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Economie Idées
Mis à Jour le : 1er décembre 2008  14:17
La stabilité internationale, menacée par la crise, par Ambrose Evans-Pritchard
1er décembre 2008

Les crises économiques mondiales et les tempêtes sur les devises qu’elles provoquent ont un potentiel de déstabilisation dévastateur. Lorsque les économies nationales s’effondrent, que la chute des devises et des exportations ne permet plus d’honorer les dettes, de se procurer toutes les matières premières, l’énergie et parfois l’alimentation nécessaires, les troubles, la violence et les conflits ne sont jamais très loin. Nous n’en sommes heureusement pas là. Mais l’ampleur de la liquidation des créances internationales et du ralentissement économique, loins d’avoir donné leur plein effet, sont porteurs de risques géopolitiques majeurs. Comme souvent très britanno-centré, mais toujours incisif, voici le point de vue d’Ambrose Evans-Pritchard.

Par Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, 30 novembre 2008

Que ce soit la roupie indienne, la Bourse de Shanghai, ou les emprunts du Kremlin, les anciennes stars du boom du crédit sont désormais tombées à terre. Les investisseurs se replient sur les bons du Trésor américains à 3 mois, ultime havre de sécurité. Leur rendement a chuté à 0.02%, c’est dire qu’il est négatif une fois déduits les frais. On en est réduit à devoir payer pour que Washington garde votre argent.

L’hypothèse sous jacente à ce « Grand Boum du crédit » est - ou était - que nous vivions dans une époque apaisée où la plupart des sociétés convergeaient vers une certaine forme de libéralisme de marché, où les échanges et les flux de capitaux étaient libres, où les gouvernements avaient suffisamment de légitimité pour maintenir l’ordre par de légères impulsions, et où un conflit majeur était impensable.

Cette illusion est aujourd’hui mise à l’épreuve.

Nous ne devrions pas surestimer la signification de ce carnage de Bombay. Il peut être ou pas significatif que les Moudjahiddines du Deccan - quels qu’ils soient - aient choisi la plaque tournante de la finance en Inde pour lancer leur attaque spectaculaire.

Quoi qu’il en soit, l’histoire d’amour avec la Bourse de Bombay tiédissait déjà. L’indice SENSEX est en baisse de près de 60% par rapport à son apogée.

L’exode des capitaux étrangers pourrait maintenant s’accélérer, mettant à nu la situation horrible des finances publiques indiennes. Le déficit combiné de l’Etat central et des Etat de l’Union indienne atteint 8% du PIB. Manifestement, les dépenses devront être réduites.

Si cette attaque atroce propulse le leader nationaliste hindou Narendra Modi au gouvernement à la tête du BJP, l’Asie du Sud sera une fois de plus exposée au face à face nucléaire entre l’Inde et le Pakistan.

Les événements évoluent rapidement également en Chine. La ville de Wudu a été incendiée par des émeutiers ce mois-ci, lors d’une bataille rangée avec la police. La violence s’est étendue à la région de Guangdong, plate-forme des exportations chinoises, avec des manifestations de travailleurs protestant contre les fermetures nombreuses d’usines de jouets, de textile et de mobilier.

« La crise financière mondiale n’a pas encore atteint son maximum. Son impact se propage au niveau mondial et s’amplifie », a déclaré Zhang Pin, le directeur de la commission nationale de développement. « Les trop nombreuses faillites et fermetures d’entreprises vont provoquer un chômage massif et susciter des troubles sociaux ».

Nous sommes sur le point de savoir si la Chine a fait le mauvais choix en pariant sur une stratégie de développement basée sur des investissements massifs dans des industries d’exportation, à faible valeur ajoutée, en direction des États-Unis et en Europe.

Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la Chine [1] contient une information consternante : la part des salaires dans le PIB a chuté de 52% à 40% depuis 1999. C’est la preuve d’un modèle économique désastreusement déséquilibré, qui a peu de chances de conserver le soutien populaire.

Le parti communiste a abandonne sa mission idéologique depuis longtemps. Pour rester au pouvoir, le régime doit compter sur un boom perpétuel. À mesure que l’économie ralentit, le risque du recours à la carte nationaliste s’élève.

Tokyo, certainement, voit les choses ainsi. Lorsque j’ai visité le ministère de la Défense japonais, l’an dernier, l’adjoint du ministre m’a montré des cartes détaillant les intrusions de la flotte des sous-marins d’attaque chinois - qui connaît un développement rapide - dans les eaux japonaises. « Nous observons ses navires de guerre dans la mer du Japon en permanence », m’a-t-il déclaré.

Shoichi Nakagawa, le chef du parti au pouvoir, le LDP, a été encore plus explicite. « Qu’arriverait-t-il si la Chine attaque le Japon ? Est-ce que les États-Unis déclencheront des représailles pour nous » s’interrogeait-il.

L’Europe, est déjà fragilisée. L’Islande, la Hongrie, l’Ukraine, le Bélarus, la Lettonie et la Serbie se sont tournés vers le FMI. La Russie est l’otage des prix du pétrole. Si le brut de l’Oural reste durablement en dessous de 50 dollars le baril, nous allons assister à un tremblement de terre d’une manière ou d’une autre.

Il est trop tôt dans cette crise pour déterminer si l’Union Monétaire Européenne est une source de stabilité ou une machine infernale. Le fossé entre l’Europe du Nord et celle du Sud s’élargit de plus en plus. Les primes de risques sur les emprunts d’états grecs, irlandais, italiens, autrichiens, belges demeurent obstinément élevées. L’absence d’une politique budgétaire européenne unifiée devient flagrante. L’Allemagne a refusé de soutenir le système par la mise en œuvre d’un « blitz » budgétaire.

Durant les années 1930, il n’était pas évident pour les acteurs de l’époque, subissant la déflation par la dette, que leur monde s’effondrait. La crise s’est installée par vagues, chacune suivie par plusieurs mois d’apparente normalité - tout comme aujourd’hui.

Le système mondial n’a pas dérapé avant Septembre 1931. Le déclencheur a été une mutinerie des marins de la Royal Navy à Invergordon, après une baisse de leur solde. Les marins de quatre cuirassés refusé de prendre la mer, et ont chanté le « drapeau rouge ».

L’information que l’Empire britannique ne parvenait pas à maintenir la discipline militaire déclencha une fuite des capitaux. La Grande-Bretagne a été forcée d’abandonner l’étalon-or cinq jours plus tard. Une partie du monde lui emboîta le pas.

Il n’était pas non plus évident que l’Allemagne deviendrait folle. Le chancelier Bruning continuait sa politique de déflation, aveugle au danger. Avec pour résultat l’élection de Juillet 1932, où deux partis décidés à mettre à bas le régime de Weimar - le KPD communistes et les nazis - ont remporté plus de la moitié des sièges au Reichstag.

On peut espérer que les gouvernements aient agi assez vite cette fois-ci, en abaissant les taux directeurs et en installant un pare-feu sous forme de relance budgétaire, pour éviter de telles catastrophes. Mais n’oublions pas que la bulle de la dette est bien supérieure aujourd’hui.

En cas de doute, demandez vous quels sont les pays où la démocratie est profondément enracinée, où existe un fort sentiment de solidarité nationale, un état de droit solide - et des porte-avions. A cette aune, les États-Unis et la Grande-Bretagne ne sont pas si mal placés, après tout.


Publication originale The Telegraph, traduction Contre info

[1] Brad Setser propose un résumé de l’analyse de la Banque Mondiale



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Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2386
 
 
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