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International Israel/Palestine
Mis à Jour le : 2 novembre 2008  16:58
Les dangers du Likoud, par William S. Lind
2 novembre 2008

L’échec de Tzipi Livni à former un gouvernement pourrait ouvrir la voie d’un retour des faucons à la tête d’Israël. William S. Lind y voit un risque majeur de déclenchement de nouvelles aventures militaires visant le Hezbollah et l’Iran. Avec pour résultat probable, l’encerclement du corps expéditionnaire américain en Irak et éventuellement en Afghanistan, risques contre lesquels il met sans cesse en garde ses lecteurs. Cette dimension stratégique des conflits d’Afghanistan et d’Irak est trop peu perçue. Dans les deux cas, un corps expéditionnaire déployé à des milliers de kilomètres de ses bases arrières est entouré de populations et de pays hostiles ou inamicaux. La coupure des voies logistiques terrestres et maritimes se traduirait par une situation catastrophique pour des armées qui seraient rapidement à court de carburant et de munitions, ne pouvant compter que sur un insuffisant ravitaillement aérien. L’arrivée au pouvoir des bellicistes du Likoud et des extrémistes de Israel Beteinou qui lui sont alliés, au-delà de sonner la fin des fragiles espoirs de paix dans le conflit Israélo-Palestinien, est donc potentiellement lourde de conséquences. Pour les USA, mais aussi pour l’Europe. Car si les partisans d’une attaque contre l’Iran l’emportent, une situation déjà chargée de périls pourrait basculer tout à coup vers une catastrophe géopolitique et militaire majeure, où l’emploi du nucléaire tactique - que Lind n’évoque pas - pourrait apparaître comme le dernier recours. Ces jours-ci le monde entier vote Obama. Il faut souhaiter qu’en février prochain il soit tout autant rassemblé contre les fauteurs de guerre.

Par William S. Lind, AntiWar, 29 octobre 2008

Alors que le monde a les yeux fixés sur la prochaine élection américaine, une autre élection, de même importance pour l’avenir de l’Amérique, s’est inscrite sur le calendrier cette semaine. Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires Etrangères, a renoncé à sa tentative de former un nouveau gouvernement et a appelé à la tenue d’élections. Il peut s’agir d’une dernière manœuvre dans cette négociation. Sinon, Israël tiendra probablement des élections en février 2009 [1] .

À l’heure actuelle, certains sondages indiquent une probable victoire du Likoud. Si tel est le cas, cet évènement sera d’une grande importance, tant pour l’Amérique que pour Israël. Pourquoi ? Parce que la politique américaine au Moyen-Orient est un appendice du Likoud. Bien des néoconservateurs, ces pointures auxquelles on doit la guerre d’Irak, sont de facto membres du Likoud. Plusieurs néoconservateurs ont élaboré la stratégie du Likoud pour Israël, qui demande à quelqu’un - devinez qui ? - de détruire tous les pays du Moyen-Orient qui pourraient représenter une menace pour Israël. L’invasion américaine de l’Irak a été la mise en œuvre d’une partie de cette stratégie.

Ceux qui s’imaginent qu’une victoire d’Obama pousserait les néoconservateurs vers la sortie auront une mauvaise surprise. Déguisés en néo-libéraux, ils ne sont pas moins influents dans l’appareil Démocrate que dans celui des Républicains. La seule façon dont le Likoud pourrait être tenu à l’écart d’un gouvernement Démocrate serait pour Obama de court-circuiter l’ensemble de l’appareil pour le choix de ses nominations des responsables de la politique étrangère et de la Défense. Bien qu’il faille le souhaiter, cela ne se produira probablement pas. À l’instar des personnages d’automates décorant les horloges médiévales, les appareils Républicain et Démocrate se succèdent en une ronde ininterrompue d’échecs politiques.

L’installation d’un gouvernement du Likoud en Israël au printemps prochain rendrait quasi certaines deux guerres : une guerre opposant Israël et le Hezbollah et une autre contre l’Iran. Les responsables militaires israéliens ont annoncé récemment que dans le cas d’une nouvelle guerre contre le Hezbollah, Israël détruirait l’infrastructure civile du Liban dans l’ensemble du pays. Dans la mesure où les néo-libéraux feront tout pour que l’Amérique soutienne Israël jusqu’au bout, la colère du monde islamique contre la destruction injustifiable d’un petit pays sans défense du Moyen-Orient (où au moins un tiers de la population est chrétienne) sera dirigée tout autant contre l’Amérique que contre Israël. Les groupes islamistes de lutte armée pratiquant la guerre asymétrique de 4ème génération bénéficieraient d’un énorme élan dans leur recrutement et la collecte de fonds, tandis que la légitimité des Etats musulmans cultivant des liens avec l’Amérique serait encore affaiblie.

