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Mis à Jour le : 14 novembre 2009  15:27
Vingt ans après la chute du mur, l’Europe est toujours divisée par les inégalités, par Guillaume Duval
14 novembre 2009

Malgré la chute du mur de Berlin, l’Europe est toujours coupée en deux. Les pays de l’Est, faute de bénéficier de la solidarité de leurs voisins de l’Ouest, sont amenés à recourir au dumping fiscal, dans une Union européenne plus inégalitaire que jamais.

Par Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques, novembre 2009

Il y a vingt ans, le mur de Berlin tombait. Et dans la foulée, ce qu’on appelait à l’époque le « bloc soviétique » s’écroulait en un temps record. En 2004, la plupart de ces pays intégraient l’Union européenne. Pourtant, même si, physiquement, la plupart des traces de cette période ont disparu à l’est de l’Europe, l’ex-rideau de fer continue pour une part non négligeable de diviser le Vieux Continent. Une division qui pèse négativement sur l’intégration européenne, comme l’épisode tchèque vient encore de le rappeler à propos de la ratification du traité de Lisbonne. Cette division est dans une grande mesure le fruit de la pingrerie des pays d’Europe de l’Ouest. Et l’amertume qui en résulte à l’Est a été encore ravivée par la crise économique de 2008-2009, qui laissera des traces durables.

Dans la foulée de 1989, la plupart des pays d’Europe centrale et orientale (Peco) s’étaient lancés dans des « thérapies de choc », des stratégies de rupture brutale avec l’économie planifiée. Pour des raisons compréhensibles après un demi-siècle d’économie administrée, ils se sont presque tous davantage sentis attirés en effet par le modèle ultralibéral Reagan-Thatcher que par le modèle d’économie mixte dominant en Europe occidentale. Cette attirance a encore été renforcée par l’égoïsme et la méfiance des pays d’Europe occidentale. En proie à la récession de 1993 et à ses conséquences durables, ils ont en effet souvent laissé le champ libre aux conseillers américains au cours des premières années de la transition.

Mais même quand la perspective de l’intégration des Peco à l’Union européenne s’est précisée, à partir du milieu des années 1990, les pays d’Europe occidentale n’ont pas réellement changé d’attitude : malgré les besoins considérables de rattrapage des pays d’Europe de l’Est, ils ont refusé d’accroître le budget de l’Union européenne pour faciliter leur intégration. Et la France de Jacques Chirac et de Lionel Jospin n’a pas été la dernière à l’époque dans ce concours de pingrerie. Contrairement à ce qui s’était produit lorsque la Grèce, puis l’Espagne et le Portugal avaient, au sortir de dictatures d’extrême droite, rejoint l’Union. A l’époque, en effet, sous l’impulsion notamment de Jacques Delors, alors président de la Commission européenne (une autre pointure évidemment que José Manuel Barroso), un important effort financier avait été consenti pour aider ces pays à rattraper rapidement le niveau de vie des anciens membres. Moyennant quoi, les craintes, déjà fortes à ce moment-là, d’un dumping fiscal et social de la part de ces pays ne s’étaient pas réalisées.

Par contre, cette fois, l’indifférence des pays d’Europe occidentale n’a pas laissé d’autre choix aux Peco que de miser sur le dumping social et fiscal pour organiser leur rattrapage. Ils s’en sont d’autant plus donné à cœur joie en la matière que c’était également leur tendance naturelle : autant la Grèce, l’Espagne et le Portugal rêvaient de social-démocratie après avoir subi le fascisme, autant les Peco restent-ils, encore aujourd’hui, fascinés par le modèle ultralibéral... Moyennant quoi, l’entrée des Peco dans l’Union, loin de limiter les animosités, les a plutôt exacerbées. Les Peco reprochent (à juste titre) aux pays d’Europe de l’Ouest de ne pas vouloir les aider, tandis que les pays d’Europe de l’Ouest reprochent (à juste titre également) aux Peco d’exercer un fâcheux dumping social et fiscal à leur égard.

Et là-dessus, la crise est arrivée. Elle a encore accru, et probablement de façon durable, les sujets de contentieux et de tensions. En effet, les banques d’Europe de l’Ouest avaient très rapidement « colonisé » les Peco en rachetant leurs banques délabrées et inexpérimentées. Or, elles ont partout incité ménages et entreprises à s’endetter en euros, pour bénéficier de taux d’intérêt bas, plutôt qu’en devises locales. Mais dans la crise, ces devises se sont effondrées vis-à-vis de l’euro : les investisseurs, et au premier chef les banques occidentales, ont en effet massivement délaissé la zone pour rapatrier leurs avoirs à l’Ouest, déclenchant la chute des monnaies de l’Est. Du coup, les particuliers et les entreprises se sont retrouvés étranglés, obligés de rembourser leurs prêts en euros alors que leurs salaires étaient en forints hongrois ou en lei roumains... Facteur aggravant : les mesures prises à l’Ouest pour garantir les dépôts, soutenir les banques... ont encore accéléré la fuite des capitaux hors des Peco. Et quand nombre de ces pays − Hongrie, pays baltes, Roumanie... −se sont retrouvés au bord de la faillite, l’Union, quasiment dépourvue de budget, s’est révélée incapable de les aider : il a fallu faire appel au Fonds monétaire international comme s’il s’agissait de vulgaires pays en développement et non d’une partie intégrante d’un des continents les plus riches du monde...

Moyennant quoi l’amertume à l’Est est encore montée d’un cran et ces pays ne manqueront pas, au cours des prochaines années, de donner libre cours à leur ressentiment. Nous n’en avons pas encore fini avec les séquelles du « rideau de fer »...

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Alternatives Economiques : Dossier européen


Publication originale Alternatives Economiques

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2889
 
 
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