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Mis à Jour le : 24 février 2007  15:30
Hervé Kempf : Comment les riches détruisent la planète
24 février 2007

Pour la première fois dans son histoire notre espèce est confrontée aux limites de la biosphère, et nous devons trouver les moyens d’orienter différemment le progrès de l’humanité, mais une classe dirigeante prédatrice refuse les changements nécessaires. Hervé Kempf est journaliste au Monde, spécialiste des questions environnementales.

Une oligarchie prédatrice

Présentation de l’éditeur

Nous sommes à un moment de l’histoire qui pose un défi radicalement nouveau à l’espèce humaine : pour la première fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la biosphère et met en danger son avenir.

Vivre ce moment signifie que nous devons trouver collectivement les moyens d’orienter différemment cette énergie humaine et cette volonté de progrès. C’est un défi magnifique, mais redoutable.

Or, une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s’impose urgemment. Elle ne porte aucun projet, n’est animée d’aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice. Après avoir triomphé du soviétisme, l’idéologie néolibérale ne sait plus que s’autocélébrer. Presque toutes les sphères de pouvoir et d’influence sont soumises à son pseudo-réalisme, qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle qui conduit à accroître toujours plus la richesse.

Cette représentation du monde n’est pas seulement sinistre, elle est aveugle. Elle méconnaît la puissance explosive de l’injustice, sous-estime la gravité de l’empoisonnement de la biosphère, promeut l’abaissement des libertés publiques. Elle est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des hommes et des femmes, consent à voir dilapider les chances de survie des générations futures.

Pour Hervé Kempf, on ne résoudra pas la crise écologique sans s’attaquer à la crise sociale concomitante. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd’hui les riches qui menacent la planète.

Extraits

-  Crise écologique, crise sociale - page : 51

Observer les seuls revenus enjolive d’ailleurs le tableau général ; il faudrait davantage étudier les patrimoines qui sont moins bien appréhendés par les statisticiens que les revenus. Les disparités en sont beaucoup plus fortes que les inégalités de salaires et de revenu. ’Si, en matière de pouvoir d’achat, le rapport entre les 10 % les plus riches et les 10 % de la population les plus pauvres est, selon l’INSEE, de 1 à 4, il passe de 1 à 64 lorsqu’il s’agit de la valeur des biens possédés ! Et encore, poursuit le journal Marianne , faut-il comptabiliser pour les modestes les biens durables, tels les scooters, pour ne pas obtenir un ratio qui tend vers l’infini.’ Les revenus de ce capital profitent d’abord aux plus riches. L’inégalité des patrimoines conduit à une inégalité concrète bien plus grande que ce qu’indique l’inégalité des revenus.

-  La Démocratie en danger - page : 86

Pourquoi, dès lors, les caractéristiques actuelles de la classe dirigeante mondiales sont-elles le facteur essentiel de la crise écologique ? Parce qu’elle s’oppose aux changements radicaux qu’il faudrait mener pour empêcher l’aggravation de la situation. Comment ?
-  Indirectement par le statut de sa consommation : son modèle tire vers le haut la consommation générale, en poussant les autres à l’imiter.
-  Directement, par le contrôle du pouvoir économique et politique, qui lui permet de maintenir cette inégalité. Pour échapper à sa remise en cause, l’oligarchie rabâche l’idéologie dominante selon laquelle la solution à la crise sociale est la croissance de la production. Celle-ci serait l’unique moyen de lutter contre la pauvreté et le chômage. La croissance permettrait d’élever le niveau général des richesse, et donc d’améliorer le sort des pauvres sans - mais cela n’est jamais précisé - qu’il soit besoin de modifier la distribution de la richesse. Ce mécanisme s’est enrayé.

-  La Démocratie en danger - page : 97

Le terme qui désigne la torture est, dans ce nouveau monde, ’technique renforcée d’interrogatoire’. Je m’abstiens de présenter au lecteur des exemples de ces ’techniques renforcées’. Elles n’ont rien à envier aux pratiques des ’techniciens’ de la Gestapo. Les sévices infligés aux détenus de la prison d’Abou Graib, à Bagdad, révélés en 2004, ne sont que la pointe émergée de l’iceberg de la ’guerre contre la terreur’. En 2006, près de 14 500 ’suspects’ sont détenus dans ces cachots situés hors des Etats-Unis. Plusieurs pays européens se sont prêtés au transfert de prisonniers par la CIA vers les centres de torture établis en plusieurs points du monde, autorisant les avions de l’agence américaine à se poser sur leurs aéroports, fermant les yeux sur des enlèvement chez eux de ’suspects’, voire - mais le fait n’est pas définitivement établi pour la Pologne ou la Roumanie - en abritant de telles prisons.

