International Etats Unis
Mis à Jour le : 30 décembre 2008  22:15
Les 100 jours d’Obama, par Paul Jorion
30 décembre 2008

« On prend traditionnellement la mesure de ce qu’un président américain accomplira au cours de son mandat à partir de ce qu’il parvient à réaliser durant ses cent premiers jours, » ecrit Paul Jorion. Obama a-t-il pris la mesure de la crise ? Pour en juger, rendez-vous le 1er mai 2009.

Par Paul Jorion, 29 décembre 2008

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Mon billet du 15 septembre s’intitulait On ne va pas pouvoir rabibocher. Qu’avons-nous vu depuis : précisément du replâtrage, du rafistolage, du ravaudage, à la pelle et à concurrence de centaines de milliards d’euros et de dollars. Nous a-t-on proposé quoi que ce soit qui s’attaque au fond des problèmes ? Des mesures en vue d’une meilleure redistribution des revenus et du patrimoine ? Une mise au pas de la spéculation ? Une redéfinition du rôle des banques centrales ? Une réflexion sur le crédit à la consommation ? Les moyens d’une évaluation de la croissance au sein d’un monde endommagé et ayant épuisé ses ressources ? Non : rien ! Attali utilise l’image de l’accident de la circulation : on donne de l’oxygène au blessé au bord de la route... depuis un an et demi déjà.

Est-ce à dire que personne au plus haut niveau n’ait pris la mesure du désastre ? C’est peu probable. Hypothèse optimiste : chacun sait pertinemment que l’Amérique est la locomotive - même s’il s’agit d’une locomotive très essoufflée - et qu’il faut attendre de voir ce que fera Obama. On prend traditionnellement la mesure de ce qu’un président américain accomplira au cours de son mandat à partir de ce qu’il parvient à réaliser durant ses cent premiers jours. Ce qui nous mène au 1er mai. Si à cette date l’accidenté n’est pas arrivé à l’hôpital, il est soit mort, soit en tout cas à l’agonie.

Bien sûr, je ne me faisais guère d’illusions : « On ne va pas pouvoir rabibocher ! », c’était une exhortation pure et simple. Mais l’exhortation ce n’est pas rien : c’était une invitation à se mettre à réfléchir furieusement parce qu’il faut bien le reconnaître, la réflexion n’était pas très avancée non plus.

Je parlais hier à l’un d’entre vous qui se désespérait devant le replâtrage navrant auquel nous assistons en ce moment et qui me disait de l’avenir : « Ce sera comme avant mais en pire ! » et je lui dis non : l’analyse progresse, elle avance à grands pas. Et non seulement elle avance, mais elle se diffuse : on la retrouve partout. « Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ».

Je ne me faisais guère d’illusions en septembre et je ne m’en fais guère non plus sur ce qui aura été accompli d’ici au 1er mai. Nous aurons bien besoin d’une analyse approfondie des problèmes et d’une vision très claire de leurs solutions (je ne parle pas de rustines, on m’aura compris), vienne le 1er mai.

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008) et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).

* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.


Article communiqué par Paul Jorion


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