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Mis à Jour le : 28 décembre 2009  13:46
Quotas carbones : Hansen se trompe de cible, par Paul Krugman
28 décembre 2009

En réponse à la tribune où James Hansen critique les marchés de quotas d’émissions et préconise une taxe carbone à la source sur toutes les énergies fossiles, Paul Krugman retrouve ses réflexes d’enseignant. Rappelant que sur une courbe de la demande, l’équilibre détermine les prix et les quantités, il propose de considérer comme fondamentalement équivalents la taxe qui fixe le prix mais laisse libre les quantités, et les quotas, qui fixent les volumes mais pas le prix. En dernier ressort, le critère de choix serait donc politique. Le système de marché de quotas, déjà utilisé pour le dioxyde de souffre, pourrait être rapidement mis en œuvre, ce qui ne serait pas le cas d’une taxe carbone. Quant à la crainte de voir Wall Street spéculer sur les permis d’émissions, elle serait infondée : les quotas ne sont pas une nouvelle version des produits dérivés de subprimes, affirme-t-il. ---- Qu’il nous soit permis de douter fortement de la démonstration de Krugman. Pour plusieurs raisons. 1) Alors que le passage à un modèle décarbonné requiert d’importants investissements dans les infrastructures, l’ « alourdissement » de la main invisible induit par la contrainte ne provoque qu’une recherche de la ligne de plus grande pente, la plus aisée, la plus immédiate, celle du profit à court terme, fort éloignée des nécessaires réorganisation en profondeur des moyens et méthodes. 2) La transition vers une économie sans carbone est un processus qui s’inscrit dans le temps. Les décisions structurantes doivent êtres prises loin en amont. Le principe de l’augmentation progressive de la contrainte va à l’encontre de cette exigence. C’est lorsqu’il sera trop tard que le signal prix atteindra un niveau suffisant pour provoquer les points de bascule vers des investissements lourds. 3) La vision macro économique du marché considère par nature comme équivalentes toutes les actions individuelles des agents. Et sur le papier, une centrale à charbon créant une plantation en Afrique est devenue propre. 4)Krugman affirme qu’il ne faut pas se livrer à des généralisations hâtives sur le rôle de la finance. Mais comment croire que les mêmes hommes, les mêmes établissements, qui ont recherché un profit maximum au détriment de la société, adopteront demain un comportement différent ? La flambée spéculative du brut à l’été 2008 rappelle à quel point la capacité de nuisance de la finance dérégulée est grande. Par quel miracle les marchés de quotas resteraient-ils indemnes de l’ingénierie financière ? Conte Info.

Par Paul Krugman, 7 décembre 2009

James Hansen est un grand spécialiste du climat. Il a été le premier à alerter sur la crise climatique. Je prends tout spécialement très au sérieux ce qu’il a déclaré au sujet du charbon.

Malheureusement, bien que je m’en remette à lui sur toutes les questions climatiques, la tribune qu’il publie aujourd’hui laisse penser qu’il n’a pas réellement fait d’effort pour comprendre les principes économiques du contrôle des émissions des gaz à effets de serre. Et ce n’est pas une mince affaire, parce qu’il est maintenant engagé dans une malencontreuse croisade contre le marché des quotas, qui est - il faut le reconnaître - la seule forme d’action contre les émissions de gaz à effet de serre que nous ayons une chance de mettre en œuvre avant que la catastrophe ne devienne inévitable.

Ce qu’indique l’analyse économique de base, c’est qu’une taxe sur les émissions, telle que la préconise Hansen, et un système de permis d’émission négociables, un marché des quotas, sont essentiellement équivalents dans leurs effets. Le schéma ressemble à ceci :

(PNG)

Une taxe fixe un prix sur les émissions, ce qui entraîne une diminution de la pollution. Les quotas négociables déterminent une limite quantitative sur les émissions. Du point de vue de celui qui émet des gaz à effet de serre, cela exige d’acheter plus de permis (ou de renoncer à la vente de permis, dans le cas d’un dépassement), de sorte que les incitations sont les mêmes que si l’on est soumis à une taxe. Contrairement à ce que Hansen semble croire, les incitations à l’action individuelle pour réduire les émissions sont les mêmes dans les deux systèmes.

Cela reste vrai même si certains émetteurs bénéficient de « droits acquis », sous forme d’allocations gratuites de permis, comme cela sera sûrement le cas. Car ils auront tout de même intérêt à réduire leurs émissions, afin de pouvoir vendre des permis devenus excédentaires.

La seule différence réside dans la nature de l’incertitude quant au résultat global. En utilisant une taxe, on sait quel sera le prix des émissions, mais on ne connaît pas la quantité qui sera émise. En utilisant les quotas, on connaît la quantité, mais pas le prix. Certes, cela signifie bien que si certains réduisent plus que prévu leurs émissions, ils mettent ainsi à disposition des permis d’émettre - ce qui inquiète Hansen. Mais cela signifie aussi que si certains réduisent moins leurs émissions que prévu, d’autres devront combler ce déficit. Le système est symétrique : il n’y a aucune raison de mettre l’accent sur un seul aspect.

En étudiant la question, le problème de l’incertitude m’apparaît secondaire. Le fait est que le marché des quotas fonctionne. Hansen admet que son application au dioxyde de soufre a permis de réduire la pollution, mais il affirme cependant qu’il a été insuffisant. Le résultat produit par ce système est celui qui avait été prévu lors de sa conception. Si Hansen estime qu’il aurait fallu faire plus, il devrait faire campagne pour des quotas inférieurs, au lieu de dénigrer le programme dans son entier.

Quant à l’argument selon lequel en créant un marché des quotas, on ouvre la porte aux malfrats de Wall Street, il est plutôt bizarre. Les permis d’émissions ne sont pas des prêts subprimes, et encore moins l’équivalent de produits dérivés sophistiqués basés sur les subprimes. Ce ne sont que de simples droits autorisant à faire quelque chose de spécifique. Ce serait vraiment une tragédie si, en tirant des conclusions générales à partir de la crise financière, on en venait à bloquer une politique environnementale absolument indispensable.

Des situations semblables se produisent souvent lorsque des économistes ont à faire aux spécialistes de la physique. Les pratiquants de la science dure ont tendance à croire que nous sommes des sorciers qui n’ont rien à leur apprendre, et que cela ne vaut pas la peine d’écouter ce que les économistes ont à dire. Le résultat, c’est qu’ils finissent par réinventer de vieilles erreurs, en s’imaginant qu’ils sont allés au fond des choses. La plupart du temps cela ne tire pas à conséquence. Mais cette fois, c’est différent.

Car les choses se présentent ainsi : nous avons une chance réelle de voir appliquer un programme sérieux de marché des quotas d’ici un an ou deux. Mais il n’y a aucune possibilité que la taxe carbone existe dans un avenir prévisible. Il est tout simplement néfaste de dénigrer ce programme que nous pouvons réellement obtenir - une mesure qui ne sera pas parfaite, ne sera pas suffisante, mais pourra être rendue plus efficace au fil du temps - en faveur de quelque chose qui ne pourra être mis en place à temps pour éviter la catastrophe.

Lire aussi :

La fausse solution des quotas carbone, par James Hansen


Publication originale Paul Krugman, traduction Contre Info


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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2939
 
 
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