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Environnement Espèces menacées
Mis à Jour le : 9 octobre 2009  18:54
10% de l’océan Arctique sera corrosif pour la vie marine avant dix ans
9 octobre 2009

On savait que l’acidification des océans due à l’absorption du CO2 est plus forte dans les eaux froides des pôles. Mais de nouvelles études scientifiques montrent qu’en Arctique elle est bien plus importante que prévue et mettra rapidement en danger les mollusques qui vivent dans ces mers. Si la tendance actuelle se poursuit, 10% des eaux de l’Arctique seront corrosives en 2018, et 50% en 2050. « Sur toute la planète, il y aura un triplement de l’acidité moyenne des océans, ce qui est sans précédent au cours des 20 derniers millions d’années. Ce niveau d’acidification provoquera d’immenses dommages à l’écosystème et la chaîne alimentaire, en particulier dans l’Arctique », avertit Jean-Pierre Gattuso, du CNRS. En contrepoint à cet article, nous proposons quelques images du vrai, du seul jardin d’Eden : cette terre magnifique, aux mille beautés encore inconnues que la patiente évolution a fait éclore et que notre hubris dévaste à jamais. Nous nous sommes crus « Maitres et possesseurs du monde ». Nous n’en sommes en réalité que les bourreaux implacables et inconscients, incapables de comprendre et respecter le miracle de la vie, ce gigantesque et multiforme réseau d’interactions et d’équilibres dynamiques d’innombrables êtres dont nous ne connaissons qu’une infime partie. En massacrant allégrement des pans entiers du vivant, c’est la vie elle-même dans sa totalité que nous mettons à l’agonie, nous les furieux barbares, toujours aussi incultes finalement, mais que l’évolution, puis nos sciences et le déchainement de notre technique, pilotée désormais par la seule avidité sans borne, ont promu au rang de nuisibles suprêmes. L’humanité était pourtant porteuse d’autres promesses. Combien de temps reste-t-il pour nous en souvenir, et les ressaisir ?

Par Robin McKie, The Observer, 7 octobre 2009

Les émissions de gaz carbonique acidifient les eaux de l’océan Arctique à un rythme sans précédent. Une étude scientifique menée dans l’archipel de Svalbard a montré que dans de nombreuses régions proches du pôle nord, l’eau de mer pourrait devenir corrosive dans les 10 ans. Elle commencerait alors à dissoudre les coquilles des moules et des coquillages, causant d’importantes perturbations de la chaîne alimentaire. À la fin du siècle, l’ensemble de l’océan Arctique sera devenu corrosif en raison de l’acidification.

« C’est extrêmement préoccupant », a averti le professeur Jean-Pierre Gattuso, du Centre National de la Recherche Scientifique, lors d’une conférence océanographique internationale qui se tenait la semaine dernière. « Nous savions que les mers devenaient plus acides, ce qui perturberait la capacité des coquillages - comme les moules - à développer leurs coquilles. Mais nous nous rendons compte désormais que la situation est bien pire. L’eau va devenir si acide que cela aura pour effet de dissoudre les coquilles des mollusques vivants ».

Les coquilles qui protègent les mollusques et autres créatures seront dissoutes par cette acidité, comme l’est le calcaire d’une cafetière par un détartrant. « Cela va affecter toute la chaîne alimentaire, y compris le saumon de l’Atlantique Nord, qui se nourrit de mollusques, » a déclaré M. Gattuso, lors de la conférence « Océans de Demain », organisée par la Commission européenne à Barcelone la semaine dernière. L’océanographe a déclaré aux délégués que le problème de l’acidification des océans était pire dans les hautes latitudes - dans l’Arctique et autour de l’Antarctique - que dans les zones plus proches de l’équateur.

« Une plus grande quantité de dioxyde de carbone peut se dissoudre dans l’eau froide que dans l’eau chaude », a-t-il précisé. « D’où un problème d’acidification pire dans l’Arctique que dans les tropiques. Mais nous n’avons étudié ce problème sur place en détail que récemment. »

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Environ un quart des émissions de dioxyde de carbone relâchées dans l’atmosphère par les usines, les centrales électriques et les véhicules finissent aujourd’hui par être absorbées par les océans. Cela représente plus de six millions de tonnes de carbone par jour.

Ce dioxyde de carbone se dissout et se transforme en acide carbonique, augmentant l’acidité des océans. « Nous savions que l’Arctique serait particulièrement touché, lorsque nous avons commencé notre étude, mais je n’avais pas anticipé l’étendue de ce problème », constate M. Gattuso.

Ses recherches indiquent que 10% de l’océan Arctique sera acidifié à un niveau corrosif en 2018, 50% en 2050, et 100% de ses eaux d’ici 2100. « Sur toute la planète, il y aura un triplement de l’acidité moyenne des océans, ce qui est sans précédent au cours des 20 derniers millions d’années. Ce niveau d’acidification provoquera d’immenses dommages à l’écosystème et la chaîne alimentaire, en particulier dans l’Arctique », a-t-il ajouté.

