jour le : 25 septembre 2008  13:27
Yu Yongding veut prévenir une « vente panique » de bons du Trésor US
25 septembre 2008

L’intervention de George Bush, faite pour rassurer, aura-t-elle l’effet recherché ou au contraire sera-t-elle interprétée comme une preuve que les USA sont au bord du gouffre ? Les pays asiatiques, lourdement chargés de la dette américaine, ne cachent plus leur inquiétude. M. Yu Yongding, ancien conseiller de la Banque Centrale chinoise, avertit que « la Chine est très préoccupée par la sécurité de ses actifs », et met les points sur les I : « si on veut que la Chine garde son calme, ont doit aussi garantir à la Chine que ses actifs sont en sécurité. » M. Yu espère qu’un accord entre les principaux créanciers de l’Asie permette d’éviter que ne s’enclenche une incontrôlable « vente panique » des bons du Trésor US. La Chine a beaucoup aidé les USA, estime-t-il, et elle devrait « obtenir quelque chose en retour. » Mais il tire également d’autres enseignements de cette crise. Il est temps que la Chine bâtisse une croissance ne dépendant plus de ses exportations, juge M. Yu. Raison de plus pour protéger la valeur du trésor de guerre qu’elle a accumulé, car il lui permettra de supporter les coûts sociaux de cette transition, prévoit-il.

Par Kevin Hamlin, Bloomberg, 25 septembre 2008

Le Japon et la Chine, ainsi que d’autres détenteurs de la dette publique américaine, doivent rapidement parvenir à un accord afin d’éviter l’apparition de ventes paniques qui provoqueraient un effondrement financier mondial, déclare Yu Yongding, un ancien conseiller de la banque centrale chinoise.

« Nous sommes dans le même bateau, nous devons coopérer, » déclare M. Yu, interviewé à Beijing le 23 septembre. « S’il n’y a pas de vente panique, alors la Chine pourra volontiers continuer à apporter son soutien financier en détenant des actifs américains. »

Un accord est nécessaire afin qu’aucun pays ne se précipite pour vendre, « provoquant un effondrement », déclare M. Yu. Le Japon est le plus grand détenteur de bons du trésor américain, avec 593 milliards de dollars, et la Chine vient en deuxième position avec 519 milliards. Les pays asiatiques détiennent ensemble la moitié sur un total de 2 67O milliards de bons du Trésor accumulés hors des USA.

La Chine, le Japon, la Corée du Sud et d’autres nations devraient se réunir prochainement pour conclure un accord, estime M. Yu, un universitaire ancien membre du comité de politique monétaire de la banque centrale. Pour lui, les discussions devraient associer les ministres des Finances, les gouverneurs des banques centrales et même les dirigeants politiques.

« Je ne suis pas sûr qu’il soit faisable d’obtenir une sorte d’accord entre eux pour qu’ils continuent à détenir des bons du Trésor », estime James McCormack, responsable de la notation des dettes publiques chez Fitch Ratings à Hong Kong. « Cela serait inhabituel. Mais si on s’aperçoit que les nations Asiatiques vendent leurs bons du Trésor, les marchés le prendraient très mal. C’est quelque chose qu’il faut éviter. »

Le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson a demandé au Congrès d’adopter un plan de 700 milliards pour débarrasser le système bancaire de ses actifs dévalués. Le Président de la Réserve fédérale Ben Bernanke, a indiqué le 24 septembre, que les États-Unis sont confrontés à de « graves menaces » sur leur stabilité financière.

Le fait que la Chine détienne une quantité énorme de bons du Trésor américains implique qu’elle doive supporter une grande partie du « fardeau de la remise en ordre » aux États-Unis, déclare M. Yu. La Chine n’est pas pressée de se débarrasser de ses actifs américains et les échanges qui ont lieu entre les deux pays « tous les deux jours » maintiennent informés les dirigeants chinois, contribuant à éviter une éventuelle panique, ajoute-t-il.

« La Chine est très préoccupée par la sécurité de ses actifs », souligne-t-il. « Si on veut que la Chine garde son calme, ont doit aussi garantir à la Chine que ses actifs sont en sécurité. »

M. Yu observe que la Chine apporte son aide aux États-Unis « de façon très significative » et ajoute qu’elle devrait obtenir quelque chose en retour. Les États-Unis devraient éviter de la présenter comme un partenaire commercial qui n’observe pas les règles et manipule la valeur de sa monnaie. Il ne faut pas politiser ces questions, dit-il.

« Il n’est pas convenable que nous soyons accusé de ceci ou cela alors que nous agissons de bonne foi et sommes prêts à assumer de graves conséquences, » lance-t-il. « La Chine sait quoi faire. Nous n’avons pas besoin de votre intervention. »

La Chine a tiré une de leçon de la crise financière aux Etats-Unis, qui est : « Pourquoi continuons nous à accumulent ces reconnaissances de dettes si elles peuvent ne pas être honorées ? » La stratégie économique chinoise, en mettant l’accent sur la croissance des exportations, a produit des excédents commerciaux qui se sont traduits par l’accumulation de 1 810 milliards de dollars sous forme de réserves de change, et cela constitue le principal problème, note M. Yu.

« Notre stratégie de croissance tirée par les exportations a suivi sa pente naturelle », constate-t-il dit. « Nous devrions changer de cap. »

La Chine doit cesser d’intervenir sur le marché des devises et ainsi permettre une appréciation rapide du yuan, estime-t-il. Cela causerait des difficultés pour les exportateurs, mais la Chine pourrait dans le même temps faciliter cette transition à l’aide de ses fortes réserves budgétaires en venant en aide à ceux qui perdraient leur emploi. Elle devrait également stimuler la demande intérieure pour compenser la baisse des revenus des exportations.

Sans appréciation du yuan, la Chine continuera d’accumuler des réserves en devises, ce qui signifie continuer à accumuler « des reconnaissances de dette des Etats-Unis », déclare M. Yu. « C’est du papier, qui peut ne pas être honoré, et qui ne va pas améliorer le bien-être national de la Chine. »

Si la Chine ne permet pas au yuan de s’apprécier et continue à promouvoir une croissance tirée par les exportations, cela conduira à une confrontation avec les États-Unis et l’Europe, observe M. Yu.


Publication originale Bloomberg, traduction Contre Info


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