International Etats Unis
Mis à Jour le : 10 février 2007  20:03
Amy Goodman : Les services Israeliens étaient-ils sur la piste des terroristes du 11 septembre ?
10 février 2007

Amy Goodman anime tous les jours un journal parlé intitulé « War and Peace Report », diffusé sur le net et les radios US. Cette journaliste réputée est devenue l’une des grandes voix de la gauche américaine. Elle s’entretient ici avec Christopher Ketcham, auteur d’un article sur un étrange réseau de faux étudiants israélien, et Alexandre Cockburn, rédacteur en chef de la revue progressiste Counter Punch. (11/2 : Traduction révisée)

Transcription de l’émission

Un nouvel article paru dans la revue Counter Punch examine une question irrésolue jusqu’à ce jour. Des agents israeliens étaient-ils sur la piste des pirates de l’air avant le 11 septembre 2001 ?

La chaine ABC, et les journaux The Forward et Salon ont enquêté sur cette affaire. Mais ou sont les suites ?

Nous nous entrenons avec l’auteur de l’article Christopher Ketcham, le rédacteur en chef de Counter Punch Alexander Cockburn et Marc Perelman, le reporter de The Forward qui a fait l’un des premiers articles sur le sujet.

AMY GOODMAN : Christopher Ketcham, l’auteur de l’article, nous joint en ligne de la ville de New York . Alexandre Cockburn nous joint également par téléphone. Il est le directeur de Counterpunch, où l’article a été publié. Et avec nous ici au studio firehouse se trouve Marc Perelman. Il est le journaliste qui a fait un des premiers articles sur cette affaire pour le journal The Forward, en 2002.

Christopher, (...). Expliquez ce qui s’est produit ce matin du 9/11.

CHRISTOPHER KETCHAM : Bien sûr. D’abord laissez moi juste dire que l’article de Counterpunch ne prétend pas fournir aux lecteurs des preuves définitives pour ces allégations. Plutôt, ce que j’ai fait est recueillir toute information disponible en la matière. C’est-à-dire, les divers compte-rendus des médias que vous avez mentionné ; des fuites en provenance du FBI, de la CIA et du département de la justice ; des conversations avec d’anciens fonctionnaires des services de renseignement et des dirigeants actuels du FBI.

Maintenant, le résultat de toute ces preuves disponibles est celui ci : le gouvernement israélien conduisait probablement une sorte d’opération d’espionnage sur le sol des USA dans la période ayant précédé les attaques du 11 septembre. Le but de l’opération était d’identifier et de tracer des extrémistes musulmans, comprenant probablement des membres d’Al-Qaeda.

La meilleure preuve que nous avons pour ceci est, en fait, l’histoire de ces cinq « déménageurs » [1]. Trois de ces types ont été vus le matin du 11 septembre, juste aprés que le premier avion ait heurté la Tour Nord, je cite, entre guillemts, « se réjouissant » sur le front de mer du New Jersey.

Je mets les guillemets, parce que cela vient d’un formulaire interne du FBI .Leur réjouissance se manifestait, selon un fonctionnaire du FBI, par des briquets allumés tenus à bout de bras, comme s’ils étaient à un concert rock.

Souvenez vous, l’avion vient juste de heurter la tour, d’exploser dans la tour, et ces trois hommes se comportent plutôt bizarrement.

Plus tard dans la journée, ils ont été pris. Deux autres hommes les ont apparemment rejoint dans leur fourgon. Leur cas a été immédiatement transféré aux services du contre-espionnage du FBI. Ces hommes ont été retenus 71 jours. Ils ont été à plusieurs reprises interrogés. Ils ont à plusieurs reprises échoué lors du passage de tests au détecteur de mensonge. Et puis, après ces 71 jours, ils ont été libérés, apparemment a cause de pressions ou en raison de la pression effectuées par le gouvernement israélien et par certaines personnes appartenant au gouvernement des USA. Et l’histoire s’est arrété là. Sauf, l’émission 20/20 qui en a rendu compte.

AMY GOODMAN : Juste une chose, Chris Ketcham, vous dites — vous citez l’officier qui les a arrêtés, nommé DeCarlo. Vous dites, selon le rapport de DeCarlo, que cet officier s’est vu répondre, sans que cela lui ait été demandé, par le conducteur du fourgon, Sivan Kurzberg, « nous sommes israéliens. Nous ne sommes pas votre problème. Vos problèmes sont nos problèmes. Les Palestiniens sont le problème. »

CHRISTOPHER KETCHAM : C’est vrai. Ce qui est intéressant ici c’est que, vous vous rappelez qu’après que le premier avion se soit écrasé, personne n’a vraiment pensé que c’était une attaque terroriste. Je veux dire, la plupart des gens ont pensé — et j’étais là, vous savez, sur le bord de mer de Brooklyn à assister à l’évènement. Tout le monde a pensé que c’était un accident. Ces types, quand ils ont été interrogés par le FBI, ont dit que — ils ont essentiellement dit qu’ils ont immédiatement su qu’il s’agissait d’une attaque terroriste. Et ils ont réellement dit au FBI que la raison pour laquelle ils se réjouissaient était que ces attaques seraient bénéfiques pour Israel, que cela était, je cite, « une bonne chose pour Israel » — c’est ce qu’a rapporté le porte-parole du FBI qui a parlé sur l’enregistrement à ce sujet — et que cela créerait de la sympathie pour le programme politique d’Israel au Moyen-Orient.

