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International Iran
Mis à Jour le : 26 février 2007  00:34
Seymour Hersh : Changement de direction
26 février 2007

Hersh décrit la nouvelle stratégie américaine qui fait de l’Iran et de ses alliés chiites l’ennemi principal. Sur cette base la nouvelle alliance forgée avec l’Arabie Saoudite finance les salafistes et même certains groupes proches d’Al Quaeda, à condition qu’il se battent contre les chiites. Cette stratégie insensée qui prend le risque d’attiser de vielles haines pour atteindre des objectifs à court terme, met en jeu des forces que les apprentis-sorciers de Washington ne parviendront jamais à maitriser. En poursuivant cette politique, les USA prennent le risque de transformer le Moyen Orient en un brasier d’où personne - et surtout pas eux - ne sortira indemne.

LA REDIRECTION

Par Seymour Hersh, 5 mars 2007, The New Yorker

La nouvelle politique de l’administration américaine bénéficie-t-elle à nos adversaires dans la lutte contre le terrorisme ?

Ces derniers mois, tandis que la situation en Irak se détériorait, l’administration Bush, à la fois dans sa diplomatie publique et dans ses opérations occultes, a infléchi de manière importante sa stratégie au Moyen-Orient. Le « changement de cap », comme certains nomment cette nouvelle stratégie à la Maison blanche, a rapproché les États-Unis d’une confrontation ouverte avec l’Iran et, dans plusieurs endroits de la région, les ont projetés dans un conflit de plus en plus ouvert entre musulmans chiites et sunnites.

Pour miner l’Iran, qui est principalement chiite, l’administration Bush a décidé, en effet, de revoir ses priorités au Moyen-Orient. Au Liban, l’administration a collaboré avec le gouvernement de l’Arabie séoudite, qui est sunnite, dans des opérations clandestines destinées à affaiblir le Hezbollah, l’organisation chiite soutenue par l’Iran. Les États-Unis sont par ailleurs impliqués dans des opérations clandestines contre l’Iran et son allié syrien. Une conséquence de ces activités a été le soutien à des groupes extrémistes sunnites qui adoptent une vision militante de l’islam, qui sont hostiles à l’Amérique et qui ont de la sympathie pour Al Qaeda.

Un aspect contradictoire de cette nouvelle stratégie est que, en Irak, la plupart des violences des insurgés contre les militaires américains viennent de forces sunnites, et non chiites. Mais, dans l’optique adoptée par cette administration, la conséquence stratégique la plus profonde - et inattendue - de la guerre en Irak a été le renforcement de l’Iran. Son président, Mahmoud Ahmadinejad, a fait des déclarations provocantes au sujet de la destruction d’Israël et du droit de son pays à poursuivre son programme nucléaire ; et la semaine dernière son guide religieux suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré à la télévision d’État que « les réalités de la région montrent que le front de l’arrogance, dirigé par les États-Unis et leurs alliés, sera le principal perdant dans cette région. »

Après la révolution de 1979 qui a mené au pouvoir un gouvernement religieux, les États-Unis ont rompu avec l’Iran et se sont rapprochés des États arabes sunnites tels que la Jordanie, l’Égypte et l’Arabie séoudite. Le calcul devint plus complexe après les attaques du 11 Septembre, en particulier par rapport aux Séoudiens. Al Qaeda est sunnite, et nombre de ses exécutants venaient de cercles extrémistes d’Arabie séoudite. Avant l’invasion de l’Irak, en 2003, des officiels de l’administration, influencés par les idéologues néoconservateurs, ont pensé qu’un gouvernement chiite y fournirait un contrepoids pro-américain aux extrémistes sunnites, de plus la majorité chiite irakienne avait été oppressée sous Saddam Hussein. Ils ont ignoré les avertissements de la communauté du renseignement quant aux liens entre les dirigeants chiites irakiens et l’Iran, où certains avaient vécu en exil pendant plusieurs années. Aujourd’hui, au grand dam de la Maison blanche, l’Iran renforce ses relations avec le gouvernement dominé par les chiites du Premier ministre Nuri al-Maliki.

La nouvelle politique américaine, dans ses grandes lignes, a été discutée publiquement. Dans son témoignage devant le Comité des affaires étrangères du Sénat en janvier, la Secrétaire d’État Condoleeza Rice a déclaré qu’il y avait « un nouvel axe stratégique au Moyen-Orient », séparant « les réformateurs » et les « extrémistes » ; elle désigna les États sunnites comme des centres de modération, et expliqua que l’Iran, la Syrie et le Hezbollah étaient « de l’autre côté de la ligne de démarcation ». (La majorité sunnite de Syrie est dominée par la secte alaouite.) L’Iran et la Syrie, dit-elle, « ont fait leur choix et leur choix est celui de la déstabilisation. »

Certaines des stratégies principales du changement de cap n’ont cependant pas été rendues publiques. Les opérations clandestines ont été tenues secrètes, dans certains cas, leur exécution ou leur financement étant soustraités aux Séoudiens, ou en trouvant d’autres voies de contournement du processus normal du contrôle financier par le Congrès, comme l’ont expliqué des officiels anciens et actuels de l’administration.