Revue de presse

« Un document étayé et pressé par l’urgence (...) Kempf dit qu’il faut maintenant se partager sobrement la ressource terrestre. Que les opulents acceptent de se serrer un peu. D’en rabattre sur leurs envies. C’est le bon sens même. Le bon sens contre la morgue, l’opulence et l’égoïsme intégral des oligarchies : c’est le match du siècle. »

Bruno Frappat, La Croix.

« Il ne se contente pas de lister les mauvaises nouvelles, il nous invite à résoudre la crise par le social. »

Laure Noualhat, Libération.

« Un véritable essai d’explication globale de la crise environnementale. »

Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir (Montréal).

« Un brulôt salvateur, un texte dont on sort quelque peu groggy. »

Alexandre Fache, L’Humanité.

« Un essai intellectuellement original et indéniablement pugnace »

Patrick Piro, Politis.

« Un livre roboratif à lire d’urgence »

L’Ecologiste.

« J’ai dévoré votre livre d’un trait et partage tout à fait votre point de vue quant à l’imbrication de la crise écologique et de la crise sociale »

Jean-Marie Pelt.

« Un vigoureux réquisitoire contre “l’idéologie néolibérale”, coupable de conduire la planète à sa propre destruction. Excessif ? L’auteur aligne les comparaisons troublantes comme les liens entre les excès de la société de consommation, la naissance d’une oligarchie mondiale et les changements climatiques en cours. »

Olivier Nouaillas, La Vie.

Entretien avec Ruth Stégassy

Hervé Kempf s’est entretenu avec l’animatrice de l’émission Terre à Terre, sur France Culture, le samedi 25 février 2007.

« Le confort dans lequel baignent les sociétés occidentales ne doit pas nous dissimuler la gravité de l’heure. Nous entrons dans un temps de crises durables et de catastrophes possibles », écrit Hervé Kempf dans l’introduction de son livre, « Comment les riches détruisent la planète ».

Au cœur de sa réflexion, le croisement inextricable de deux crises jusque-là analysées séparément : crise écologique, crise sociale.

Et une conviction : un même mal est cause des deux. Ce mal, c’est l’inégalité croissante entre pauvres et riches, l’appétit inextinguible d’une oligarchie qui amasse des richesses inouïes et imprime au monde entier le rythme effréné de la consommation censée procurer le bonheur, qui détruit les écosystèmes et les sytèmes de solidarité

L’émission est disponible à l’écoute sur le web durant une semaine.

Découvrir Sam Pizigatti

En contrepoint à l’ouvrage de Kempf, nous vous invitons à découvrir Greed and Good, de Sam Pizzigatti.

Ce journaliste US, spécialiste du monde du travail, décrit les ravages provoqués par l’avidité pour un « toujours plus » qui ne connaît plus de bornes dans les classes aisées outre-atlantique.

Au delà des annecdotes sur l’invraisemblable gaspillage d’une caste qui ne se refuse plus rien pour satisfaire ses désirs, se différencier de la masse et affirmer ses privilèges, Pizzigato analyse les effets pervers que cette logique entraine dans une société de plus en plus fascinée par la dépense ostentatoire.

En décrivant la réorientation de l’économie vers le luxe au détriment de la satisfaction des besoins du plus grand nombre, la destabilisation des valeurs individuelles soumises à la pression d’une société gagnée par la dictature de l’image de soi, il met en lumière à quel point ces comportements transforment la société américaine dans son ensemble, bien au delà du « happy few » des milliardaires.

Cet ouvrage a été largement salué dans les milieux progressistes américains.

Voici par exemple ce qu’en dit Jeff Faux, le co-fondateur de l’excellent Economic Policy Institute

« Sam Pizzigati a rassemblé les élèments d’un réquisitoire définitif contre les excès de l’inégalité des revenus, de la richesse et du pouvoir dans notre société.

Il nous donne des chiffres bruts et des remarques de bon sens, mais aussi des propositions inventives pour renverser la dérive vers la ploutocratie et le déclin du lien social ».

Greed and Good est disponible à la lecture et au téléchargement sur le site de l’auteur.


Hervé Kempf est un des journalistes d’environnement les plus réputés. Depuis près de vingt ans, il travaille à faire reconnaître l’écologie comme un secteur d’information à part entière, et a défriché nombre de dossiers sur le changement climatique, le nucléaire, la biodiversité ou les OGM. Après avoir fondé Reporterre, il a travaillé à Courrier international, à La Recherche, et maintenant au Monde.


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Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=604
 
 
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