Environnement Futurs
Mis à Jour le : 25 mars 2009  18:42
Crise économique, crise environnementale : deux raisons pour une relance verte, par Jonathon Porritt
25 mars 2009

Déréglementation, mauvaise évaluation des risques, surconsommation financée par des traites tirées sur un avenir de plus en plus incertain. Le diagnostic semble clair. Mais sur quoi porte-t-il ? Car si ces caractéristiques s’appliquent d’évidence à une « économie casino » devenue folle, elles pourraient tout aussi bien décrire notre relation à l’environnement, écrit l’écologiste britannique Jonathon Porritt, ancien responsable des Amis de la Terre. Là aussi règne la même insouciance, et la consommation ne se soutient qu’au prix de la liquidation de notre capital commun : la terre. Rappelant l’avertissement que vient de lancer le premier conseiller scientifique du gouvernement anglais, qui met en garde contre la « tempête du siècle » environnementale, alimentaire et énergétique qui pourrait nous frapper aux alentours de 2030, Porritt réclame la mise en oeuvre de plans de relances massivement « verts », mettant l’accent sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les réseaux énergétiques intelligents, les nouvelles solutions de transport, etc... qui permettraient le redémarrage économique tout en préparant le futur. Le message est adressé aux britanniques, mais il vaut pour tous.

Par Jonathon Porritt, The Guardian, 24 mars 2009

Une « tempête du siècle » sous forme de pénurie alimentaire, d’eau et de renchérissement de l’énergie frappera l’économie mondiale avant 2030, a averti la semaine dernière John Beddington, le conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique. L’accélération du changement climatique, associé à ce cocktail fatal provoquera des troubles, des conflits transfrontaliers et des migrations de masse - en d’autres termes, un effondrement économique et politique, auprès de quoi la récession économique actuelle semblerait mineure. Si je suis entièrement d’accord avec l’analyse de John Beddington, je crois cependant qu’il se trompe de calendrier. Cette « tempête du siècle » frappera bien plus près de 2020 que de 2030.

Il peut sembler mal venu - voire dénué de pitié, lorsque le chômage frappe deux millions de personnes au Royaume-Uni - d’inviter à se préoccuper d’un éventuel effondrement économique futur. Mais si nous voulons éviter cette récession ultime, pour laquelle il n’y aurait pas de redémarrage habituel dans les conditions normales des cycles d’expansion et de récession, nous devons alors commencer à penser à cette récession présente de manière complètement différente. Tant en termes d’analyse des causes sous-jacentes que des mesures correctives appropriées.

Concernant l’analyse, on semble ignorer le fait que les causes de l’effondrement économique sont exactement les mêmes que celles qui sont à l’oeuvre aujourd’hui derrière la crise écologique - et en particulier l’accélération du changement climatique. Comme le démontre Adair Turner dans le premier rapport publié en tant que président de la Financial Services Authority (FSA), l’obsession néo-libérale de la déréglementation a causé un tort incalculable aux marchés de capitaux. Mais on doit comprendre que la même ferveur dérèglementatrice a également causé des dommages à l’environnement dans le monde entier, depuis 20 ans ou plus.

C’est exactement la même chose lorsque l’on se penche sur les trois éléments qui ont rendu les marchés de capitaux aussi faussement porteurs : mauvaise évaluation du risque, mauvaise allocation du capital, et incitations contre productives. Aux effets catastrophiques sur les marchés correspondent les effets catastrophiques sur l’environnement.

Et puis il y a également la question de la dette. Les gouvernements ont systématiquement permis que s’empilent les dettes des ménages et de l’Etat (avec les folles bulles d’actifs du logement, de la terre et des bien) en souhaitant explicitement alimenter des niveaux élevés de croissance économique. Nous aurons tous à rembourser ces dettes durant les décennies à venir.

Sur le front environnemental, pendant que grossissaient les dettes financières, celles à l’égard de la nature faisaient de même - en termes d’épuisement insoutenable des ressources naturelles, tel que mesuré par la perte de la couche de terre arable, des forêts, de l’eau douce et de la biodiversité. Tout le monde sait qu’entretenir la consommation en liquidant son capital est une folie, mais personne ne semble savoir comment arrêter ce processus.

Il faut ici tirer une conclusion simple : les mêmes abus propre à un « capitalisme de casino », roulant sur la dette, qui ont provoqué l’effondrement de l’économie mondiale sont à l’oeuvre dans l’effondrement à venir des systèmes du vivant dont nous sommes tous tributaires en fin de compte.

Concernant les remèdes à mettre en oeuvre, le lien entre la récession actuelle et la tempête qui nous attend en 2020/30 ne saurait être plus clair : il faut traiter les calamités du jour en investissant dans les infrastructures et les technologies qui aideront demain à éviter d’infiniment pires calamités. En d’autres termes, lancer un énorme « plan de relance vert » proche de ce que nous voyons aux États-Unis, en Corée du Sud et dans d’autres pays européens, en se focalisant sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les réseaux énergétiques intelligents, de nouvelles solutions de transport, etc... (...)

Les politiques nous servent fort mal en dissociant les mesures de redressement économique de ce qui doit être entrepris de toute urgence si l’on veut éviter les affres de l’accélération du changement climatique et le genre de « tempête du siècle » que le conseiller scientifique en chef estime inévitable - à moins que nous ne changions fondamentalement les règles du jeu de la croissance.

Sur le Web :

Biographie et site de Jonathon Porritt


Publication originale The Guardian, traduction Contre Info

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2610
 
 
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