Un membre important du Comité des finances de la Chambre m’a dit qu’il avait entendu parler de la nouvelle stratégie, mais avait senti que ni ses collègues et ni lui n’avaient été correctement informés. « Nous ne savons rien sur ce sujet », a-t-il dit. « Nous demandons des informations sur ce qu’il se passe, et ils disent qu’il ne se passe rien. Et quand nous posons des questions précises, ils répondent “nous vous informerons plus tard.” C’est tellement frustrant. »

Les principaux acteurs du changement de cap sont le vice-président Dick Cheney, le conseiller à la Sécurité nationale Elliott Abrams, l’ambassadeur bientôt remplacé en Irak (et pressenti pour le poste d’ambassadeur aux Nations unies), Zalmay Khakikzad, et le prince Bandar bin Sultan, le conseiller séoudien à la Sécurité nationale. Alors que Rice était profondément impliquée dans la définition de la politique publique, des officiels anciens et actuels disent que le volet clandestin a été conduit par Cheney. (Le bureau de Cheney et la Maison blanche ont refusé de commenter cet article ; le Pentagone n’a pas répondu aux questions précises mais a précisé, « Les États-Unis ne préparent une guerre avec l’Iran. »)

Le changement de politique a amené l’Arabie séoudite et Israël à une nouvelle alliance stratégique, en grande partie parce que ces deux pays considèrent l’Iran comme une menace existentielle. Ils ont été impliqués dans des discussions directes et les Séoudiens, qui pensent qu’une plus grande stabilité en Israël et Palestine donnerait moins d’influence à l’Iran dans la région, sont devenus plus actifs dans les négociations arabo-israéliennes.

La nouvelle stratégie « est un changement de cap important dans la politique américaine - c’est un changement très important », a expliqué un consultant gouvernemental américain ayant de forts liens avec Israël. Les États sunnites « étaient pétrifiés à l’idée d’une résurgence chiite, et ils exprimaient un ressentiment croissant à l’encontre de notre choix de soutenir les chiites modérés en Irak », a-t-il dit. « Nous ne pouvons pas revenir sur la montée chiite en Irak, mais nous pouvons la limiter. »

« Il semble qu’il y ait eu un débat au sein du gouvernement pour savoir quel était le plus grand danger - l’Iran ou les radicaux sunnites », m’a expliqué Vali Nasr, un membre important du Conseil sur les Affaires étrangères, qui a beaucoup écrit sur les chiites, l’Iran et l’Irak. « Les Séoudiens et certains membres de l’administration ont soutenu que le plus grand danger était l’Iran et que les extrémistes sunnites étaient des ennemis moins importants. C’est une victoire de la ligne séoudienne. »

Martin Indyk, un officiel du Département d’État dans l’administration Clinton, qui a également été ambassadeur en Israël, a dit que « le Moyen-Orient est en train de s’échauffer autour d’une sérieuse guerre froide entre sunnites et chiites. » Indyk, qui dirige le Centre Saban pour la politique au Moyen-Orient à la Brookings Institution, a ajouté que, selon lui, il n’était pas clair si la Maison blanche était bien consciente des implications stratégiques de sa nouvelle politique. « La Maison blanche n’est pas seulement en train de doubler la mise en Irak », a-t-il expliqué. « Elle est en train de doubler la mise dans toute la région. Cela pourrait devenir très compliqué. Tout est sans dessus dessous. »

La nouvelle politique de l’administration pour contenir l’Iran semble compliquer sa stratégie pour gagner la guerre en Irak. Patrick Clawson, un expert sur l’Iran et directeur de recherche adjoint au Washington Institute pour la politique au Proche-Orient, a cependant soutenu que le renforcement des liens entre les États-Unis et les sunnites modérés et même radicaux pourrait « effrayer » le gouvernement du Premier ministre Maliki et « le laisser craindre que les sunnites pourraient réellement gagner » la guerre civile là-bas. Clawson a expliqué que cela pourrait inciter Maliki à coopérer avec les États-Unis pour supprimer les milices radicales chiites, telles que l’Armée du Mehdi de Moqtada as-Sadr.

Même ainsi, pour le moment, les États-Unis demeurent dépendants de la coopération des dirigeants chiites irakiens. L’armée du Mehdi est peut-être ouvertement hostile aux intérêts américains, mais d’autres milices chiites figurent parmi les alliés des États-Unis. Moqtada as-Sadr comme la Maison blanche soutiennent Maliki. Un mémorandum écrit l’année dernière par Stephen Hadley, un conseiller à la Sécurité nationale, a suggéré que l’administration essaie de séparer Maliki de ses alliés chiites les plus radicaux, mais jusqu’à présent la tendance a été exactement dans le sens contraire. Tandis que l’armée irakienne continue de sombrer dans sa confrontation avec les insurgés, le pouvoir des milices chiites augmente constamment.

Flynt Leverett, un ancien officiel du Conseil à la Sécurité nationale (NSC) de l’administration Bush, m’a dit qu’« il n’y a rien de fortuit ou d’ironique » dans la nouvelle stratégie concernant l’Irak. « L’administration est en train de prétendre que l’Iran est plus dangereuse et plus provoquante que les insurgés sunnites face aux intérêts américains en Irak, alors que - si vous regardez les chiffres des pertes - la punition infligée à l’Amérique par les sunnites est d’une toute autre ampleur, » a expliqué Leverett. « Tout cela fait partie d’une campagne d’étapes de provocation pour augmenter la pression sur l’Iran. L’idée est qu’à un moment donné les Iraniens vont répondre et qu’alors l’administration aura une porte ouverte pour pouvoir les frapper. »