JUAN GONZALEZ : Si je peux me permettre de vous interrompre, je voudrais faire intervenir Marc Perelman dans la conversation. Marc, ce fut votre journal, The Forward, qui a révélé la première fois l’histoire disant que le FBI a pensé qu’au moins deux de ces personnes étaient des agents du Mossad. Pourriez-vous parler de cela et comment vous avez découvert cette information ?

MARC PERELMAN : Oui, nous avons fini par écrire un article en mars 2002, après plusieurs mois du reportage, parce que quand cet incident s’est produit, selon toute vraisemblance, un bon nombre de gens ont été intrigués, y compris des journalistes. Et , tout le monde essayait d’obtenir plus d’informations. J’avais parlé aux sources et avais essayé d’en découvrir un peu plus, et après un moment, j’ai pu confirmer que, selon le FBI, deux de ces déménageurs ont été identifiés comme des agents du Mossad. Et ils ont été interrogés à ce sujet. Bien entendu, les circonstances autour de l’interrogatoire.... il y eut une grande panique après le 9/11. Les gens recherchaient des suspects partout. Alors les compte-rendus au sujet de la manière dont ils se comportaient exactement et de ce qu’ils ont dit — Je veux dire, nous devrions etre un peu prudent à ce sujet. Ce que j’ai essayé de faire a été d’aller au delà des rapports au sujet de leurs sourires et de leurs briquets allumés, et ainsi de suite, parce que j’ai eu des doutes à ce sujet. Je les ai toujours, d’ailleurs.

Ce que j’ai fait, cela a été de me faire confirmer l’information que j’avais eue, selon laquelle ils avaient été en effet reconnus comme étant des agents du Mossad qui pistaient un activiste musulman, à New York et dans la région du New Jersey, qui était connu pour être en activité depuis le milieu des années 90. Finalement, nous avons réussi à rassembler les éléments et à publier cet article.

JUAN GONZALEZ : Et qu’est-il par la suite arrivé aux cinq hommes ?

MARC PERELMAN : Ils ont été renvoyés chez eux en Israel, je pense, en novembre, si je me rappelle, prétendument pour des violations du statut d’immigration, et ils sont chez eux .

AMY GOODMAN : Nous n’avons pas beaucoup de temps, et j’aimerai que nous passions à une autre histoire, qui fut une histoire de soi-disant « étudiants en art, » Christopher Ketcham. Décrivez très brièvement cette histoire.

CHRISTOPHER KETCHAM : Bien, fondamentalement, le phénomène des étudiants en art, a défaut d’une meilleure expression, parce que c’est vraiment un mystère, même pour moi — Je suis un agnostique complet au sujet de la présente partie de l’histoire — ces prétendus étudiants en art étaient de jeunes hommes et femmes israéliens qui voyageaient a travers le pays. Ils ont été identifiés par le Drug Enforcement Agency (l’agence de lutte contre la drogue) pour avoir essayé à plusieurs reprises de pénétrer des bureaux gouvernementaux, y compris des bureaux du DEA, et de vendre, d’essayer de vendre des objets d’art, des peintures à l’huile bon marché, aux fonctionnaires du gouvernement.

Maintenant, après le 11 septembre, quand, à la suite de ces attaques soudaines, les investigateurs ont commencé à regarder en arrière et à vérifier la connexion éventuelle entre l’activité des étudiants en art avec celle des futurs pirates de l’air, les pirates de l’air du 9/11, et ce qu’ils ont trouvé, c’était que les étudiants en art, dans de nombreux cas, vivaient à proximité immédiate des pirates de l’air du 11 septembre. Plusieurs de ces étudiants en art transportaient de grandes quantités d’argent liquide, certains d’entre eux, selon Le Monde, portaient des téléphones portables fournis par un vice consul israélien aux USA.

Bon nombre d’entre eux étaient trés entrainés pour les écoutes électroniques et le travail de renseignement, bien au delà de la formation militaire obligatoire exigée par la loi israélienne. Tout ceci a éveillé des soupçons, et ils demeurent.

AMY GOODMAN : Soupçons qu’ils pistaient les pirates de l’air ?

MARC PERELMAN : C’est correct.

