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Environnement Climat
Mis à Jour le : 10 novembre 2009  13:14
James Hansen : les centrales à charbon sont des usines de mort
10 novembre 2009

Pour le climatologue James Hansen, qui dirige le Goddard Institute de la NASA, la principale menace sur le climat provient des réserves de charbon qui, si elles sont utilisées, ajouteraient 100 ppm de CO2 dans l’atmosphère, rendant alors certain le déclenchement d’un processus irréversible de réchauffement qui bouleverserait la planète, provoquant la disparition des glaces pérennes et une élévation dramatique du niveau des océans. Dans ce courrier adressé à ses pairs en février dernier, il rappelle également que, parmi les trois plus gros émetteurs per capita de CO2 dû au charbon, deux sont des pays européens : la Grande Bretagne et l’Allemagne. Il a des mots très dur pour le gouvernement allemand qui, dit-il, tout en se revendiquant vert est en réalité noir, noir de charbon. Si rien n’est fait, avertit-il, « nous allons laisser à nos enfants un monde hanté par le souvenir de ce qui était. »

Par James Hansen, 16 février 2009

Voilà plus d’un an, j’ai écrit au Premier ministre Gordon Brown pour lui demander d’adopter un moratoire sur les nouvelles centrales électriques au charbon en Grande-Bretagne. J’ai demandé la même chose à Angela Merkel, Barak Obama, Kevin Rudd et à d’autres dirigeants dans le monde. La raison en est la suivante - le charbon constitue la plus grande menace à la civilisation et à toute vie sur notre planète.

Notre climat global se rapproche de points de bascule. Les changements commencent à apparaître, et il existe un potentiel de transformations dramatiques, avec des effets pouvant être irréversibles - si nous ne réduisons pas rapidement les émissions de combustibles fossiles au cours des prochaines décennies.

Ces points de bascule sont provoqués par l’amplification des rétroactions. Avec la fonte de la banquise arctique, l’océan, plus sombre, absorbe plus de lumière solaire et accroit la fonte des glaces. Avec le dégel de la toundra, le méthane, qui est un puissant gaz à effet de serre, est libéré dans l’atmosphère, provoquant une augmentation du réchauffement. Alors que les espèces animales subissent les pressions [induites par les variations climatiques] et sont exterminées par la transformation des zones climatiques, des écosystèmes peuvent s’effondrer, détruisant encore plus d’espèces.

L’opinion publique, déstabilisée au jour le jour par les variations climatiques et les turbulences économiques, dispose de peu de temps ou de la formation nécessaire pour analyser les variations décennales du climat. Comment pourrait-on espérer d’elle qu’elle puisse évaluer et filtrer les recommandations émanant de groupes d’intérêts économiques particuliers ? Comment pourrait-elle différencier la science de haut niveau des pseudosciences, lorsque les mots entendus sont les mêmes ? Mais les dirigeants n’ont aucune excuse - ils ont été élus pour diriger et protéger le peuple au mieux de leurs intérêts. Ils ont à leur disposition les meilleurs organismes scientifiques dans le monde, comme la Société royale du Royaume-Uni et la National Academy of Sciences aux Etats-Unis.

C’est seulement depuis quelques années que se sont cristallisées les connaissances scientifiques qui ont révélé cette urgence : notre planète est vraiment en péril. Si nous ne changeons pas de cap rapidement, nous allons transmettre à nos enfants une situation qui sera hors de contrôle, lorsque les rétroactions qui vont s’amplifiant détermineront la dynamique du système de la planète.

La quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a déjà atteint un niveau dangereux. Le niveau de dioxyde de carbone à l’époque préindustrielle était de 280 parties par million (ppm). L’humanité, en brûlant du charbon, du pétrole et du gaz a porté ce niveau à 385 ppm, et il continue à s’élever d’environ 2 ppm par an.

La terre, avec ses océans de quatre kilomètres de profondeur, ne réagit que lentement aux changements des niveaux de dioxyde de carbone. De ce fait, le changement climatique va se poursuivre, même si nous déployons les plus grands efforts pour ralentir l’augmentation du niveau de dioxyde de carbone. La banquise arctique aura disparu pendant la saison d’été dans les décennies à venir. Les glaciers de montagne, qui fournissent l’eau douce des rivières où s’abreuvent des centaines de millions de personnes, disparaîtront. Pratiquement tous les glaciers pourraient avoir disparu d’ici 50 ans, si le niveau de dioxyde de carbone continue d’augmenter au rythme actuel. Les récifs coralliens, qui abritent un quart des espèces marines, sont également menacés si ce niveau continue d’augmenter.

Les plus grandes menaces, suspendues comme une épée de Damoclès au dessus de nos enfants et petits-enfants, sont celles qui sont irréversibles sur toute échelle de temps dans lesquelles l’humanité puisse s’inscriree. Si les plateaux de glace côtiers qui ceinturent l’inlandsis antarctique occidental continuent de se désintégrer, la calotte glaciaire pourrait glisser dans l’océan, provoquant une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres en un siècle. Ces variations du niveau de la mer se sont produites de nombreuses fois dans l’histoire de la Terre en réaction à des réchauffements de la planète qui n’étaient pas plus élevés que celui des trente dernières années. Près de la moitié des grandes villes du monde, et de nombreux sites historiques, sont situés sur le littoral.