D’autre part, une attaque israélienne sur l’Iran pourrait entraîner la perte de l’armée américaine en Irak. Si, en lançant sans cesse cet avertissement, je peux rappeler Caton, ce n’est pas sans raisons. La destruction de toute une armée américaine marquerait un tournant historique, dans cette expédition de Syracuse américaine [2] , qui est ce à quoi ressemble depuis le début cette guerre d’Irak. Notre position stratégique en Irak tient à un fil, qui est cette longue et étroite ligne de ravitaillement qui traverse le golfe Persique et le Koweït. Si l’Iran et ses alliés, les milices chiites irakiennes, coupent cette ligne, le meilleur scénario que nous puissions espérer, c’est une retraite des forces américaines en « sauve qui peut » en direction du nord vers le Kurdistan.

Qui plus est, à cette « heureuse » perspective un gouvernement du Likoud pourrait rajouter une guerre avec la Syrie et une rupture entre les États-Unis et le Pakistan, provoquée par la colère populaire pakistanaise contre l’Amérique en raison de son alliance avec Israël et le Likoud. Avec pour résultat la coupure de notre principale ligne de ravitaillement en Afghanistan, et encore une fois, l’obligation de faire retraite.

Tout cela se produirait dans un contexte de dépression économique mondiale, une dépression que des guerres au Moyen-Orient intensifieraient encore. Le cours du pétrole, aujourd’hui maintenu artificiellement bas par une nuée de ventes des matières premières sur lesquelles avaient investis les fonds spéculatifs, grimperait alors à des hauteurs sans précédent. Les pays qui continueraient à exporter du pétrole pourraient abandonner le dollar et exiger des paiements en or. Le budget militaire américain pourrait monter en flèche à un moment où les États-Unis seraient confrontés à la nécessité urgente de réduire les dépenses fédérales, ce qui conduirait au recours à la planche à billet et à l’hyperinflation.

Il est fort possible que ces prochaines élections en Israël soient plus lourdes de conséquences pour les États-Unis que la prochaine élection présidentielle américaine. Un auteur cité dans le Washington Post a écrit que si McCain l’emportait, l’histoire sera au rendez vous pour l’Amérique, avec « la faux, et les quatre cavaliers de l’Apocalypse ». Cela pourrait n’être pas moins vrai si Obama l’emporte, à moins qu’il ne fasse preuve de l’improbable sagesse et du courage requis pour rompre avec la politique étrangère du parti Démocrate. Son appareil est tout autant lié à Israël que l’appareil de la politique étrangère Russe l’était à la Serbie en 1914. Le passé, je le crois, est un prologue.

William S. Lind est un expert militaire, inventeur du concept de Guerre de Quatrième Génération, proche des Libertariens.

Lire aussi : Robert Dreyfuss : Political Crisis in Israel May Boost Hawks, The Nation, 27 octobre

Notice biographique

William S. Lind sur Military.com

William Sturgiss Lind, Director of the Center for Cultural Conservatism at the Free Congress Foundation, is a native of Cleveland, Ohio, born July 9, 1947. He graduated magna cum laude, Phi Beta Kappa from Dartmouth College in 1969 and received a Master’s Degree in History from Princeton University in 1971. He worked as a legislative aide for armed services for Senator Robert Taft, Jr., of Ohio from 1973 through 1976 and held a similar position with Senator Gary Hart of Colorado from 1977 through 1986. He joined Free Congress Foundation in 1987.

Mr. Lind is author of the Maneuver Warfare Handbook (Westview Press, 1985) ; co-author, with Gary Hart, of America Can Win : The Case for Military Reform (Adler & Adler, 1986) ; and co-author, with William H. Marshner, of Cultural Conservatism : Toward a New National Agenda (Free Congress Foundation, 1987). He has written extensively for both popular media, including The Washington Post, The New York Times, and Harper’s, and professional military journals, including The Marine Corps Gazette, U.S. Naval Institute Proceedings and Military Review. (...)

)


publication originale AntiWar, traduction Contre Info

[1] Depuis la publication de cet artile, la date des élections a été fixée au 10 février.

[2] L’expédition de Syracuse, menée par Athènes lors des guerres du Péloponnèse qui l’opposaient à Sparte, s’est soldée par un désastre total. La puissante flotte Athénienne assiégeant la ville s’est trouvée coupée de tout secours et de possibilité de repli par la voie maritime à la suite de revers tactiques. Le corps expéditionnaire en a été réduit à chercher son salut dans une retraite terrestre, durement harcelé par l’ennemi, qui s’est transformée en massacre. L’historien grec Thucydide a écrit une magnifique chronique de ces évènements tragiques.



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