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Mis à Jour le : 23 décembre 2009  12:55
Les baisses d’impôts préconisées par les politiques de l’offre sont néfastes aux salaires, par Henry Liu
23 décembre 2009

L’économiste Henry Liu s’élève contre la thèse affirmant que les baisses d’impôts sur les entreprises et les très hauts revenus généreraient de l’emploi. Toute baisse d’impôt sur les profits, note-t-il, incite les entreprises à arbitrer entre bénéfices et salaires, au détriment des derniers. De la même façon, les baisses d’impôts sur les hauts revenus encouragent la distribution de salaires mirobolants pour les directions. Notons au passage que ces revenus excessifs ont non seulement déprimé la demande, mais aussi alimenté la finance, avec un effet « deuxième tour » : les exigences de rémunération des investisseurs, bien supérieures à la croissance économique réelle, pressurant de plus en plus les salaires au fur et à mesure de l’accumulation du capital par le jeu des intérêts composés.

Par Henry Liu, New Deal 2.0, 16 décembre 2009 - extrait

Ces dernières décennies, les économistes partisans des politiques de l’offre ont répandu dans une opinion publique mal informée le mythe selon lequel des impôts peu élevés encourageaient les entrepreneurs à créer des emplois bien rémunérés.

Mais contrairement à cette affirmation apparemment de bon sens, la réalité historique montre que le régime d’impôt progressif des revenus, avec des prélèvements dépassant les 90% pour la tranche supérieure, a en fait encouragé les entreprises à augmenter les salaires. Pour la simple raison qu’il est plus facile d’être généreux avec l’argent du gouvernement.

Dans le passé, quand le taux d’imposition maximum sur les entreprises dépassait 50% et celui sur les revenus 90%, leurs directions étaient moins incitées à maximiser le bénéfice net en réduisant les coûts salariaux. Pourquoi auraient-elles donné de l’argent au gouvernement alors qu’il pouvait être mieux employé à la satisfaction de leurs salariés ?

La révolution économique de Ronald Reagan, inspirée par l’économie « vaudou » des politiques de l’offre, s’est traduite par réduction frénétique des taux d’imposition sur les bénéfices. Elle a incité les employeurs à maintenir des bas salaires, car les économies réalisées ainsi généraient des bénéfices que les entreprises et leurs directions pouvaient conserver, n’étant plus soumis à des taux d’imposition élevés.

Ce régime de faible imposition s’est traduit par des profits excessifs, autorisés par la stagnation des salaires, avec pour conséquence un surinvestissement, car la demande ne pouvait pas suivre le rythme de ces excédents nés des bas salaires.

La loi de Say affirmant que « l’offre crée sa propre demande », qui fait partie des présupposés sur lesquels s’appuient les économistes de l’offre, n’est vérifiée qu’en situation de plein emploi, lorsque les salaires sont corrects. Mais c’est une condition que les économistes de l’offre préfèrent ignorer.

Dans une économie à bas salaires, pour soutenir la demande, on propose aux salariés de l’argent facile sous forme crédits subprimes, au lieu de payer aux consommateurs des salaires décents, créant ainsi des profits fictifs pour le secteur financier au détriment du secteur manufacturier.

Ce dysfonctionnement a finalement conduit à la bulle de la dette qui a éclaté en 2007, avec des répercussions mondiales.


Publication originale New Deal 2.0, traduction Contre Info

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2936
 
 
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