Le changement le plus menaçant, de mon point de vue, est l’extermination des espèces. Plusieurs fois au cours de la longue histoire de la Terre, il s’est produit un réchauffement climatique rapide de plusieurs degrés, apparemment induit par l’amplification des rétractions. Dans chaque cas, plus de la moitié des espèces végétales et animales se sont éteintes. De nouvelles espèces sont apparues sur des dizaines et des centaines de milliers d’années. Mais ce sont des échelles de temps et de générations que nous ne pouvons imaginer. Si nous provoquons l’extinction des espèces animales, nous laisserons à nos descendants une planète bien plus désolée que le monde dont nous avons hérité de nos aînés. Nous allons laisser un monde hanté par le souvenir de ce qui était.

Pour le dire clairement, si nous brûlons tous les combustibles fossiles, nous détruirons la planète que nous connaissons. Le niveau de dioxyde de carbone passerait à 500 ppm ou plus. Nous mettrions la planète sur une trajectoire la menant à la disparition des glaces, avec une élévation du niveau de la mer de 75 mètres. Des catastrophes côtières surviendraient constamment. La seule incertitude est celle du temps qui s’écoulerait avant la désintégration complète de l’inlandsis.

La tragédie de cette situation, si l’on ne se réveille pas à temps, c’est que les changements qui doivent être entrepris pour stabiliser l’atmosphère et le climat seraient sensés également pour d’autres raisons. Ces changements produiraient l’apparition d’une atmosphère plus saine, l’amélioration de la productivité agricole, de l’eau plus propre, et un océan fournissant des poissons que l’ont pourrait consommer sans danger.

Les actions requises pour résoudre le problème sont dictées par des faits physiques, en particulier le volume des réserves de carburants fossiles. Environ la moitié du pétrole facile à extraire a déjà été brûlé. Le pétrole est utilisé dans les véhicules, dans lesquels il est impossible de capturer le dioxyde de carbone. Le pétrole et le gaz élèveront le niveau de dioxyde de carbone à au moins 400 ppm. Mais si on cesse d’utiliser le charbon, qui la plus importante source de dioxyde de carbone, il sera possible de ramener le niveau de dioxyde de carbone à 350 ppm, voire encore moins, par l’amélioration des pratiques agricoles et forestières qui accroissent le stockage de carbone dans les arbres et le sol.

Le charbon n’est pas seulement le plus grand réservoir de combustible fossile de dioxyde de carbone, c’est aussi le carburant le plus sale. Le charbon pollue les océans et les fleuves avec du mercure, de l’arsenic et d’autres produits chimiques dangereux. Le plus sale tour que jouent les gouvernements à leurs citoyens consiste à prétendre qu’ils travaillent sur le « charbon propre » ou qu’ils vont construire des centrales qui sont seront équipées pour la « capture » du CO2, si jamais cette technologie est jamais mise au point et permet de traiter tous les polluants.

Les trains transportant du charbon aux centrales électriques sont des trains de la mort. Les centrales électriques au charbon sont des usines de mort. Lorsque j’ai témoigné contre le projet de centrale électrique de Kingsnorth, j’ai calculé que durant sa de vie, elle serait responsable de l’extermination d’environ 400 espèces. Ce serait sa contribution proportionnelle au nombre d’espèces promises à l’extinction si le niveau de dioxyde de carbone augmente encore de 100 ppm. Bien entendu, nous ne pouvons pas dire quelles sont les espèces spécifiques dont la disparition serait attribuable à Kingsnorth, mais qui sommes nous, pour dire qu’une espèce quelconque ne vaut rien ?

Les gouvernements allemands et australiens affirment être verts. Quand j’indique aux fonctionnaires allemands que la taille des réserves de carburants fossiles implique que l’utilisation du charbon doive être abandonnée, ils répondent qu’ils vont durcir le dispositif plafonnant les émissions. Mais cela ne fait que ralentir l’utilisation d’un combustible, au lieu de le laisser dans le sol. Quand je leur rappelle que l’existence de leurs nouvelles centrales au charbon exigerait qu’ils convainquent la Russie de laisser son pétrole sous terre, ils restent cois. Le gouvernement australien a été élu sur un programme de lutte contre le problème climatique, mais ensuite, avec le concours de l’industrie, il a fixé des objectifs d’émission suffisamment élevés pour garantir l’apparition de désastres incalculables pour la jeunesse et les enfants à naître. Ces gouvernements ne sont pas verts. Ils sont noirs - noirs de charbon.

Sur la base des émissions par habitant, les trois pays qui sont aujourd’hui les plus responsables des émissions de dioxyde de carbone en provenance des combustibles fossiles sont le Royaume-Uni, les États-Unis, et l’Allemagne, dans cet ordre. Les politiques me disent ceci : pourquoi s’adresser à eux alors que ce sont les États-Unis qui devraient agir en premier ? Mais les groupes d’intérêts du charbon disposent d’un grand pouvoir aux États-Unis. Les mesures essentielles que sont l’adoption d’un moratoire et l’abandon progressif du charbon nécessiteront probablement que l’opinion publique le réclame et que se manifeste une volonté politique absente pour l’instant.

Le Premier ministre ne devrait pas sous-estimer sa capacité à impulser un changement décisif dans cette direction. Et il faut cesser de faire semblant d’ignorer les conséquences de la poursuite des émissions dues au charbon, ou se réfugier derrière l’idée d’un « plafond de carbone » ou d’une « cible » pour les réductions d’émissions futures. La jeunesse commence à comprendre quelle est la situation. Elle veut savoir si vous vous rangerez à ses côtés. N’oubliez pas que l’histoire et vos enfants vous jugeront.


Publication originale Climaticide Chronicles, traduction Contre Info


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