« Soixante-dix policiers ont été tués, et il n’étaient pas tous des membres du Hamas », déclare M. S. « Et même ceux qui soutenaient le Hamas étaient des jeunes hommes qui recherchent un emploi, un salaire. Ils voulaient vivre. Et ils sont morts. Soixante-dix d’un seul coup. Cette agression n’est pas contre le Hamas. Elle est contre nous tous, contre l’ensemble de la nation. Et aucun Palestinien ne consentira à ce que son peuple et sa patrie soient détruits de cette façon. » Amira Hass a recueilli par téléphone les témoignages des habitants de Gaza.
Par Hamira Hass, Haaretz, 29 décembre 2008
Dimanche, 15 heures 19. Au téléphone, on entend le bruit de la frappe d’un missile. Puis un autre, avec les cris de peur des enfants. Dans le quartier Tel Al-Hawa de Gaza les tours d’habitation sont rapprochées les unes des autres, et chaque bâtiment abrite des dizaines d’enfants, chaque pâté de maisons des centaines.
Leur père, M. B., m’informe que la fumée provient d’un immeuble voisin et raccroche le téléphone. Une heure plus tard, il me dit que deux appartements ont été touchés. L’un était vide, il ne sait pas qui y vit. L’autre, où il y a eu des victimes, appartient à un membre d’une cellule de lanceurs de roquettes, mais il ne s’agit pas d’un militant de haut rang.
Dimanche midi, l’armée de l’air israélienne a bombardé un bâtiment appartenant au Service de la Sécurité Nationale de Gaza. Il abritait la principale prison de la ville de Gaza. Trois prisonniers ont été tués. Deux étaient apparemment des membres du Fatah, le troisième avait été reconnu coupable de collaboration avec Israël. Le Hamas avait évacué la plupart des autres prisons de Gaza, mais pensait que celle-ci serait à l’abri.
Dimanche, un appel téléphonique a réveillé M. S. « Je ne dormais pas, de toute façon », déclare-t-il. « J’ai pris le récepteur et entendu une annonce préenregistrée en arabe : « Ceci est destiné à vous avertir que nous allons bombarder la maison de tous ceux qui ont des armes ou des munitions chez eux. »
Trois membres d’une famille du voisinage ont été tués, tous trois de jeunes hommes âgés d’une vingtaine d’années. Aucun d’entre eux ne possédait d’armes ou de munitions, ils marchaient tout simplement dans la rue lorsque l’aviation israélienne a bombardé une voiture. Un autre voisin a perdu une fille de 16 ans, et sa soeur a été grièvement blessée. L’aviation a bombardé un bâtiment qui abritait autrefois le Service de Sécurité Préventive de l’Autorité Palestinienne, et leur école est située à côté.
M. S. a vu les résultats de quelques-uns des bombardements de samedi lorsqu’il a rendu visite à un ami dont le bureau est situé à proximité du siège de la police de la ville de Gaza. L’une des personnes tuées dans cette attaque est Hassan Shnab Abu, le fils aîné de l’ancien haut fonctionnaire du Hamas Ismail Abou Shnab.
Ismail Abou Shnab, assassiné par Israël il y a cinq ans de cela, avait été l’un des premiers responsables politiques du Hamas à prendre la parole en faveur d’une solution à deux États. Son fils Hassan travaillait comme employé à l’université locale et jouait par plaisir dans l’orchestre de la police. Il jouait de la musique durant une cérémonie de remise de diplômes de la police samedi, lorsque la bombe a frappé.
« Soixante-dix policiers ont été tués, et il n’étaient pas tous des membres du Hamas », déclare M. S., qui lui-même est un opposant au Hamas. « Et même ceux qui soutenaient le Hamas étaient des jeunes hommes qui recherchent un emploi, un salaire. Ils voulaient vivre. Et ils sont morts. Soixante-dix d’un seul coup. Cette agression n’est pas contre le Hamas. Elle est contre nous tous, contre l’ensemble de la nation. Et aucun Palestinien ne consentira à ce que son peuple et sa patrie soient détruits de cette façon. »

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