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Mis à Jour le : 4 novembre 2008  16:08
USA : Un espoir de retour à la diplomatie
4 novembre 2008

L’arrivée d’une nouvelle équipe à la Maison Blanche marquera-t-elle enfin le retour à la diplomatie ? Jim Lobe rappelle que pour tous les conflits qui ensanglantent l’arc de crise allant de la Méditerranée à l’Asie Centrale, existent des plans aboutis d’initiatives diplomatiques, dont les chances de succès seraient grandes si les USA et les grandes puissances - dont l’Europe - les appuyaient fermement.

Par Jim Lobe, IPS, 1er novembre 2008

Alors que les États-Unis s’enfonçaient toujours plus profondément dans le bourbier indochinois au début des années 1960, le révolutionnaire argentin Che Guevara appela à la création de « deux, trois, de nombreux Vietnam » afin de saturer la superpuissance par des conflits dans le Tiers-Monde qui, impossibles a gagner, épuiseraient ses finances et son armée.

Bien que les guerres d’Irak et d’Afghanistan ne soient pas aussi coûteuses qu’alors - tout au moins en pourcentage du produit intérieur brut - cette vision de Guevara reprise près de 40 ans plus tard par Oussama ben Laden, d’une hyper puissance mise sous tension grandissante et qui fait face aujourd’hui à sa pire crise financière depuis la Grande Dépression, pèsera lourdement sur le candidat, quel qu’il soit, qui gagnera la Maison Blanche le 20 janvier prochain.

En effet, même si les Sénateurs John McCain et Barack Obama parlent de l’urgence qu’il y a à envoyer des milliers de soldats supplémentaires en Afghanistan pour faire face à la menace croissante des talibans - potentiellement multipliée par l’insurrection en cours au-delà de la frontière dans les territoires tribaux du Pakistan, pays doté de l’arme nucléaire - la transition qui devrait commencer mardi prochain offrira peut-être au président élu l’opportunité d’envisager des stratégies de désengagement non seulement en Asie du sud-ouest, mais aussi à l’Est de la Méditerranée.

Une série de « grands marchandages » soutenus par les acteurs régionaux et les principales puissances mondiales, visant à la pacification de l’Afghanistan, l’intégration de l’Iran dans une nouvelle structure de sécurité régionale, la promotion de la réconciliation en Irak, et le lancement d’un processus crédible de négociations de paix entre Israël et le monde arabe - se présente comme une très tentante, bien qu’extrêmement difficile, perspective pour le prochain locataire de la Maison Blanche.

Le rétablissement de la stabilité de la région du Moyen-Orient au sens large et la réduction de la présence des troupes US sur le terrain ne permettraient pas seulement de réduire considérablement les 15 milliards de dollars par mois consacrés par Washington aux opérations militaires en Irak et en Afghanistan, mais aussi de faire baisser la pression exercée sur l’armée américaine et l’hostilité sans précédent de plus d’un milliard de musulmans.

Cela permettrait également au nouveau président de mettre l’accent sur la lutte contre la crise financière mondiale et la détérioration de la situation économique à l’intérieur des Etats-Unis, y compris sur des questions essentielles telles que le système de santé et le déclin de la classe moyenne que les américains estiment avoir été trop longtemps négligées, comme l’a montré cette campagne électorale.

Bien qu’aucun haut responsable politique n’ait encore utilisé l’expression « grand marchandage », il y a une prise de conscience que les problèmes rencontrés par Washington dans la région du grand Moyen-Orient - et donc, implicitement, les solutions aussi - sont profondément inter-connectés. Le Général David Petraeus, qui a pris officiellement vendredi les rênes du Commandement Central américain (CENTCOM, qui couvre l’ensemble de la région et l’Asie centrale) et qui est certain d’avoir son mot à dire dans la stratégie future, le comprend clairement mieux que quiconque.

« L’aide que peut apporter le Commandement Central se situe dans la compréhension de ce défi global dans sa dimension régionale, et par son aide au niveau régional non seulement en Afghanistan, mais aussi bien sûr au Pakistan, dans tous les « stans » [1], en Iran et même dans certains autres pays de la région qui sont impliqués depuis longtemps, tels que le Royaume d’Arabie Saoudite et certains États du Golfe, et même concernant les leaders du Liban », a-t-il déclaré au New York Times dans une interview accordée en septembre.

Fournissant une illustration de ses conceptions, le général Petraeus aurait demandé la permission la semaine dernière de rencontrer le président syrien Bashar al-Assad, qui fait l’objet d’un boycott diplomatique par l’administration Bush depuis 3 ans, mais n’a obtenu qu’une fin de non recevoir par la Maison-Blanche.

Le concept de « grand marchandage » a surtout été évoqué au cours des dernières années à propos de l’Iran. Dans ce cas, selon ses promoteurs les plus tenaces, les anciens experts du Golfe de Bush Flynt Leverett et Hillary Mann, Washington fournirait des garanties de sécurité à la République islamique, normaliserait les relations bilatérales, et développerait une approche coopérative pour la sécurité régionale - incluant l’Irak et l’Afghanistan - en échange de l’arrêt par Téhéran de la recherche supposée d’acquisition d’armes nucléaires, du soutien au Hezbollah, au Hamas, et d’autres groupes qualifiés par Washington de terroristes.