Le président George W. Bush, dans un discours du 10 janvier, a en partie exprimé cette approche. « Il y a deux régimes » - l’Iran et la Syrie - « qui permettent aux terroristes et aux insurgés d’utiliser leur territoire pour entrer et sortir d’Irak, » a dit Bush. « L’Iran fournit un support matériel pour les attaques contre les troupes américaines. Nous ferons cesser ces attaques contre nos forces. Nous interromprons le flux de soutien venant d’Iran et de Syrie. Et nous traquerons et détruirons les réseaux qui fournissent l’armement sophistiqué et l’entraînement à nos ennemis en Irak. »

Dans les semaines qui ont suivi, il y a eu une vague d’affirmations venant de l’administration au sujet de l’implication iranienne dans la guerre en Irak. Le 11 février, on a présenté aux journalistes des engins explosifs sophistiqués, pris en Irak, dont l’administration a prétendu qu’ils provenaient d’Iran. Le message de l’administration était, au fond, que la mauvaise situation en Irak n’était pas due à ses propres erreurs de planification et d’exécution, mais aux ingérences iraniennes.

Les militaires américains ont aussi arrêté et interrogé des centaines d’iraniens en Irak. « Le mot d’ordre a circulé, en août dernier, demandant aux militaires d’arrêter autant d’Iraniens que possible en Irak, », a expliqué un ancien officiel du renseignement. « Ils en avaient arrêté cinq cent à un moment donné. Nous travaillons ces gars et nous tirons d’eux des informations. Le but de la Maison blanche est de monter un dossier selon lequel les Iraniens ont fomenté l’insurrection depuis le début - que l’Iran est, en fait, en train de soutenir le meurtre d’Américains. » Un consultant du Pentagone a confirmé que des centaines d’Iraniens avaient été capturés par les forces américaines ces derniers mois. Mais il a expliqué que ce total comprenait beaucoup d’humanitaires iraniens qui « avaient été raflés et relâchés peu de temps après », après avoir été interrogés.

« Nous ne préparons pas une guerre contre l’Iran », a annoncé Robert Gates, le nouveau Secrétaire d’État à la Défense, le 2 février, et pourtant l’ambiance de confrontation s’est alourdie. Selon des officiels du renseignement et de l’armée, actuels et anciens, des opérations secrètes au Liban ont accompagné des opérations clandestines visant l’Iran. Des militaires américains et des équipes des Opérations spéciales ont renforcé leurs activités en Iran pour rassembler du renseignement et, selon un ancien membre supérieur du renseignement, ils ont aussi franchi la frontière à la poursuite d’exécutants iraniens en Irak.

Lors de la prestation de Rice au Sénat en janvier, le sénateur démocrate du Delaware, Joseph Biden, a de manière abrupte demandé si les États-Unis prévoyaient de traverser les frontières iraniennes ou syriennes pendant une poursuite. « Évidemment, le Président ne va rien écarter pour protéger nos troupes, mais notre plan est de détruire ces réseaux en Irak même, » a dit Rice, ajoutant, « je pense que tout le monde va comprendre cela - le peuple américain et je suppose aussi le Congrès attendent du Président qu’il fasse tout ce qui est nécessaire pour protéger nos forces. »

L’ambiguïté de Rice a déclenché une réponse du sénateur du Nebraska Chuck Hagel, un Républicain, qui a été critique de l’administration : « Certains d’entre nous se souviennent de 1970, madame la Secrétaire. Et c’était au Cambodge. Et quand notre gouvernement a menti au peuple américain en disant : “nous n’avons pas franchi la frontière du Cambodge”, en fait nous l’avions fait. Il se trouve que je sais quelques choses à ce sujet, ainsi que d’autres dans ce comité. Alors, madame la Secrétaire, quand vous mettez en branle ce type de politique dont le Président parle en ce moment, c’est très, très dangereux. »

La préoccupation de l’administration au sujet du rôle de l’Iran en Irak est redoublée par sa préoccupation de longue date quant au programme nucléaire iranien. Sur Fox News le 14 janvier, Cheney a prévenu de la possibilité, dans quelques années, « d’un Iran doté de l’arme nucléaire, à cheval sur les réserves pétrolières mondiales, capable d’influer à sa guise sur l’économie mondiale, prêt à faire appel à des organisations terroristes et/ou à ses armes nucléaires pour menacer ses voisins ou d’autres sur la planète. » Il a ajouté : « Si vous allez discuter avec les États du Golfe ou si vous discutez avec les Séoudiens ou si vous discutez avec les Israéliens ou les Jordaniens, la région toute entière est préoccupée... La menace que représente l’Iran grandit. »

L’administration examine actuellement une vague de nouveaux renseignements concernant le programme nucléaire iranien. Des officiels américains actuels et anciens m’ont dit que ces renseignements, qui proviennent d’agences israéliennes opérant en Iran, contiennent l’affirmation selon laquelle l’Iran a développé un missile intercontinental à carburant solide à trois étages capable de placer plusieurs petites ogives - chacune ayant une précision limitée - en Europe. La crédibilité de ce renseignement humain est toujours discutée.

Un argument similaire concernant la menace imminente qu’aurait représentée la possession d’armes de destruction massive - et les questions sur le renseignement utilisé pour établir ce dossier - a constitué le prélude à l’invasion de l’Irak. Beaucoup, au Congrès, ont accueilli ces prétentions au sujet de l’Iran avec circonspection ; au Sénat le 14 février, Hillary Clinton a dit, « Nous avons toujours appris nos leçons du conflit en Irak, et nous devons appliquer ces leçons aux arguments qui sont actuellement émis au sujet de l’Iran. Parce que, monsieur le Président, ce que nous entendons sonne de manière familière à nos oreilles et nous devons être sur nos gardes et ne jamais plus prendre de décisions sur la base de renseignements défaillants. »

Cependant, le Pentagone continue sa planification intensive pour un possible bombardement de l’Iran, un processus qui a débuté l’année dernière, sur ordre du Président. Ces derniers mois, m’a expliqué un ancien officiel du renseignement, un groupe spécial de planification a été créé dans les bureaux du Chef d’État major chargé d’élaborer un plan éventuel de bombardement de l’Iran qui pourrait être mis en œuvre sur ordre du Président, dans un délai de 24 heures.

