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Mis à Jour le : 20 février 2012  18:11
Iran : Israël n’attaquera pas avant les élections US, par Mark Weisbrot
20 février 2012

« Beaucoup de gens voient en Obama un faible - il a été dépassé par ses généraux en Afghanistan, par Wall Street sur la réforme de la finance, etc. Mais malheur à ceux qui essaieraient d’interférer avec sa réélection. Il les écraserait. Et une guerre avec l’Iran - peu importe qui la commencerait - serait bien trop risquée en année électorale. » Tribune de Mark Weisbrot, co-directeur du Center for Economic and Policy Research.

Par Mark Weisbrot, Folha de São Paulo (Brazil), 15 février 2012

Le New York Times a fait état la semaine dernière d’une intéressante conversation téléphonique, en janvier dernier, entre le président Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Selon ces informations, M. Obama a tenté de convaincre Netanyahu - avec un certain succès - que le moment n’était pas propice à une action militaire contre l’Iran.

Le New York Times indique que « de hauts responsables israéliens, y compris le ministre des Affaires étrangères et le chef du Mossad, se sont rendus à Washington ces dernières semaines pour défendre leur point de vue » : l’Iran atteindrait très bientôt le point où des bombardements ne pourraient plus détruire son programme nucléaire. L’argument est qu’une fois que l’Iran aura transféré suffisamment d’équipements et de matériaux dans des installations souterraines inexpugnables, ceux-ci ne pourraient plus être détruits, même en employant les bombes les plus puissantes. De sorte qu’Israël doit attaquer rapidement, ne disposant peut-être que d’un délai de quelques mois, ont affirmé ces officiels israéliens.

Une campagne massive de propagande est en cours sur les grands médias, à destination de ceux qui ne suivent pas de près cette question. L’Iran, dont même le secrétaire à la Défense des États-Unis, Leon Panetta, a reconnu qu’il ne construisait pas une arme nucléaire, est dépeint comme la désirant ardemment. Pourquoi donc ? Ils pourraient ainsi atomiser Israël, devenant alors la première nation sur Terre à se suicider en masse, puisqu’Israël dispose de suffisamment d’armes nucléaires pour tuer plusieurs fois tous les iraniens. Cela prend donc tout son sens si l’on suppose que le suicide de masse est en l’Iran l’aspiration nationale la plus profonde.

Cependant, la plupart des experts estiment que l’Iran ne cherche pas à construire des armes nucléaires, mais seulement à obtenir la capacité à les produire. C’est là une capacité que partagent le Brésil, l’Argentine, le Japon, et d’autres pays disposant de réacteurs nucléaires civils - et qui sont à même de produire des armes nucléaires dans un délai de quelques mois. L’Iran, comme ces autres pays - et contrairement à Israël - est en conformité avec le Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires, et le resterait, même s’il acquérait une telle capacité.

Revenons-en aux États-Unis : La bonne nouvelle, c’est qu’Israël n’attaquera pas l’Iran avant l’élection présidentielle américaine. Beaucoup de gens voient en Obama un faible - il a été dépassé par ses généraux en Afghanistan, par Wall Street sur la réforme de la finance, etc. Mais malheur à ceux qui essaieraient d’interférer avec sa réélection. Il les écraserait. Et une guerre avec l’Iran - peu importe qui la commencerait - serait bien trop risquée en année électorale. Il y a fort à parier que Barack Obama a rappelé aux Israéliens qui est le patron, et qui verse des milliards de dollars chaque année.

Pour faire passer le message, deux fonctionnaires de l’administration Obama restés anonymes ont déclaré à la presse la semaine dernière qu’Israël finançait et formait des terroristes iraniens pour tuer des scientifiques du nucléaire, dont cinq ont été assassinés depuis 2007. Cette « fuite » était une autre façon de montrer aux Israéliens qu’Obama est résolu, et peut-être aussi qu’il ne veut pas d’assassinats en ce moment, ce qui pourrait augmenter les risques d’une escalade et d’une guerre.

La mauvaise nouvelle, c’est que l’administration Obama, avec l’aide des grands médias, prépare toujours le terrain pour une éventuelle guerre avec l’Iran dans le futur - tout comme le président Bill Clinton avait ouvert la voie à l’invasion de l’Irak par son successeur. Les membres du Congrès, poussés fortement par le lobby de l’AIPAC et les néo-conservateurs, tentent également de rendre la guerre inévitable en rendant impossible la diplomatie. C’est là une guerre que le monde se doit de prévenir.

Mark Weisbrot est le Co-Directeur du Center for Economic and Policy Research (CEPR), situè à Washington.


Publication originale Common Dreams, traduction Contre Info

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3219
 
 
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