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Mis à Jour le : 15 septembre 2009  14:03
USA : réduction sans précédent de l’encours de crédit et risque de déflation, par Ambrose Evans-Pritchard
15 septembre 2009

De la difficulté de payer les pots cassés. Les dettes accumulées durant la période d’euphorie devront être liquidées d’une façon ou d’une autre, et les banques, soucieuses de rétablir leurs capitalisations en réduisant la taille de leurs bilans, tout comme les ménages qui ne peuvent - et ne veulent - plus aujourd’hui financer leurs crédits à crédit et doivent régler la facture, s’y emploient. Mais la diminution de cet encours de dette peut se traduire par une violente contraction de la masse monétaire qui avait été émise sous forme de crédit. Ce processus est dangereux. Il pourrait enclencher un cycle déflationniste asséchant les circuits économiques et financiers, réduisant à néant toute perspective de sortie de crise. Entre la purge accélérée qui laisserait les économies exsangues et la décélération lente et anémique, à l’image de la décennie perdue du Japon, le chemin est fort étroit. Il l’est d’autant plus que le récent rebond, tant salué, n’en est pas moins très modeste. La baisse d’activité de ces derniers mois est loin d’avoir été compensée par ce qui n’est aujourd’hui que l’amorce d’un retournement de cycle, et les capacités industrielles sous toujours massivement sous-utilisées. Fidèle à son penchant, Evans-Pritchard, l’infatigable Cassandre, a rencontré plusieurs économistes qui s’inquiètent des signes déflationnistes observés cet été.

Par Ambrose Evans-Pritchard, Telegraph, 14 septembre 2009

Le professeur Tim Congdon, de l’International Monetary Research, indique que l’encours des prêts bancaires aux USA a chuté à un rythme annuel de près de 14% entre juin et août (passant de 7147 milliards à 6886 milliards de dollars).

« Il n’y a rien eu de tel aux Etats-Unis depuis les années 1930 », précise-t-il. « Cette destruction rapide des encours monétaires est folle. »

L’agrégat monétaire M3, considéré comme un signal d’alerte précoce sur l’état de l’économie un an ou deux plus tard, a chuté à un rythme annuel de 5%.

David Rosenberg, stratège en chef chez Gluskin Sheff, fait état de préoccupations similaires et indique qu’au cours des quatre semaines précédant le 24 août, le crédit bancaire s’est contracté au rythme annuel « épique » de 9%, l’agrégat monétaire M2 ayant perdu 12,2% et M1 diminuant de 6,5%.

« Pour la première fois dans la période d’après-guerre, on a une déflation du crédit, des salaires et des loyers. A notre avis, il s’agit d’un mélange toxique », avertit-il.

On comprend mal pourquoi la Réserve fédérale américaine a autorisé cela.

Son président Ben Bernanke est un expert sur les dépressions provoquées par le « canal du crédit » et il a délivré par le passé d’éloquents discours sur les risques de déflation.

Il n’est cependant pas spécialiste des questions monétaires, et selon certaines indications la Fed a dû restreindre sa politique d’assouplissement quantitatif (l’achat d’obligations) afin de rassurer la Chine et les autres créanciers étranger sur le fait que les États-Unis ne tentent pas de dévaluer leurs dettes par une monétisation furtive.

M. Congdon considère que l’une des principales raisons de cette contraction du crédit tient à la pression sur les banques pour qu’elles accroissent leurs ratios de capitalisation. Bien que cela soit fort avisé en période de boom économique, cela empire la situation durant une récession.

« La volonté actuelle de rendre les banques moins endettées et plus solides a pour conséquence perverse de détruire les en-cours monétaires », note-t-il. « Cela renforce les tensions déflationnistes dans l’économie mondiale. Cela augmente les risques d’une récession à deux coups en 2010. »

Se référant à la politique de liquidation de la dette pratiquée par le secrétaire au Trésor américain Andrew Mellon au début des années 1930, il ajoute : « La pression sur les banques pour qu’elles diminuent leur risque et leur effet de levier est la version moderne du « liquidationnisme » : c’est potentiellement tout aussi dangereux. »

Les banques américaines réduisent leur volume de prêts d’environ 1% un mois. Un processus similaire peut être constaté dans la zone euro, où le crédit au secteur privé s’est contracté et la croissance de M3 nulle depuis près d’un an.

M. Congdon estime que Dominique Strauss-Kahn, le directeur du FMI, à tort de prétendre que l’histoire des crises financières montre que le « prompt rétablissement » dépend du « nettoyage des bilans des banques des actifs toxiques ». « La leçon de toutes les crises financières, c’est que la priorité des décideurs politiques » doit être de mettre un terme à la chute de la quantité de monnaie, et idéalement de la faire remonter à nouveau », déclare-t-il.

Il prévoit que la Réserve fédérale ainsi que d’autres banques centrales seront contraintes l’année prochaine de recourir à la monétarisation pure et simple de la dette publique, quoi qu’elles en disent aujourd’hui.

Sur le Web : Taux d’utilisation des capacités industrielles aux USA

(JPG)

Publication originale Telegraph, traduction Contre Info

Illustrations : Fed de St Louis



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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2781
 
 
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