Dans le dernier mois, un conseiller au ciblage de l’Air Force et consultant en matière de terrorisme au Pentagone m’a dit que le groupe de planification sur l’Iran a reçu une nouvelle mission : identifier des cibles en Iran qui pourraient être impliquées dans le soutien logistique aux militants en Irak. Auparavant, le but était la destruction des installations nucléaires iraniennes et un possible changement de régime.

Deux groupes de porte-avions - l’Eisenhower et le Stennis - sont actuellement en mer arabe. Un des plans est qu’ils soient relevés au début du printemps, mais certains militaires craignent qu’on ne leur ordonne de rester sur place après l’arrivée des nouveaux porte-avions, selon plusieurs sources. (Parmi les sujets de préoccupations, les simulations ont montré que les porte-avions pourraient être vulnérables à des tactiques de guerilla impliquant un grand nombre de petits bateaux, une technique que les Iraniens ont été pratiquée par le passé ; les porte-avions ont une manœuvrabilité réduite dans l’étroit détroit d’Ormuz, au large des côtes méridionales de l’Iran.) L’ancien officiel du renseignement a expliqué que les plans éventuels seraient prêts pour un ordre d’attaque dès ce printemps. Il a ajouté, cependant, que des officiers supérieurs de l’État major comptaient sur le fait que la Maison blanche ne serait « pas suffisamment stupide pour faire cela, vu ce qu’il se passe en Irak, et avec les problèmes que les Républicains auraient en 2008. »

LE JEU DU PRINCE BANDAR

Les efforts de l’administration pour réduire l’influence iranienne au Moyen-Orient ont largement compté sur l’Arabie séoudite et sur le prince Bandar, le conseiller à la Sécurité nationale séoudien. Bandar a servi comme ambassadeur aux États-Unis pendant 22 ans, jusqu’en 2005, et a maintenu son amitié avec le président Bush et le vice-président Cheney. À son nouveau poste, il continue de les rencontrer de manière privée. Un haut officiel de la Maison blanche a effectué plusieurs visites en Arabie séoudite récemment, certaines n’ayant pas été rendues publiques.

En novembre dernier, Cheney s’est envolé pour l’Arabie séoudite pour une rencontre surprise avec le roi Abdallah et Bandar. Le Times a rapporté que le roi a prévenu Cheney que l’Arabie séoudite soutiendrait ses coreligionnaires sunnites en Irak si les États-Unis se retiraient. Un officiel du renseignement européen m’a expliqué que la rencontre était aussi consacrée aux craintes séoudiennes plus générales concernant « la montée des chiites ». En réponse, « les Séoudiens commencent à utiliser leur moyen de pression - l’argent. »

Dans une famille royale minée par la compétition, Bandar s’est, depuis des années, bâti une base de pouvoir qui repose largement sur sa relation étroite avec les États-Unis, relation qui est cruciale pour les Séoudiens. Le prince Turki al-Faisal a succédé à Bandar au poste d’ambassadeur ; Turki a démissionné après huit mois et a été remplacé par Adel A. al-Jubeir, un bureaucrate qui a travaillé avec Bandar. Un ancien diplomate séoudien m’a dit que, pendant la période Turki à l’ambassade, il avait eu vent de rencontres privées entre Bandar et des officiels de haut rang de la Maison blanche, parmi lesquels Cheney et Abrams. « Je suppose que Turki n’en était pas très heureux », m’a expliqué le Séoudien. Mais, a-t-il ajouté, « Je ne crois pas que Bandar ait pris des initiatives personnelles ». Bien que Turki n’aime pas Bandar, m’a dit le Séoudien, il partageait son objectif d’entraver la progression de l’influence chiite au Moyen-Orient.

La division entre les chiites et les sunnites remonte à une querelle amère, au septième siècle, quant à la succession du prophète Mahomet. Les sunnites dominaient le califat médiéval et l’empire ottoman, et les chiites, traditionnellement, ont été considérés comme des exclus. Dans le monde, 90% des musulmans sont sunnites, mais les chiites sont majoritaires en Iran, Irak et au Bahrain, et constituent le plus important groupe musulman au Liban. Leur importante présence dans une région volatile et riche en pétrole préoccupe en Occident et parmi les sunnites concernant la montée d’un « croissant chiite » - surtout avec l’influence géopolitique grandissante de l’Iran.

« Les Séoudiens voient toujours le monde avec le même regard qu’aux jours de l’empire ottoman, quand les musulmans sunnites tenaient le haut du pavé et les chiites étaient les classes inférieures, » m’a expliqué Frederic Hoff, un officier retraité, expert du Moyen-Orient. Si Bandar était perçu comme provoquant un changement de cap dans la politique américaine en faveur des sunnites, a-t-il ajouté, cela renforcerait énormément sa position dans la famille royale.

