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Mis à Jour le : 5 juin 2009  16:38
La prochaine tempête sur le dollar, par Paul Craig Roberts
5 juin 2009

Dans le débat actuel sur la soutenabilité de la dette et la hausse des taux d’intérêts opposant Paul Krugman à Niall Ferguson, le premier tient fermement au modèle de la trappe à liquidité, dans lequel la dette d’Etat jouerait en l’absence des esprits animaux le rôle d’une médiation permettant de capter une épargne frileusement inemployée pour la réinjecter dans l’activité et l’investissement. S’il existe sans aucun doute aujourd’hui un stock d’épargne liquide, créé par la fuite des actifs risqués et la réduction sensible de la demande de crédit, dont la remise en mouvement à l’heure actuelle concoure d’évidence à un retour vers des taux longs moins compressés, cette analyse tient-elle sur la durée ? Les 2000 milliards d’endettement supplémentaire cette année représentent environ 16% du PIB. Sur les 10 ans qui viennent, le Trésor devra lever en moyenne 1000 milliards. Indépendamment de la notion du risque inflationniste et/ou de change associé à la dette US, la réduction des surplus des exportateurs qui la finançaient obligeamment pourrait-elle être compensée par l’apport de l’épargne domestique ? Cela suppose que les ménages et les entreprises aient rapidement achevé leur désendettement, ou y renoncent, hypothèses peu probables dans une circonstance où l’"output gap" va durablement persister. Objectivement, personne n’a intérêt à voir s’effondrer le dollar, surtout pas les chinois. Mais l’empilement des contraintes sur la monnaie US et la possibilité que l’offre de dette soit largement surnuméraire en regard des capacités de l’épargne mondiale nous rapprochent d’un point de rupture. Paul Craig Roberts, ancien sous-secrétaire au Trésor de Ronald Reagan, fait part de ses craintes en la matière, tout en feignant par ailleurs d’ignorer que les dépenses militaires de Reagan étaient elles aussi financées à crédit.

Par Paul Craig Roberts, vdare, 3 juin 2009

L’actualité économique reste focalisée sur les banques et l’immobilier, alors que s’accumulent les menaces sur le dollar US créées par les déficits budgétaires massifs pour les exercices 2009 et 2010.

Au début de l’année, le cours du dollar a augmenté face à des devises comme l’euro, la livre sterling et le franc suisse, contre lequel le dollar n’avait précédemment cessé de baisser. Cette hausse du dollar a rendu complaisants les décideurs américains, bien que cette a hausse était due à l’abandon d’investissements financiers aux leviers excessifs et à la baisse des marchés boursiers, produisant une fuite vers la « sécurité » des obligations du Trésor. Cependant, depuis le mois d’avril le dollar n’a cessé de baisser, depuis que les investisseurs et les banques centrales étrangères ont pris conscience que l’énorme déficit du budget fédéral était susceptible d’être monétisé.

Le sort du dollar sera le facteur clé de la période à venir. Le scénario vraisemblable pourrait être très pénible.

Les excédents des partenaires commerciaux de l’Amérique ne sont pas assez importants pour financer un déficit du budget qui a gonflé à 2000 milliards de dollars, en raison de guerres inutiles, de la récession, des renflouements, et des plans de relance. De plus, les inquiétudes sur l’avenir du dollar conduisent les créanciers étrangers à rechercher des alternatives aux bons du Trésor US pour leurs réserves de devises.

Selon un rapport récent de l’édition en ligne de la Pravda, la banque centrale de Russie détient désormais une plus grande proportion de ses réserves en euros qu’en dollars. Le 18 mai, le Financial Times a rapporté que la Chine et le Brésil envisagent de réaliser leurs échanges commerciaux bilatéraux dans leurs propres monnaies, abandonnant le dollar. D’autres rapports indiquent que la Chine a augmenté ses réserves en or de 75% au cours des dernières années.

Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, a publiquement exprimé son inquiétude sur l’avenir du dollar. Des responsables américains arrogants et remplis d’orgueil et leurs économistes béni-oui-oui minimisent les avertissements chinois, affirmant qu’ils n’ont pas d’autre choix que de soutenir le dollar en achetant les dettes de Washington. Sinon, disent-ils, la Chine risque d’essuyer des pertes sur la valeur de son énorme portefeuille d’actifs en dollars.

