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Mis à Jour le : 26 septembre 2008  11:56
Y a-t-il un adulte dans l’assistance ? par Paul Krugman
26 septembre 2008

Le plan Paulson, qui ne prévoyait aucune prise de participation de l’état en échange du renflouement des entreprises et réclamait une complète autonomie de décision du Trésor sans aucun contrôle parlementaire, a été retoqué par le Congrès. Depuis lundi, Républicains et Démocrates tentent - toujours sans succès - de parvenir à un accord sur une proposition alternative. Quels sont les enjeux ? Voici les réponses de Krugman.

Par Paul Krugman, New York Times, 25 septembre 2008

Nombreux sont ceux, à droite comme à gauche, qui sont indignés à l’idée d’utiliser l’argent des contribuables pour renflouer le système financier américain. Ils ont raison d’être indignés, mais il serait irresponsable de rester sans rien faire. À l’heure actuelle, les acteurs du système financier refusent de prêter de l’argent et préfèrent amasser des liquidités. Cet effondrement de crédit rappelle à de nombreux économistes la panique bancaire qui a précédé la Grande Dépression.

Certes, nous ne savons pas avec certitude si ce parallèle est pertinent. Peut-être pourrions nous laisser imploser Wall Street et Main Street [1] s’en sortirait largement indemne. Mais c’est un risque que nous ne pouvons pas courir.

Une attitude responsable requiert d’agir pour sauver le système financier. La grande question est : y a t-il des adultes alentour - et seront-ils en mesure de prendre leurs responsabilités ?

Au début de la semaine, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, a tenté de convaincre le Congrès qu’il était l’adulte en question, venu pour nous protéger du danger. Et il a exigé une autorité totale sur les opérations de sauvetage : 700 milliards de dollars, utilisables à sa discrétion, sans aucun contrôle à posteriori.

Le congrès a renâclé. Aucun membre du gouvernement ne devrait se voir confier un tel privilège monarchique, tout au moins lorsqu’il appartenant à une administration qui a menti à l’Amérique au sujet de la guerre. En outre, le bilan de M. Paulson est tout sauf rassurant : il a énormément tardé à apprécier la gravité des difficultés financières de la nation, et c’est en partie sa faute si nous avons atteint le krach.

En outre, M. Paulson n’a jamais offert une explication convaincante sur la façon dont son plan était censé agir. De fait, de nombreux économistes ont estimé qu’il ne réussirait pas, à moins de se transformer en un immense programme d’aide sociale pour le secteur financier.

Mais si M. Paulson n’est pas l’adulte dont nous avons besoin, les dirigeants du Congrès sont-ils prêts et aptes à remplir ce rôle ?

L’ « accord de principe » bipartisan publié jeudi semble bien meilleur que le plan Paulson original. Il met M. Paulson lui-même sous la surveillance fort utile d’un adulte, en demandant la création d’un conseil de surveillance doté d’un pouvoir de révocation [2]. Il limite également les ressources allouées à M. Paulson : il a seulement (seulement !) le droit d’utiliser 250 milliards dans l’immédiat.

Cet accord prévoit également de limiter les revenus des dirigeants des entreprises qui obtiendront des fonds fédéraux. Plus important encore, elle exige que toute opération de financement se traduise par une prise de participation.

En quoi est-ce si important ? Le problème fondamental de notre système financier est que les retombées de l’éclatement de la bulle immobilière ont entraîné une perte de capital pour les établissements financiers. Lorsqu’il a enfin daigné offrir une explication de son plan, M. Paulson a fait valoir qu’il pourrait résoudre ce problème par le biais d’un processus « d’établissement du prix. » Une fois que les fonds des contribuables auront créé un marché pour les « actifs toxiques » adossés aux prêts hypothécaires, tout le monde devrait s’apercevoir que ces actifs toxiques ont en fait une valeur bien plus élevée que le prix auxquels ils s’échangent à l’heure actuelle, ce qui résoudrait du même coup le problème de sous capitalisation. Sans doute, Il ne faut jamais dire jamais. Mais on ne peut pas parier 700 milliards sur ce qui s’apparente à un voeux pieux.

Il y a en revanche de fortes chances que le gouvernement finisse par devoir faire ce que les gouvernements font à chaque fois lors les crises financières : utiliser l’argent des contribuables pour injecter du capital dans le système financier. Dans le cadre du plan Paulson original, le Trésor l’aurait probablement fait en achetant des actifs toxiques pour bien plus que ce qu’ils ne méritent de l’être - sans rien obtenir en retour. Ce que les contribuables doivent obtenir, c’est ce à quoi on droit ceux qui fournissent des capitaux : un titre de propriété. C’est la question de la prise de participation.

Le plan du Congrès semble bien meilleur - bien plus adulte - que le plan Paulson. Cela dit, il fournit peu de détails, et les détails sont d’une importance cruciale. Quel prix les contribuables paieront pour prendre en charge certains de ces actifs toxiques ? De combien d’actions vont-ils bénéficier en retour ? Ces chiffres vont faire toute la différence.

Et en tout état de cause, il semble que nous ne soyons pas encore parvenus à un accord.

Ce plan doit être endossé par les deux partis, et pas seulement au niveau des dirigeants. Les Démocrates ne pourront faire voter ce plan sans les voix des élus Républicains de la base - et depuis jeudi soir, ces élus Républicains de base renâclent.

De plus, le sénateur John McCain - qui n’appartient pas à la base - veut apparemment gâcher la fête. Au début de la semaine, tout en refusant de dire s’il appuie ou non le plan Paulson, il a affirmé ne pas avoir eu l’occasion de le lire ( ce plan fait trois pages). Puis il s’est invité dans les délicates négociations en cours au Congrès sur ce plan , en insistant sur l’importance d’une réunion à la Maison Blanche durant laquelle il serait peu intervenu - mais au cours de laquelle le consensus a volé en éclats.

En fin de compte, il semble bien qu’il ait des adultes au Congrès, prêts à faire quelque chose pour nous aider à sortir de cette crise. Mais pour le moment, ces adultes ne sont pas aux commandes.


Publication originale New York Times, traduction Contre Info

[1] Main Street : la « grande rue. » Cette expression, par opposition à Wall Street, désigne l’activité économique réelle. (ndt)

[2] « cease and desist autority »



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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2204
 
 
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