Les Séoudiens sont menés par leur crainte que l’Iran pourrait renverser l’équilibre du pouvoir non seulement dans la région mais aussi dans leur propre pays. L’Arabie séoudite a une importante minorité chiite dans sa province orientale, une région riche en champs de pétrole ; les tensions confessionnelles sont importantes dans cette province. La famille royale croit que des agents iraniens, travaillant avec des chiites locaux, sont derrière de nombreuses attaques terroristes à l’intérieur du royaume, selon Vali Nasr. « Aujourd’hui, la seule armée capable de contrer l’Iran », - l’armée irakienne - « a été détruite par les États-Unis. Maintenant on est face à un Iran qui pourrait avoir des armes nucléaires et qui a une armée opérationnelle de 450000 hommes. » (L’Arabie séoudite a une armée de 75000 hommes.)

Nasr ajouta : « Les Séoudiens disposent de moyens financiers considérables, et entretiennent des relations étroites avec les Frères musulmans et les salafistes » - des extrémistes sunnites qui considèrent les chiites comme des infidèles. « La dernière fois que l’Iran a été une menace, les Séoudiens sont parvenus à mobiliser les islamistes radicaux de la pire espèce. Une fois que vous les avez fait sortir de la boîte, vous ne pouvez plus les faire rentrer dedans. »

La famille royale séoudienne a été, alternativement, à la fois un sponsor et une cible des extrémistes sunnites, qui condamnent la corruption et la décadence au sein de la myriade de princes de la famille. Les princes font la pari qu’ils ne seront pas renversés tant qu’ils continuent de soutenir les écoles religieuses et les œuvres liées aux extrémistes. La nouvelle stratégie de l’administration repose lourdement sur ce pari.

Nasr compare la situation actuelle à la période pendant laquelle Al Qaeda a émergé. Dans les années 80 et au début des années 90, le gouvernement séoudien a proposé de subventionner les officiants par procuration de la stratégie occulte de la CIA américaine contre l’Union soviétique en Afghanistan. Des centaines de jeunes séoudiens furent envoyés dans les zones frontalières du Pakistan, où ils installèrent des écoles religieuses, des bases d’entraînement et des services de recrutement. À cette époque, comme aujourd’hui, nombre des agents qui étaient payés avec de l’argent séoudien étaient des salafistes. Parmi eux, bien sûr, se trouvaient Osama ben Laden et ses associés, qui fondèrent Al Qaeda en 1988.

Cette fois, un consultant du gouvernement américan m’a expliqué que Bandar et d’autres séoudiens avaient assuré la Maison blanche qu’« ils surveillent de très près les fondamentalistes religieux. Leur message à notre attention était “Nous avons créé ce mouvement, et nous pouvons le contrôler”. Ça n’est pas que nous ne voulions pas que les salafistes lancent des bombes ; c’est sur qui ils les lancent - le Hezbollah, Moqtada al-Sadr, l’Iran et les Syriens, s’ils continuent de travailler avec le Hezbollah et l’Iran. »

Le Séoudien m’a dit que, aux yeux de son pays, c’était prendre un risque politique que de rejoindre les États-Unis dans leur confrontation avec l’Iran : Bandar est déjà perçu dans le monde arabe comme étant trop proche de l’administration Bush. « Nous avons deux cauchemars, » m’a dit l’ancien diplomate. « Que l’Iran acquière la bombe et que les États-Unis attaquent l’Iran. Je préférerais que les Israéliens bombardent les Iraniens, pour que nous puissions les condamner. Si c’est l’Amérique qui s’en charge, nous serons blamés. »

Au cours des dernières années, les Séoudiens, les Israéliens et l’administration Bush ont développé une série d’ententes informelles sur leur nouvelle orientation stratégique. Au moins quatre éléments principaux sont concernés, m’a expliqué le consultant du gouvernement américaine. D’abord, Israël serait assuré que sa sécurité est primordiale et que Washington, l’Arabie séoudite et d’autres États sunnites partagent ses préoccupations concernant l’Iran.

Deuxièmement, les Séoudiens insisteraient pour que le Hamas, le parti palestinien islamiste qui a reçu le soutien de l’Iran, réduise ses agression contre Israël et entreprenne des négociations sérieuses pour partager le pouvoir avec le Fatah, le groupe palestinien plus laïc. (En février, les Séoudiens ont sponsorisé un accord à la Mecque entre les deux factions. Cependant, Israël et les États-Unis ont exprimé leur insatisfaction sur ses termes.)

Troisièmement, l’administration Bush travaillerait directement avec les nations sunnites pour contrebalancer l’ascension chiite dans la région.

Quatrièmement, le gouvernement séoudien, avec l’approbation de Washington, financerait et fournirait de l’aide logistique pour affaiblir le gouvernement du président Bashar Assad de Syrie. Les Israéliens croient que mettre ainsi la pression sur le gouvernement Assad le rendrait plus conciliant et ouvert à des négociations. La Syrie est un point de passage obligé pour les armes du Hezbollah. Le gouvernement séoudien s’oppose aussi aux Syriens au sujet de l’assassinat de Rafic Hariri, l’ancien premier ministre libanais, à Beyrouth en 2005, pour lequel ils tiennent les Syriens responsables. Hariri, un milliardaire sunnite, était étroitement lié au régime séoudien et au prince Bandar. (Une enquête de l’ONU a fortement suggéré l’implication syrienne, mais sans apporter de preuve directe ; il y a des plans pour une autre enquête, menée par un tribunal international.)

