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Mis à Jour le : 12 mars 2009  19:26
Madoff, miroir d’une économie américaine devenue folle, par Nouriel Roubini
12 mars 2009

Aux USA, on nomme schéma de Ponzi ces escroqueries pyramidales dont Bernard Madoff fournit le dernier et le plus retentissant exemple. Mais lorsque, sollicité par un journaliste pour donner son sentiment sur le cas Madoff, c’est cette référence à Ponzi qui vient à l’esprit de Roubini pour décrire non seulement l’escroc déchu mais également l’économie de son pays, la virulence du propos mérite d’être signalée. Voici donc l’acte d’accusation dressé par Roubini, qui condamne sans appel toutes les dérives du recours excessif au crédit qui ont vu le jour ces dernières années. C’est l’économie américaine dans son ensemble, tonne-t-il, qui ressemblait à une gigantesque escroquerie à la Ponzi, faite d’endettement et d’effet de levier, à laquelle se sont adonnés sans retenue les ménages, les banques, les entreprises et le gouvernement. Tous, peu ou prou, n’étaient plus à même d’honorer ni le principal ni les intérêts sans une perpétuelle et trompeuse réévaluation à la hausse de leur patrimoine, et la faillite était inévitable. Avec l’éclatement des bulles le roi est nu, constate Roubini, qui appelle ses concitoyens à avoir le courage de reconnaître cette vérité dérangeante. « Madoff, c’est nous, et Monsieur Ponzi, c’est nous ! »

Par Nouriel Roubini, 11 mars 2009

Les Américains ont vécu dans une économie de la bulle à la Madoff et Ponzi depuis une décennie, voire plus. Madoff est le reflet de l’économie américaine et de ses agents endettés à l’excès : un château de cartes bâti à coup d’effet de levier sur effet de levier par les ménages, le secteur de la finance et les entreprises, et qui s’écroule, désormais.

Lorsqu’on a aucun apport initial lors de l’achat d’une maison, que le capital investi est nul, l’effet de levier est littéralement infini. C’est un jeu semblable aux pyramides de Ponzi.

Et la banque qui a accordé sans apport initial à un NINJA (une personne sans revenu, sans emploi et sans apport) un prêt sans aucun remboursement du principal pendant un certain temps, avec un amortissement négatif et un taux initial incitatif, jouait elle aussi un jeu à la Ponzi.

Et les fonds d’investissement qui ont réalisé pour plus de 1000 milliards d’opérations de Leverage Buy Out durant ces dernières années avec un ration dette sur bénéfice de 10 ou plus étaient également des entreprises Ponzi jouant un jeu à la Ponzi.

Un gouvernement qui émet des milliers de milliards de dollars de nouvelles dettes pour régler la facture de cette grave récession et pour socialiser les pertes du privé peut risquer de devenir un gouvernement à la Ponzi s’il ne revient pas à moyen terme à la discipline budgétaire et à un niveau de dette soutenable.

Un pays qui a depuis plus de 25 ans dépensé plus que ses revenus, qui a connu une litanie sans fin d’années de déficit de sa balance courante, qui est de la sorte devenu le plus grand pays débiteur envers l’étranger au monde (avec une dette extérieure nette pour l’année qui pourrait dépasser les 3000 milliards) est également un pays à la Ponzi, qui pourrait en fin de compte faire défaut sur sa dette extérieure, s’il ne se serre pas la ceinture avec le temps et ne commence pas à réduire les déficits de la balance courante et ne dégage pas des excédents commerciaux réels.

A chaque fois que l’on persiste à consommer plus que son revenu, année après année (tel un ménage avec une épargne négative, un gouvernement avec un déficit budgétaire, une entreprise ou un établissement financier faisant des pertes répétées, un pays avec un déficit de sa balance extérieure), on s’adonne à ce jeu à la Ponzi. Dans le jargon de l’économie on dit qu’on échoue à satisfaire aux contraintes budgétaires inter-temporelles quand on emprunte pour financer le remboursement des intérêts sur la dette antérieure. On est alors entré dans une dynamique de dette insoutenable qui conduit finalement à la faillite pure et simple.

Selon Minsky et selon la théorie économique les agents de type Ponzi (ménages, entreprises, banques) sont ceux qui doivent emprunter encore pour pouvoir rembourser tant le principal que les intérêts de leur dette. Ceux que Minsky appelle les « emprunteurs Ponzi » ne peuvent honorer ni leurs intérêts ni le principal. Ils sont surnommés ainsi car ils ont besoin d’une augmentation continue des prix des actifs dans lesquels ils ont investi pour être à même de continuer à refinancer leur dette.

Selon cette norme les ménages américains moyens dont le pourcentage d’endettement par rapport au revenu est passé de 65% il y a 15 ans à 100% en 2000 puis à 135% aujourd’hui, jouaient un jeu à la Ponzi.

Et une économie où la dette totale par rapport au PIB (des ménages, et des entreprises y compris financières) est de 350% est une économie folle à la « Made-Off » et Ponzi. Aujourd’hui où le prix des biens immobiliers a baissé de 20% et tombera encore de 20% avant d’atteindre son point bas et que le cours des actions a chuté de plus de 50% (et pourrait encore diminuer) espérer transformer les maisons des distributeurs automatique de billet et emprunter pour financer une consommation à la Ponzi n’est désormais plus possible. La fête est finie pour les ménages, les banques et les sociétés pratiquant un fort effet de levier.

L’éclatement de la bulle immobilière, de la bulle des actions, de la bulle des hedge funds et de la bulle des fonds d’investissement montre que la plupart de la « richesse » qui soutenait ces effets de levier massifs et la surconsommation des agents économique n’était qu’une fausse richesse basée sur des bulles ; maintenant que ces bulles ont éclaté, il est clair que le roi est nu et que nous sommes ce roi nu. La marée montante des bulles dissimulait le fait que la plupart des américains et de leurs banques nageaient nu. L’éclatement de la bulle, avec la marée basse, révèle quels sont ceux qui étaient nus.

Madoff pourrait désormais passer le reste de sa vie en prison. Les ménages américains, les entreprises - de la finance ou non- et le gouvernement pourraient passer quant à eux la prochaine génération dans cette prison qu’est l’endettement et avoir à se serrer la ceinture pour régler les pertes causées par une décennie ou plus d’effet de levier insouciant, de surconsommation et de prise de risques.

Américains, regardons-nous dans le miroir : Madoff, c’est nous, et Monsieur Ponzi, c’est nous !


Publication originale RGE Monitor via FT Alphaville, traduction Contre Info


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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2583
 
 
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