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Mis à Jour le : 31 octobre 2008  15:31
Europe : Qui veut jouer aux dominos ? par Michel Santi
31 octobre 2008

La forte hausse des taux décidée par la Hongrie pourrait enclencher un processus où, en tentant de rivaliser en ordre dispersé pour attirer les capitaux, l’ensemble des pays de l’Europe de l’Est aggraveraient la récession. Avec des ratios d’endettement à court terme qui dépassent pour certaines nations les 50% du PIB, le risque d’hécatombe est bien réel.

Par Michel Santi, Gestion Suisse, 31 octobre 2008

La Hongrie a tout récemment dû procéder à une hausse de 3% d’un coup de ses taux d’intérêt dans une tentative quasi désespérée de lutter contre les fuites de capitaux. Ce resserrement substantiel de sa politique monétaire pourrait avoir néanmoins un impact nocif sur l’ensemble des pays d’Europe Centrale et, même au-delà, sur certains autres pays Européens n’appartenant pas à la catégorie des nations Européennes encore affublées du qualificatif d"émergeantes"...

La quête frénétique de capitaux pourrait en effet contraindre d’autres pays à remonter leurs taux, laissant une saveur amère qui rappelle étrangement la crise Asiatique de 1997 !

Le F.M.I., la Banque Mondiale et l’Union Européenne sont au chevet de ces pays menacés en leur prodiguant force liquidités dans le but principal d’enrayer une spéculation qui exerce une pression baissière violente à l’encontre de leur devise nationale respective, le Forint Hongrois étant l’exemple le plus douloureux pour le moment.

Dans cette lutte entre taux d’intérêts susceptibles d’attirer les capitaux et devise nationale en dépréciation, le danger de contamination est bien réel. Effectivement, si la Hongrie a été la première victime du fait de sa mauvaise gouvernance économique, les prochains dominos à s’effondrer pourraient bien être et dans le désordre :

-  La Roumanie dont la notation de la dette a été rabaissée par l’agence Standard & Poors au 27 Octobre dernier au rang de "junk", c’est-à-dire de papiers-valeurs hautement spéculatifs et sans grande valeur intrinsèque.

-  La Bulgarie, dont les banques ont unilatéralement interrompu tous prêts hypothécaires, et qui entretient un déficit commercial sans précédent équivalent à 21.5% de son P.I.B.

-  La Serbie où sont également arrivés les responsables du F.M.I. le 28 Octobre dernier, inquiets de son déficit commercial équivalent à 13% de son P.I.B.

-  La Croatie aussi active que la Hongrie dans des prêts hypothécaires libellés en Francs Suisses consentis à sa population faisant ainsi d’elle un candidat - au même titre que la Hongrie - à une dévaluation monétaire.

-  La Pologne qui subit un ralentissement de ses exportations industrielles aggravé par une dette gouvernementale de 45% du P.I.B. et qui pourrait être le plus important pays d’Europe Centrale à vaciller, avec les conséquences que l’on imagine notamment pour l’Allemagne qui en est un des principaux partenaire commercial et financier !

-  La République Tchèque qui, bien qu’étant le meilleur élève d’Europe Centrale serait durement affetée par une crise économique régionale du fait de sa très forte dépendance aux exportations ( 76% de son P.I.B. ! ).

-  Les Etats Baltes qui ont tout récemment vu leur notation également rabaissée par Standard & Poors qui souhaitait ainsi alerter les créanciers sur une éventualité de défaut de paiement.

-  L’Autriche dont les géants bancaires Bawag, Volksbank et Creditantstalt réalisent 35% de leurs profits en Europe Centrale.

-  L’Italie également très impliquée dans l’ensemble de la région Balkanique et d’Europe Centrale avec UniCredit et Intesa dont les cotations ont du reste été suspendues à la bourse Italienne le 28 Octobre dernier du fait de pertes excessives ! L’exposition de la finance Italienne étant bien-sûr aggravée par les faibles fondamentaux Italiens : le pays entretient en effet une dette extérieure qui atteint 104% de son P.I.B. !

-  Même situation difficile pour la Grèce fortement implantée dans la région avec une dette extérieure à 90% de son P.I.B.

-  La Suède qui a garanti il y a quelques jours les prêts entre banques et aux PME à hauteur de 150 milliards d’Euros du fait de l’énorme exposition de son milieu d’affaires aux Pays Baltes. En effet, un défaut éventuel de l’Estonie ou de la Lettonie constituerait une véritable catastrophe pour la Suède car les créances des banques Suédoises vis-à-vis de ces deux pays dépassent 100% de leur P.I.B. respectif...

Dans un tel contexte hyper sensible, on comprend l’énormité du soutien totalisant 20 milliards d’Euros accordé par le F.M.I., par l’Union Européenne et par la Banque Mondiale à la Hongrie le 29 Octobre dernier : Il s’agit là en effet du plan d’urgence le plus substantiel à être conjointement accordé par ces trois institutions depuis le déclenchement de la crise.


Article communiqué par Michel Santi

Illustration : Déficit de la balance courante et endettement à court terme + service de la dette à long terme. source Wall Street Journal



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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2299
 
 
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