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Mis à Jour le : 4 février 2009  19:57
Les USA assumeront-ils leurs responsabilités dans cette crise ? par Martin Wolf
4 février 2009

Wolf dresse un tableau fort pessimiste de la situation mondiale. Avec une BCE qui laisse l’Europe s’enfoncer dans la récession, un Japon en pleine crise et des pays émergents qui en sont réduits à prendre la cape durant la tempête, seuls les USA seraient en mesure d’impulser les mesures coordonnées et massives qui sont requises pour juguler cette crise et éviter autant que faire se peut la perspective d’une dépression généralisée. Mais Wolf ne voit pour l’instant guère de raison d’espérer, et juge notoirement insuffisant le plan de relance américain. Obama saura-t-il s’élever à la hauteur de la situation ?

Par Martin Wolf, Financial Times, 3 février 2009 - (extrait)

Contrairement aux opinions exprimées dans certains milieux, notamment aux États-Unis, les dépressions ne sont ni bonnes pour nous, ni non plus une fatalité. Il est nécessaire d’agir de façon déterminée et coordonnée mondialement. L’initiative doit venir des États-Unis : ils restent l’hyperpuissance, le système économique actuel est celui qu’ils ont promu, et la crise provient pour beaucoup des erreurs de ses dirigeants et de ses entreprises privées, même si des erreurs commises ailleurs y ont également contribué.

Quels sont les principes à suivre ? Voici mes propositions :

Tout d’abord, concentrer tous les efforts à renverser l’effondrement de la demande, plutôt que sur la réforme de l’architecture mondiale.

Deuxièmement, employer une force écrasante. C’est l’heure du « shock and awe » dans le domaine des politiques économiques.

Troisièmement, rendre crédible la future normalisation des politiques budgétaires et monétaires.

Quatrièmement, agir de concert. Même les États-Unis ne peuvent pas résoudre seuls leurs problèmes.

Cinquièmement, éviter le protectionnisme.

En sixième lieu, renforcer la capacité des institutions mondiales pour venir en aide aux nations les plus faibles.

A quel point réussissons-nous, au vu de ces critères ? « Mieux que dans les années 1930 » est le mieux que l’on puisse dire. Le monde a désespérément besoin que M. Obama se montre plus résolu au plan national et dans les relations internationales. Les plans qu’il vient de rendre publics lui donnent une chance d’atteindre le premier objectif. Le sommet du Groupe des 20 , qui se tiendra à Londres en avril, lui donnera l’occasion d’accomplir le deuxième.

Malheureusement, les nouvelles en provenance des Etats-Unis sont extrêmement décourageantes. Au lieu d’une relance massive, le plan qui est en train d’émerger est trop limité, contient trop de gaspillage et est trop mal ciblé. Au lieu d’une action décisive pour recapitaliser les banques, qui doit se traduire par une prise de contrôle publique temporaire sur les banques insolvables, les États-Unis pourraient recourir à nouveau à cette politique inefficace et immorale consistant à renflouer celles qui détiennent dans leurs livres des « actifs toxiques ». Au lieu d’agir comme un leader mondial, ils ont recours au protectionnisme et veulent faire porter le blâme sur autrui.

Cette voie mène à la catastrophe. Du reste du monde, je n’attends que bien peu de raisons d’espérer : la Banque Centrale Européenne laisse s’effondrer la zone euro dans la récession, le Japon est en pleine crise, et si la Chine a annoncé un grand plan de relance, manque encore un plan crédible de réformes structurelles nécessaires. La plupart des autres pays émergents ne peuvent quant à eux que tenter de rester à flot dans cette tempête. Leurs réserves de devises accumulées depuis l’an 2000 y aideront. Mais les ressources dont dispose le FMI, même en espérant les voir doubler, sont trop faibles pour restaurer la confiance dont la plupart des économies émergentes ont besoin pour leur permettre de soutenir leur dépenses.

Les décisions prises dans les prochains mois permettront de façonner le monde pour une génération. Si nous traversons cette crise en échappant à un effondrement, nous aurons le temps et l’opportunité de construire un ordre mondial meilleur et plus stable. Si nous ne le faisons pas, cette occasion pourrait ne pas représenter avant des décennies.

Nous sommes à l’aube d’une ère nouvelle. La priorité est d’inverser la spirale du désespoir par une action concertée massive. Cela ne se produira que si les États-Unis assument maintenant le leadership dont nous avons besoin. M. Obama pourrait sans doute s’apercevoir, comme nombre de présidents avant lui, qu’il est plus facile et plus gratifiant de mener le monde que de s’obtenir les bonnes grâce d’un Congrès récalcitrant. Cela n’est peut-être le défi auquel il s’attendait. Mais c’est le défi qu’il doit affronter. L’histoire jugera sa présidence sur son audace à réussir.


Publication originale Financial Times, traduction Contre Info


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