Amy Goodman, journaliste de la radio progressiste Democracy Now, s’entretient avec l’expert militaire Sam Gardiner sur les révélations de la BBC des plans US de bombardement de l’Iran. Selon la chaine anglaise, les planificateurs américains ont prévu deux « déclencheurs » pouvant entrainer une attaque : le développement du programme nucléaire iranien et l’éventualité d’un attentat meurtrier contre les soldats américains en Irak qui serait imputé à l’Iran.
Amy Goodman : Sam Gardiner est un colonel de l’US Air Force à la retraite. Il a enseigné la stratégie et la tactique au National War College, au Air War College, et au Naval War College. Il est avec nous par téléphone, depuis son domicile en Virginie. Bienvenue sur Democracy Now, colonel Gardiner.
Sam Gardiner : Merci Amy
Amy Goodman : Pouvez vous nous parler de ces dernières révélations de plans ?
Sam Gardiner : Bien sur. En fait, je pense que l’article de la BBC est complètement crédible. Permettez-moi de passer en revue les deux points qu’il aborde, et d’expliquer pourquoi je les trouve crédibles.
La premiere chose qu’ils disent c’est qu’un évènement très meurtrier en Irak pourrait servir de déclencheur. C’est tout à fait consistant avec les plans qui ont été dressés avant l’invasion de l’Irak. Nous savons désormais grace à la divulgation de ces plans, qui à l’époque étaient classifiés « Top Secret » qu’il y avait une série de lignes rouges [1] qui, si elles étaient franchies, déclencheraient une réaction des USA au delà des plans d’invasion de l’Irak.
Donc la définition de lignes rouges entre dans la méthode de planification du Pentagone, et elle fait sens par rapport à la position que l’administration adopte au sujet de l’Iran.
Le deuxième élément, concernant le programme nucléaire, est encore plus préoccupant et c’est sans doute celui qui devrait nous inquiéter le plus. Nous devons nous souvenir que le Président a déclaré que l’Iran ne serait pas autorisé à acquérir l’arme nucléaire.
Mais il a toujours - pas toujours, mais souvent - ajouté « ou le savoir faire pour produire une arme nucléaire ». C’est une précision très importante, dans la ligne de ce qu’Israel a dit. C’est généralement interprété de façon suivante : si l’Iran peut assembler 3000 centrifugeuses pour l’enrichissement d’uranium, alors il aura atteint la capacité et le savoir faire pour la production d’armes.
Cette possibilité, selon les déclaration du directeur de l’AIEA hier, pourrait se réaliser dans les six mois. Donc, si vous prenez le Président au pied de la lettre, et si vous prenez en compte l’estimation de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique, nous franchirons la ligne rouge définie par les USA dans les six mois. Et quand nous disons cela, cela signifie que nous conduirons une opération militaire contre les Iraniens.
Amy Goodman : Colonel Gardiner, vous avez écrit au sujet de ces attaques sur le sol Iranien. Vous avez dit qui si vous n’aviez pas lu la presse étrangère, vous n’auriez pas été averti des deux explosions de la semaine dernière. L’une d’entre elles - en Iran - a fait trente et un tués et blessés parmi les Gardiens de la Révolution. La deuxième a eu lieu près d’une école. Parlez nous de ces attaques.
Sam Gardiner : Les Iraniens ont dit que ces deux attaques ont eu lieu dans la région du Balouchistan, qui est une zone ou se rencontrent les frontières de l’Afghanistan, de l’Iran, et du Pakistan, au sud est de l’Iran. C’est une région qui a connu des troubles depuis un certain temps. C’est un région au sujet de laquelle de bons journalistes américains nous ont appris que les USA soutenaient des opérations de déstabilisation. Sy Hersh a écrit sur ce sujet. Je pense que vous en avez parlé avec lui. D’autres journalistes ont écrit que les USA soutenaient l’organisation des Moujahidines du Peuple, dans cette région.
Ce n’est pas la première fois qu’il y a des attentats. Ce qui est significatif au sujet des plus récents, c’est que le Iraniens ont décidé d’en faire une affaire importante. Ils ont tenu une conférence de presse et présentés des armes, de la même manière que les USA l’avaient fait à Bagdad. Il y a des photos sur le Web des armes saisies. Je dois dire qu’elles ont l’air de faux, mais cela n’y change rien. Le point important, c’est que les Iraniens ont fait monter les enchères dans leurs déclarations, et la situation après cet évènement est à double détente. Je crois que l’administration US espérait qu’en faisant pression sur les Iraniens, ceux-ci feraient marche arrière, abandonneraient leur programme, seraient moins agressifs. Mais en fait il semble que cela ait eu l’effet opposé.
Amy Goodman : Pensez-vous que les 21 000 troupes supplémentaires que le président appelle un "renfort" (surge) pourraient avoir pour objectif l’Iran autant que l’Irak ?
Sam Gardiner : Permettez moi de rectifier un peu. Nous avons appris le week-end dernier qu’il y avait un renfort à l’intérieur du renfort. Ce n’est plus 21 000 desormais. C’est nettement au dessus. Il a été annoncé vendredi ou samedi qu’un Quartier Général additionnel allait en Irak, avec un millier de personnes supplémentaires.
Ce qui est particulièrement interessant, c’est que le même jour le commandant de Bagdad déclarait je « n’ai pas besoin de plus d’Etat Major ». Mon interprétation est que, dans le cas où les USA enverraient ces nouveaux soldats à la frontière avec l’Iran, cela donne la capacité de contrôler cette opération.
Cela ne signifie pas, je ne crois pas, envahir l’Iran. Je crois que cela prépare la possibilité dans le cas d’une attaque contre l’Iran, que ces unités bloquent toute tentative d’incursion en Irak.
Amy Goodman : Je vous remercie.

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Sam Gardiner : Pas de bonnes nouvelles (VO)





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