(JPG) Helicina Limacina, un petit mollusque qui vit dans les eaux arctiques, sera particulièrement vulnérable, indique-t-il. Ces petits coquillages sont mangés par les baleines à fanons, le saumon, le hareng et plusieurs oiseaux de mer. Sa disparition aurait donc un impact majeur sur toute la chaîne alimentaire marine. Le corail Lophelia pertusa, qui vit dans les profondeurs, serait également extrêmement vulnérable à l’augmentation de l’acidité. Les récifs dans ces hautes latitudes sont construits par seulement une ou deux espèces de corail - à la différence des récifs coralliens tropicaux qui sont composés d’une grande variété d’espèces. La perte de Lophelia pertusa serait donc dévastatrice pour les récifs situés au large de la Norvège et des côtes de l’Écosse, provoquant la disparition de l’habitat de dizaines d’espèces de poissons et autres créatures.

« Les scientifiques ont proposé toutes sortes de solutions de géo-ingénierie au réchauffement climatique », rappelle M. Gattuso. « Par exemple, on a suggéré de pulvériser dans la haute atmosphère des particules d’aérosols qui permettraient de réduire le rayonnement solaire atteignant la Terre, afin de diminuer le réchauffement causé par la hausse des niveaux de dioxyde de carbone. »

« Mais ces propositions ratent la cible. En continuant à autoriser l’augmentation des émissions de CO2, les mers deviendront de plus en plus acides. Il n’y a qu’un seul moyen de stopper la dévastation auxquels sont confrontés les océans aujourd’hui, qui est de limiter les émissions de dioxyde de carbone en urgence. »

(JPG) D’autres orateurs à la conférence partagent le même avis. Daniel Conley, de l’Université de Lund, en Suède, a déclaré que l’augmentation des niveaux d’acidité, l’élévation du niveau de la mer et les changements de température menacent désormais de provoquer une perte irréversible de la biodiversité des océans. Christoph Heinze, de l’Université de Bergen en Norvège, a déclaré que ses recherches menées dans le cadre du projet européen CarboOcean avaient montré que le carbone présent dans l’atmosphère était transporté dans les eaux profondes des océans beaucoup plus rapidement que prévu et avait déjà un effet corrosif sur les formes de vie de ce milieu.

La vulnérabilité des océans aux changements climatiques et l’élévation des niveaux de CO2 a également été un facteur clé dans le lancement du projet européen Tara Océan à Barcelone. Le voilier Tara partira en expédition autour du monde pendant trois ans, avec pour point culminant un voyage à travers les glaces du Passage du Nord-Ouest au Canada. Il effectuera en permanence des prélèvements d’eau de mer pour en étudier les formes de vie.

(JPG) Un litre d’eau de mer contient entre 1 milliard et 10 milliards d’organismes unicellulaires appelés procaryotes, entre 10 milliards et 100 milliards de virus et un grand nombre d’organismes microscopiques plus complexes, les zooplanctons, précise Chris Bowler, un biologiste marin embarqué sur Tara.

« Les gens pensent qu’ils nagent simplement dans de l’eau lorsqu’ils se baignent dans la mer », dit-il. « En fait, ils se baignent dans une soupe de plancton. »

Cette soupe planctonique est d’une importance cruciale pour la planète, ajoute-t-il. « Le plancton absorbe autant de dioxyde de carbone que les forêts tropicales. Sa santé est donc d’une importance cruciale pour nous tous. »

Toutefois, seulement 1% des formes de vie présentes dans les mers ont été correctement identifiées et étudiées, note M. Bowler. « L’objectif du projet Tara est de remédier en partie à cette ignorance et d’identifier beaucoup plus de ces organismes tant que nous en avons encore la possibilité. L’acidification des océans, la hausse du niveau des mers et le réchauffement climatique ne seront pas des préoccupations secondaires. Ce seront des objectifs majeurs pour le travail que nous effectuerons durant notre expédition. »

Sur le web :

European Project on OCean Acidification (Epoca)

Epoca - Acidification des oceans : impact sur des organismes cles de la faune oceanique

Outre le réchauffement climatique, les émissions de gaz carbonique sont à l’origine d’un autre phénomène moins connu mais tout aussi sérieux et inquiétant : l’acidification des océans. Des chercheurs du Laboratoire d’océanographie de Villefranche (LOV) (CNRS / UPMC) viennent de montrer que des organismes marins clés tels que les coraux profonds et les ptéropodes (escargots planctoniques) seront profondément affectés par ce phénomène dans les années à venir.

Epoca - campagne 2009

Epoca : Why study the Polar regions ?

Figures a and b show the aragonite saturation state of surface waters when atmospheric CO2 reaches 567 ppmv (i.e. twice the pre-industrial value). Figures c and d shows the same combined with the effects of climate change, which intensify the phenomenon, especially in the Arctic where undersaturation will occur 10 to 30 years sooner than in the Antarctic. Ice melting in the Arctic will make wide areas of ocean available to take up atmospheric CO2. There will also be huge amounts of freshwater released which further increase acidification.For millions of years until the present day all surface and near subsurface waters were supersaturated with respect to aragonite. In 2008, we can already observe that near-subsurface waters in the Canada Basin have become undersaturated due to human CO2 emissions. The phenomenon continues at a rapid rate. Recent projections indicate that if CO2 emissions continue to rise as today, 10% of arctic surface waters will be undersaturated already by 2018, 50% by 2050 and 100% by the end of the century.

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Publication originale Guardian/Observer, traduction Contre Info

Illustrations : planctons de l’océan arctique



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Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2833
 
 
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