Patrick Clawson, du Washington Institute for Near East Policy, a dépeint la coopération des Séoudiens avec la Maison blanche comme une avancée importante. « Les Séoudiens comprennent que s’ils veulent que l’administration fasse une offre politique plus généreuse aux palestiniens, ils doivent persuader les États arabes de faire une offre plus généreuse aux Israéliens, » m’a dit Clawson. La nouvelle approche diplomatique, a-t-il ajouté, « dénote un véritable niveau d’effort et de sophistication ainsi qu’une subtilité d’approche qui n’est habituellement pas associée à l’administration. Qui prend le plus grand risque - nous ou les Séoudiens ? À un moment où l’image de l’Amérique au Moyen-Orient est extrêmement mauvaise, les Séoudiens nous soutiennent. Nous devrions prendre conscience de notre grande chance. »

Le consultant du Pentagone a une vision différente. Il dit que l’administration a utilisé Bandar comme une « voie de secours », parce qu’elle avait compris que l’échec de la guerre en Irak pourrait laisser le Moyen-Orient comme « une proie facile ».

DES JIHADISTES AU LIBAN

Le centre d’attention de la relation américano-séoudienne, après l’Iran, est le Liban, où les Séoudiens ont été profondément impliqués par l’administration dans le soutien au gouvernement libanais. Le Premier ministre Fouad Sanioura lutte pour rester au pouvoir, face à l’opposition persistante menée par le Hezbollah, l’organisation chiite, et son chef, le Sheik Hassan Nasrallah. Le Hezbollah dispose d’une vaste infrastructure, d’un force estimée à deux ou trois mille combattants, et de milliers de membres.

Le Hezbollah est sur la liste des organisations terroristes du Département d’État depuis 1997. L’organisation a été impliquée dans l’attentat de 1983 contre les baraquements des marines à Beyrouth qui a tué 241 soldats. Il est aussi accusé de complicité dans l’enlèvement d’Américains, dont le chef de poste de la CIA au Liban, mort en captivité, et d’un colonel des marines servant dans les forces de maintien de la paix de l’ONU, qui a été tué. (Nasrallah a démenti que son groupe ait été impliqué dans ces incidents.) Nasrallah est carrément perçu par certains comme un terroriste, qui a déclaré que l’État d’Israël n’avait aucun droit d’exister. Cependant, nombreux sont ceux dans le monde arabe, et particulièrement parmi les chiites, qui le considèrent comme un leader de la résistance qui s’est fermement opposé à Israël pendant la guerre de 33 jours de l’été dernier, et qui voient en Sanioura un politicien faible qui compte sur le soutien américain mais a été incapable de persuader le président Bush d’appeler à la fin de bombardements israéliens sur le Liban. (Des photographies de Sanioura embrassant Condoleeza Rice sur la joue alors qu’elle visitait le pays pendant la guerre ont été ostensiblement montrées pendant les manifestations à Beyrouth.)

L’administration Bush a publiquement promis au gouvernement Sanioura une aide d’un milliard de dollars depuis l’été dernier. Une conférence de donateurs à Paris, en janvier, que les États-Unis ont aidé à organiser, a recueilli des promesses de dons pour pratiquement huit milliards supplémentaires, dont une promesse de plus d’un milliard par les Séoudiens. La promesse de don américaine inclut pour plus de 200 millions de dollars d’aide militaire, et pour 40 millions de dollars pour la sécurité interieure.

Les États-Unis ont également fourni un soutien clandestin au gouvernement Sanioura, selon l’ancien officiel de haut rang du renseignement et le consultant du gouvernement américain. « Nous avons lancé un programme pour augmenter les forces sunnites pour résister à l’influence chiite, et nous distribuons de l’argent aussi largement que nous le pouvons, » a expliqué l’ancien officiel du renseignement. Le problème est qu’une telle masse d’argent « finit toujours dans plus de poches que ce que nous pensions initialement, » a-t-il dit. « Dans le processus, nous finançons un tas de sale types, et cela aura potentiellement de sérieuses conséquences inattendues. Nous n’avons pas la possibilité de déterminer et d’obtenir des factures signées par les gens que nous aimons et d’éviter les gens que nous n’aimons pas. C’est une magouille à très haut risque. »

Les officiels américains, européens et arabes auxquels j’ai parlé m’ont dit que le gouvernement Sanioura et ses alliés avaient permis que de l’argent soit livré à des groupes sunnites radicaux dans le nord du Liban, dans la vallée de la Bekaa, et autour de camps de réfugiés palestiniens dans le sud. Ces groupes, bien que de taille réduite, sont perçus comme un tampon contre le Hezbollah ; mais en même temps, leurs idéologies les rapprochent d’Al Qaeda.

Lors d’une conversation avec moi, l’ancien diplomate séoudien a accusé Nasrallah de vouloir « renverser l’État », mais il a aussi critiqué le financement par les Libanais et les Séoudiens de jihadistes sunnites au Liban. « Les salafistes sont malades et haineux, et je suis très opposé à l’idée de flirter avec eux, » m’a-t-il dit. « Ils détestent les chiites, mais ils détestent les Américains encore plus. Si vous tentez de jouer au plus malin avec eux, il finiront par être plus malins que vous. Ça va mal se terminer. »

Alastair Crooke, qui a passé près de trente ans au MI6, le service de renseignement britannique, et qui travaille maintenant pour le Conflicts Forum, un think-tank à Beyrouth, m’a dit : « Le gouvernement libanais est en train d’ouvrir un espace pour accueillir ces gens. Cela pourrait devenir très dangereux. » Crooke a dit qu’un groupe extrémiste sunnite, Fatah al-Islam, avait fait sécession du groupe pro-syrien Fatah al-Intifada, dans le camp de réfugiés de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban. Ses membres à l’époque étaient moins de 200. « On m’a dit que, moins de 24 heures plus tard, ils s’étaient vu offrir des armes et de l’argent par des gens se présentant comme des représentants des intérêts du gouvernement libanais - certainement pour contrebalancer le Hezbollah, » a dit Crooke.