La Chine voit les choses différemment. Il est évident pour les officiels chinois que ni la Chine, ni le monde entier ne disposent d’assez d’argent pour acheter 4000 milliards de bons du Trésor US au cours des deux prochaines années. Selon le London Telegraph du 27 mai, Richard Fisher, le président de la la Réserve fédérale de Dallas, a été lors d’une récente visite en Chine à maintes reprises pressé de question par des hauts fonctionnaires chinois voulant savoir si la Réserve fédérale allait financer le déficit budgétaire américain en imprimant des dollars. Fisher a déclaré : « je dois avoir été interrogé à ce sujet une centaine de fois en Chine. J’ai été questionné durant chaque réunion sur nos achats de bons du Trésor. Cela semble être la préoccupation principale de ceux qui ont investis la plupart de leurs excédents aux États-Unis. »

Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor américain, s’est rendu en Chine pour apaiser les craintes. Toutefois, avant même son arrivée, un porte-parole de la banque centrale chinoise lui a transmis le message que les États-Unis ne devraient pas présumer que la Chine allait continuer à financer les extravagants budgets de Washington. Le gouverneur de la banque centrale de Chine a lancé un appel pour l’abandon du dollar comme monnaie de réserve, et son remplacement par de Droits de Tirage Spéciaux du Fonds Monétaire International.

La politique des « canons et du beurre » [1] menée par le Président Lyndon Johnson dans les années 1960 a contraint le président Richard Nixon à abandonner la parité avec l’or qui était celle du dollar, monnaie de réserve mondiale. Dans ses quatre premiers mois d’exercice du pouvoir, l’administration a Obama a surpassé le président Johnson. Au lieu de mettre fin à la guerre, Obama a accru la guerre d’agression américaine en Afghanistan et l’a étendu au Pakistan. La guerre, les renflouements et les plans de relance ont augmenté de 50% le budget déjà déficitaire.

L’irresponsabilité financière de Washington a mis sous pression le dollar et le marché obligataire américain. Ben Bernanke croyait qu’il pouvait faire baisser les taux d’intérêt du Trésor en achetant des bons à hauteur de 300 milliards. Cela a en fait eu pour résultat de provoquer une forte baisse des prix des bons du Trésor et une hausse des taux d’intérêt.

Avec l’amplification de la monétisation de la dette fédérale, les taux d’intérêt américains vont continuer à augmenter, aggravant les problèmes dans le secteur immobilier. Le dollar continuera de perdre de la valeur, il sera donc plus difficile pour les États-Unis de financer leurs déficits commerciaux et budgétaires. L’inflation resurgira, malgré un taux de chômage élevé.

Les incompétents qui gèrent la politique économique américaine ont levé une tempête.

Le plan Fed-Obama-Wall Street pour restaurer la situation des États-Unis est embourbé. Les dépenses inconsidérées poussent le dollar à la baisse et augmentent les taux d’intérêt.

Tous les secteurs de l’économie américaine sont en difficulté. Les anciennes entreprises industrielles américaines ont été transformées en firmes de marketing tentant de vendre des marchandises produites à l’étranger à des consommateurs qui ont vu leurs emplois délocalisés. Le coeur du secteur industriel aux États-Unis - l’industrie de l’automobile - est en faillite. Le prix des logements et de l’’immobilier commercial va continuer à baisser. Le dollar baisse, et les taux d’intérêt sont à la hausse, bien que la Réserve fédérale tente de maintenir des taux d’intérêt réduits.

Lorsque l’administration Reagan a vaincu la stagflation, cela s’est traduit par un marché haussier durable des bons du Trésor américain, pendant 28 ans. Cette hausse est terminée. Le niveau de vie des américains va baisser. Le niveau de vie des américains a été compromis par les guerres, la délocalisation des emplois, la déréglementation financière, les milliards de dollars distribués aux gangsters de la finance qui ont détruit jusqu’à présent la moitié de l’épargne-retraite des américains, et par la monétisation de la dette.

La prochaine étape de la descente sera la perte du rôle de monnaie de réserve du dollar. Ensuite, les États-Unis, qui sont un pays dépendant des importations, ne seront plus en mesure de les payer. Les pénuries aggraveront l’inflation et désorganiseront les livraisons.

La vie de la plupart des Américains va devenir vraiment stressante.


Publication originale Vdare, traduction Contre Info

[1] Johnson menait de front les programmes sociaux ambitieux de la « Grande Société » et la guerre du Vietnam (ndt)



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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2751
 
 
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