International Iran
Mis à Jour le : 15 février 2007  12:32
Iran : L’Europe appuyera-t-elle la médiation Suisse ?
15 février 2007

Asia Times déplore l’absence de politique autonome de ce qu’il nomme la (dés)Union Européenne, et son suivisme devant la nouvelle crise d’hystérie anti-Iranienne dont souffre Washington, toujours sous la coupe des néoconservateurs et de leurs obsessions quasi-maniaques. Pour sortir de l’impasse, la Suisse a fait une offre de médiation. L’UE saisira-t-elle cette chance ?

Pepe Escobar, grand reporter de Asian Times, relate les derniers développements de la crise, et souligne l’intérêt de l’offre de médiation faite par la Suisse.

La Suisse, fidèle à sa tradition de neutralité a souvent par le passé joué les bons offices entre Téhéran et Washington. Depuis la rupture des relations diplomatiques entre Téhéran et Washington, ce sont ses diplomates qui permettent le maintien d’un canal officieux de communication entre les deux pays. C’est par son intermédiaire que l’Iran a fait parvenir en 2003 l’offre de négociation dont Condoleeza Rice prétend ne pas avoir eu connaissance. Plus récemment, le courrier adressé par Ahmadinejad à Bush a transité par son ambassade.

Lundi, Micheline Calmy-Rey, la présidente de la Confédération Helvétique, a rencontré à Berne Ali Larijani, le négociateur iranien auprès de l’AIEA.

Selon des diplomates, la Suisse pourrait proposer un projet de compromis à Téhéran, prévoyant de faire tourner ses centrifugeuses à vide, sans uranium.

S’exprimant lors d’un point de presse lundi matin à Téhéran, Mohammad Ali Hosseini, porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, a évoqué l’existence d’une « proposition suisse » de règlement de la crise du nucléaire iranien.

Le ministre français des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a rejeté lundi toute autre solution que la « suspension de toute activité nucléaire sensible » qui serait vérifiée par l’AIEA.

L’Iran, L’Union Européenne et la solution Suisse

par Pepe Escobar

Asian Times, le 14 février

Nous ne sommes plus qu’à une semaine de la date limite donnée par le Conseil de Sécurité de l’ONU à l’Iran pour mettre un terme à l’enrichissement d’uranium. Pendant que la Maison Blanche poursuit son escalade dans l’hystèrie, l’Europe n’a une fois de plus rien d’autre à offrir que le spectacle de son impuissance.

En marge du sommet de Munich, dimanche dernier, le chef de la délégation Iranienne, Ali Larijani a déclaré au diplomate européen Javier Solana que Téhéran est prêt à intégrer ses activités nucléaires dans un consortium rassemblant d’autres pays. Larijani n’a pu faire cette offre que sous la responsabilité de l’Ayatollah Ali Khamenei. Solana a publiquement admis que cette offre était « constructive ».

Lundi, Larijani a rencontré le ministre des affaires étrangères Suisse après que ce pays ait proposé d’agir en tant que médiateur entre l’Iran et Union Européenne, dans le cadre d’une nouvelle proposition. Celle ci suggère que l’Iran arrête l’utilisation du gaz uranium-hexafluoride dans ses centrifugeuses, en les faisant tourner à vide, pendant la reprise des négociations.

Le même jour, le porte parole du ministre des affaires étrangères iranien Mohammad-Ali Hosseinia, a confirmé, lors de son point de presse hebdomadaire, que tous les sujets concernant le dossier nucléaire pouvaient être abordés, y compris la suspension de l’enrichissement d’uranium. M. Hosseini, insitant sur le fait que le programme nucléaire iranien est en complète conformité avec les régles de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), a ajouté : « nous sommes prêts à considérer n’importe quelle offre qui respecte nos droits ».

Le problème, c’est qu’aussitôt l’UE a décidé d’appliquer les sanctions votées par l’ONU.

Le même jour, les services de Solana à Bruxelles ont diffusé un document aux ministres des affaires étrangères de l’Union, selon lequel le programme nucléaire iranien n’avait été ralenti qu’à cause de problèmes techniques et non pas par les pressions diplomatiques. Le point clé du document est qu’il considére qu’il pourrait être « trop tard » pour empêcher l’Iran d’enrichir suffisamment d’uranium pour un usage militaire. Les services de Solana considèrent qu’en fait, les sanctions ne seront d’aucune utilité, alors que Solana lui-même croit encore possible d’ouvrir un dialogue.

Ou cela mène-t-il ?

Cela pourrait être une nouvelle illustration de la désunion profonde de l’UE, qui la conduit à se tirer dans le pied. Personne à Bruxelles - à part une poignée de faucons très liés à l’OTAN - ne souhaite une confrontation avec Téhéran, dans la mesure où à long terme l’Iran est le fournisseur de gaz idéal pour contrebalancer le pouvoir grandissant de la russie de Gazprom.

La position outrancière de l’administration US qui consiste à faire des iraniens non seulement les « méchants » de la région, mais aussi les responsables du désastre de la position US en Irak, n’impressionne guère à Bruxelles. Ces tactiques ne mèneront à rien si ce n’est à des exagérations comme celles des « preuves » du Pentagone sur les livraisons d’armes iraniennes aux milices chiites accusées de tuer des soldats US.

Les diplomates Bruxellois ont blémi à la lecture des informations selon lesquelles le Président Bush avait ordonné au Stratégique Air Command - le commandement militaire responsable des armes nucléaires - de dresser des plans d’attaque aéronavale contre l’Iran. Il peuvent être aussi blèmes que beaucoup de responsables à Téhéran, qui pensent désormais que les Chinois et les Russes - mais pas les Européens - devront agir efficacement avant qu’il ne soit trop tard pour prévenir une attaque américaine.

A l’arrière plan de cette escalade, il y a la certitude implicite - principalement chez les américains, mais aussi en Europe - que l’Iran veut développer une bombe nucléaire. Cet argument douteux n’est jamais remis en cause. La situation est encore plus absurde si l’on considère que c’est en fait l’Iran qui fait l’objet de plans de bombardement nucléaire.

Un sondage récent mené par WorldPublicOpinion.org révèle que la majorité des américains sont opposés à cette attaque. 55% des américains acceptent que les iraniens aient le droit d’enrichir de l’uranium si les inspecteurs ont accès sans restriction à leurs installations nucléaires. C’est exactement ce que l’Iran a fait durant les trois dernières années, et les inspecteurs de l’AIEA n’ont trouvé absolument aucun signe de programme militaire.

De leur coté, 84% des iraniens pensent que leur pays a le droit d’enrichir de l’uranium, ce qui est autorisé par le Traité de Non Prolifération. Et 66% souhaitent que leur pays ne dénonce pas ce Traité qui interdit les programmes nucléaires militaires.

Pour l’opinion publique mondiale, il est évident que les fauteurs de guerre appartiennent à cette même petite minorité qui a oeuvré au désastre Irakien.

Dans une situation aussi volatile, la (des)Union Européenne pourrait à tout le moins décider de ne se pas se ranger du côté de l’aveuglement et choisir d’appuyer de toute ses forces l’espoir né la médiation Suisse.


Sur le net : La proposition Suisse

Source : Asian Times

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=552
 
 
Dans la même
Rubrique
Dans l'Actualité