AMY GOODMAN : Passons à Alexandre Cockburn. Vous avez publié cet article. C’est intitulé « Cheering Movers and Art Student Spies [les déménageurs se congratulant et les étudiants en art] : Que savait Israël avant les attaques du 9/11 ? » Qui étaient les Israéliens vivant à côté de Mohamed Atta ? Qu’était dans le fourgon sur le rivage du New Jersey ? Comment se fait-il que deux pirates de l’air se sont retrouvé sur la listes de personnes surveillées des semaines avant le 9/11 ? Qui a fait taire Karl Cameron du FOX News ?

Nous avons juste deux minutes, mais parlons de la manière dont les médias ont couvert ceci, de votre décison d’y revenir, et de cette histoire au sujet de Fox News.

ALEXANDER COCKBURN : La chose essentielle, Amy, est que fondamentalement l’histoire, sur laquelle Perelman et d’autres ont effectué un bon travail, a été systématiquement supprimée par les médias depuis trés longtemps, a commençer par Fox News, qui a supprimé le reportage de Cameron, et ABC News, qui a laissé tomber l’enquête. Et, évidemment, il existe des milliers de questions, que Ketcham aborde avec beaucoup de précisions, qui devraient être le sujet d’auditions et d’investigations du congrés, comme par exemple :

La CIA avait-elle fait appel au Mossad pour effectuer aux Etats-Unis des missions de contre-espionnage, ce qui serait illégal ?

Quel était le degré exact des informations dont disposaient les israéliens ? Si c’était une bonne chose pour Israel, peut-être ont-ils omis de dire que la chose allait se faire. C’est une spéculation, naturellement, mais cela devrait être étudié et vérifié. Il est absolument extraordinaire que l’histoire de

C’est absolument invraisemblable que l’article de Ketcham, qui est une enquête approfondie et détaillée, n’ait trouvé aucun preneur avant Counterpunch, raison pour laquelle il a été publié chez nous. Évidemment, la raison principale tient dans le mot « Israel. » Les gens laissent tomber cette histoire comme si c’était une « patate chaude ». Dès que vous entendez que les gens disent que c’est une bonne chose pour Israel, le lobby pro-israelien s’en mèle, et fait en sorte que ces gens soit sortis de prison et renvoyés en Israel. Et depuis lors, toutes les questions sur cette affaire ont été systématiquement écartées.

AMY GOODMAN : Alexander, cette histoire que vous avez publiée, aurait du d’abord être publiée par salon.com, puis The Nation ?

ALEXANDER COCKBURN : C’est ce que j’ai entendu de Christopher, oui. C’est vrai.

AMY GOODMAN : Christopher Ketcham ?

CHRISTOPHER KETCHAM : Oui. Les rédacteurs en chefs n’ont pas eu le sentiment qu’il y ait quelque chose de nouveau là dedans.

JUAN GONZALEZ : Je voudrais demander a Marc Perelman, si il avait été étonné quand le Rapport de la Commission d’enquête sur le 11 septembre a été publié sans qu’il n’y soit fait aucune mention de l’éventuelle connaissance par les agents israéliens présents dans ce pays des attaques ou de la traque de certains de ces suspects ?

MARC PERELMAN : Oui et non. J’ai été surpris, parce que, dans la mesure ou il y a eu des questions qui restent toujours posées aujourd’hui, [je pensais] qu’au moins la commission aborderait la question, ne serait ce que pour la démystifier. Ceci dit, mon reportage était centré sur le sujet de ces déménageurs et de ce qu’ils ont fait. Et la conclusion était qu’essentiellement ils espionnaient les activistes radicaux dans la région, et qu’ils avaient été relaché, parce que les autorités américaines avaient déterminé qu’ils n’ont pas eu de connaissance préalable des attaques, ce qui est différent de ce que ce l’article [de KETCHAM] indique, parce qu’il [l’article] implique essentiellement qu’ils ont été embarquées pour Israel en raison du lobby d’Israel, et parce qu’ils savaient, tandis que ce que j’ai pu découvrir est qu’ils ont été renvoyés chez eux parce qu’ils ont fait quelque chose qu’ils n’étaient pas censés faire sans que le gouvernement américain n’en soit averti, ce qui pose question, évidemment. cela devrait être discuté publiquement.

AMY GOODMAN : Que les Israéliens espionnaient sur le sol américain ?

MARC PERELMAN : C’est vrai, sans approbation des autorités des USA. Parfois Les gouvernements ayant des liens amicaux, ont des accords, où ils décident d’espionner ensemble. Apparemment, ce n’était pas le cas dans cette affaire.

Traduction Karim Loubnani pour Contre Info


Sur le Net :

-  Publication Originale Cheering Movers and Art Student Spies : Was Israel Tracking the Hijackers Before the 9/11 Attacks ?

-  Le Journal d’Amy GoodmanDemocracy Now

-  La bio d’Amy Goodman

-  l’article original de Salon



[1] Ces cinq personnes travaillaient pour une entreprise de déménagement dont les bureaux ont été vidés précipitemment après les faits.


Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=534
 
 
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