Le plus gros de ces groupes, Asbat al-Ansar, est installé dans le camp de réfugiés palestiniens d’Ain al-Hilweh. Asbat al-Ansar a reçu des armes et du matériel de la part des Forces de sécurité intérieures libanaises et de milices associés au gouvernement Sanioura.

En 2005, selon un rapport du International Crisis Group, établi aux États-Unis, Saad Hariri, le leader sunnite de la majorité au Parlement libanais et fils de l’ancien Premier ministre assassiné - Saad a hérité de plus de quatre milliards de dollars après le meurtre de son père - avait payé 48000 dollars de caution pour quatre membres d’un groupe islamique militant de Dinniyeh. Ces hommes avaient été arrêtés alors qu’ils tentaient d’établir un mini-État islamique dans le nord du Liban. Le Crisis Group a noté que nombre de ces militants « avaient été entraînés dans les camps d’Al Qaeda en Afghanistan. »

Selon le rapport du Crisis Group, Saad Hariri avait par la suite utilisé sa majorité parlementaire pour obtenir l’amnistie de 22 des islamistes de Dinniyeh, ainsi que pour sept militants suspectés de préparer des attentats contre les ambassades italiennes et ukrainiennes à Beyrouth l’année précédente. (Il a aussi organisé l’amnistie de Samir Geagea, un chef de milice chrétien maronite, qui avait été condamné pour quatre meurtres politiques, dont l’assassinat, en 1987, du Premier ministre Rachid Karamé.) Hariri a justifié ses actions auprès de la presse comme étant humanitaires.

Lors d’une entrevue à Beyrouth, un officiel du gouvernement Sanioura a reconnu que des jihadistes sunnites opéraient à l’intérieur du Liban. « Nous avons une attitude tolérante qui autorise la présence d’organisations de type Al Qaeda ici, » a-t-il dit. Il liait cela à la préoccupation que l’Iran ou la Syrie pourraient décider de transformer le Liban en « zone de conflit ».

L’officiel a dit que son gouvernement était dans un situation sans issue positive possible. Sans un accord politique avec le Hezbollah, a-t-il dit, le Liban pourrait « s’enfoncer dans un conflit » dans lequel le Hezbollah affronterait ouvertement les forces sunnites, avec des conséquences potentielles terrifiantes. Mais si le Hezbollah acceptait un accord tout en maintenant une armée séparée alliée de l’Iran et de la Syrie, « le Liban pourrait devenir une cible. Dans les deux cas nous devenons une cible. »

L’administration Bush a présenté son soutien au gouvernement Sanioura comme un exemple de la confiance du Président pour la démocratie, et de son désir d’empêcher d’autres puissances d’interférer dans les affaires libanaises. Quand le Hezbollah a mené des manifestations à Beyrouth en décembre, John Bolton, qui était alors ambassadeur des États-Unis à l’ONU, les a décrites comme « faisant partie d’un coup inspiré par l’Iran et la Syrie. »

Leslie H. Gelb, un ancien Président du Conseil pour les Affaires étangères, a dit que la politique de l’administration était moins motivée par la défense de la démocratie que par « la sécurité nationale américaine. Le fait est qu’il serait terriblement dangereux que le Hezbollah dirige le Liban. » La chute du gouvernement Sanioura serait perçue, » a ajouté Gelb, « comme le signal au Moyen-Orient du déclin des États-Unis et de la montée de la menace terroriste. Et ainsi tout changement dans l’équilibre du pouvoir politique au Liban doit être bloqué par les États-Unis - et nous sommes autorisés à aider tout groupe non-chiite pour résister à ce changement. Nous devrions le dire publiquement, plutôt que de parler de démocratie. »

Martin Indyk, du centre Saban, a dit que, cependant, les États-Unis « n’avaient pas les moyens suffisant pour empêcher les modérés au Liban de traiter avec les extrémistes. » Il a ajouté, « Le Président perçoit la région comme divisée entre modérés et extrémistes, mais nos alliés régionaux la voient comme divisée entre sunnites et chiites. Les sunnites que nous considérons comme extémistes sont considérés par nos alliés sunnites comme simplement sunnites. »

En janvier, après un explosion de violence dans les rues de Beyrouth impliquant à la fois des partisans de Sanioura et du Hezbollah, le prince Bandar s’est envolé pour Téhéran pour discuter de l’impasse libanaise et rencontrer Ali Larijani, le négociateur iranien des affaires nucléaires. Selon un ambassadeur du Moyen-Orient, la mission de Bandar - dont l’ambassadeur a dit qu’elle était soutenue par la Maison blanche - avait aussi pour but « de créer des problèmes entre les Iraniens et les Syriens. » Il y avait eu des tensions entre les deux pays au sujet des discussions syriennes avec Israël, et le but des Séoudiens était d’approfondir cette brèche. Cependant, a dit l’ambassadeur, « Cela n’a pas fonctionné. La Syrie et l’Iran ne vont pas se trahir mutuellement. L’approche de Bandar n’avait que très peu de chances de réussir. »

Walid Jumblatt, le leader de la minorité druze au Liban et un important partisan de Sanioura, a qualifié Nasrallah d’agent de la Syrie, et a plusieurs fois expliqué à des journalistes étrangers que le Hezbollah était sous le contrôle des autorités religieuses en Iran. Lors d’une conversation avec moi en décembre dernier, il a présenté Bashar Assad, le président syrien, comme un « tueur en série ». Nasrallah, a-t-il dit, était « moralement coupable » de l’assassinat de Rafic Hariri et du meurtre, en novembre dernier, de Pierre Gemayel, un membre du gouvernement Sanioura, à cause de son soutien aux Syriens.