Mais la possibilité d’un « grand marchandage » a également été soulevée récemment concernant l’Afghanistan et le Pakistan par deux éminents experts, le journaliste pakistanais Ahmed Rashid, qui aurait eu des entretiens avec Petraeus, et le Professeur de l’Université de New York Barnett Rubin, dans l’influent journal Foreign Affairs, ou ils ont appelé à une stratégie à deux volets.

Les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, estiment-ils, devraient soutenir les efforts - qui semblent déjà en cours - des gouvernements Afghans et Pakistanais pour se réconcilier avec les insurgés, essentiellement talibans pachtounes, des deux côtés de la frontière à la condition qu’ils rompent tout lien avec Al-Qaida et d’autres groupes terroristes internationaux.

Dans le même temps, Washington devrait poursuivre une « initiative diplomatique de haut niveau visant à construire un véritable consensus dans l’objectif de parvenir à la stabilité en Afghanistan en prenant en compte le sentiment légitime d’insécurité du Pakistan, » en particulier vis-à-vis de l’Inde qui, avec la Chine, La Russie et l’Iran, sera appelée a participer aux négociations en vue de fournir les assurances nécessaires.

Ce dernier concept d’une initiative régionale appuyée par les grandes puissances n’est pas tellement différent de la « nouvelle offensive diplomatique » proposée il y a deux ans par le Iraq Study Group (ISG), ce groupe de travail bipartisan co-présidé par l’ancien secrétaire d’État James Baker, qui fut mis sur pied pour étudier un plan permettant le retrait des troupes américaines d’Irak sur une période de 15 mois.

L’ISG avait insisté sur l’importance d’un dialogue direct avec la Syrie et l’Iran, ainsi que les principaux alliés arabes dirigés par des sunnites, avec l’appui des Nations Unies, de l’Union européenne, ainsi que d’autres puissances mondiales, et ce dans un cadre régional qui permettrait de répondre aux besoins en matière de sécurité de l’ensemble des voisins de l’Irak et de les dissuader d’y alimenter le conflit confessionnel. Il avait également appelé Washington à conditionner un futur soutien au gouvernement irakien, dirigé par des chiites, à ses efforts de réconciliation avec la communauté sunnite du pays.

S’opposant fermement à tout calendrier de retrait, Bush a largement ignoré ces recommandations et a au contraire envoyé des dizaines de milliers de soldats supplémentaires en Irak pour enrayer la violence confessionnelle. Deux ans plus tard, la réconciliation nationale espérée se faisant toujours attendre et le gouvernement irakien, de plus en plus influencé par l’Iran, refusant de signer un accord bilatéral qui permettrait aux soldats américains de rester au moins jusqu’en 2011, un nouveau président pourrait souhaiter sortir le plan de l’ISG du placard ou il a été remisé.

La « nouvelle offensive diplomatique » proposée par l’ISG liait également la stabilisation de l’Irak et la sécurisation des intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient à une paix globale israélo-arabe pour laquelle un engagement des grandes puissances, réunies dans le Quartet, existe déjà. Alors que Bush a cherché, bien que sans grand enthousiasme, à négocier un accord israélo-palestinien - désormais considéré comme hors de sa portée en raison de la tenue d’élections israéliennes en février - au cours de la dernière année, il n’a rien fait pour encourager les pourparlers pourtant plus prometteurs entre Israël et la Syrie sous médiation turque.

Au cours du dernier mois, cependant, de hauts responsables israéliens ont demandé à leurs voisins arabes de relancer l’Initiative de Paix de la Ligue Arabe de 2002 - à l’origine une proposition saoudienne qui offre à Israël des relations normalisées avec tous les membres de la Ligue en échange de son retour aux frontières de 1967 et de la création d’un Etat palestinien avec un partage de Jérusalem - en tant que moyen d’aller de l’avant sur tous les fronts en même temps.

Comme pour les trois précédentes, cette éventuelle quatrième « grande négociation » dépendra essentiellement de l’appui ferme des États-Unis, ainsi que de celui des autres grandes puissances.

Et, comme pour les trois autres, beaucoup dépendra de la position de l’Arabie Saoudite - qui non seulement a lancé l’Initiative Arabe, mais a également contribué a accueillir le mois dernier des pourparlers entre des Talibans de haut rang et le gouvernement afghan et jouit d’une influence considérable au Pakistan - et de l’Iran, dont les gains géopolitiques depuis l’invasion de l’Irak ont grandement amélioré sa capacité à jouer les trouble-fêtes, de l’Afghanistan à la Méditerranée orientale. Les résultats des élections en Israël vont également peser lourdement dans la balance.

Néanmoins, si l’Initiative Arabe bénéficie d’une dynamique suffisante pour inciter les alliés de Téhéran, en particulier la Syrie et le Hamas, à se joindre au mouvement, l’Iran, selon certains analystes, acquiescerait probablement, en particulier si ses intérêts de sécurité sont pris en compte dans d’autres marchandages possibles que le nouveau président pourrait examiner mardi prochain après les élections.


Publication originale IPS, traduction Karim Loubnani pour Contre Info

[1] L’ensemble des pays de l’Asie centrale dont le nom se termine par « stan »


Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2313
 
 
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