Jumblatt m’a dit alors qu’il avait rencontré le vice-président Cheney à l’automne dernier pour discuter, entre autres choses, de la possibilité de nuire à Assad. Ses collègues et lui avaient conseillé Cheney sur le fait que, si les États-Unis voulaient agir contre la Syrie, les membres des Frères musulmans de Syrie étaient « les gens à qui parler », m’a dit Jumblatt.

Les Frères musulmans de Syrie, une branche du mouvement radical sunnite fondé en Égypte en 1928, est impliqué depuis plus d’une décennie dans une opposition violente contre le régime de Hafez Assad, le père de Bachar. En 1982, les Frères avaient pris le contrôle de la ville de Hama ; Assad avait fait bombarder la ville pendant une semaine, tuant entre 6000 et 20000 personnes. Appartenir au mouvement des Frères musulmans est passible de mort en Syrie. Les Frères musulmans sont aussi des ennemis jurés des États-Unis et d’Israël. Malgré tout, m’a dit Jumblatt, « Nous avons expliqué à Cheney que le lien principal entre l’Iran et le Liban est la Syrie- et pour affaiblir l’Iran vous devez ouvrir la porte à une opposition syrienne efficace. »

Il existe des preuves que le changement de cap de l’administration a déjà profité aux Frères. Le Front national de salut syrien est une coalition de groupes d’opposition dont les principaux membres sont une faction dirigée par Abdel Halim Khaddam, un ancien vice-président syrien qui a fait sécession en 2005, et les Frères musulmans. Un ancien officier supérieur de la CIA m’a dit, « Les Américains ont apporté un soutien à la fois politique et financier. Les Séoudiens gèrent le soutien financier, mais il y a une implication américaine. » Il m’a dit que Khaddam, qui vit aujourd’hui à Paris, recevait de l’argent de l’Arabie séoudite, en toute connaissance de cause de la Maison blanche. (En 2005, une délégation de membres du Front ont rencontré des officiels du Conseil de sécurité nationale [NSC], selon des rapports de presse.) Un ancien officiel de la Maison blanche m’a dit que les Séoudiens avaient fourni aux membres du Front les papiers pour le voyage.

Jumblatt a expliqué qu’il comprenait que le sujet était sensible à la Maison blanche. « J’ai dit à Cheney que certaines personnes dans le monde arabe, essentiellement les Égyptiens » - dont les dirigeants sunnites modérés combattent les Frères musulmans égyptiens depuis des décennies - « n’apprécieraient pas que les États-Unis soutiennent les Frères. Mais si nous ne nous en prenons pas à la Syrie, nous resterons face à face au Liban avec le Hezbollah pour un long combat, et un combat que nous risquons de ne pas gagner. »

LE SHEIKH

Par une nuit chaude et claire du début du mois de décembre dernier, dans une banlieue bombardée à quelques kilomètres au sud du centre ville de Beyrouth, j’ai pu me faire une idée de quelle façon la nouvelle stratégie de l’administration pourrait jouer un rôle au Liban. Le sheikh Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, qui vit caché, avait accepté une interview. Les procédures de sécurité pour la rencontre étaient extrêmement prudentes et sophistiquées. Je fus conduit, à l’arrière d’une voiture aux vitres teintées, dans un garage souterrain endommagé quelque part dans Beyrouth, fouillé avec un scanner à main, installé dans une seconde voiture et mené à un autre garage bombardé, puis à nouveau transféré. L’été dernier, il a été rapporté qu’Israël tentait de faire assassiner Nasrallah, mais les précautions extraordinaires n’étaient pas seulement justifiées par cette menace. Les assistants de Nasrallah m’ont dit qu’ils pensaient qu’il était une cible prioritaire pour des Arabes, notamment des agents de renseignement jordaniens, ainsi que des jihadistes sunnites qu’ils pensent liés à Al Qaeda. (Le consultant du gouvernement et le général quatre étoiles retraité ont déclaré que les services de renseignement jordaniens, avec le soutien des États-Unis et d’Israël, tentent d’infiltrer les groupes chiites, pour lutter contre le Hezbollah. Le roi de Jordanie Abdallah II a prévenu qu’un gouvernement chiite en Irak qui serait trop proche de l’Iran favoriserait la montée d’un croissant chiite.) Il y a là une tournure quelque peu ironique : la guerre de Nasrallah avec Israël l’été dernier a fait de lui - lui un chiite - l’une des personnalités les plus populaires et influentes parmi les sunnites et les chiites dans toute la région. Ces derniers mois, cependant, il est de plus en plus perçu par certains sunnites non plus comme un symbole de l’unité arabe mais comme un acteur d’une guerre de religions.

Nasrallah, vêtu comme d’habitude de vêtements religieux, m’attendait dans un appartement quelconque. Un de ses conseillers a dit qu’il allait certainement rester là toute la nuit ; il est en déplacement constant depuis que sa décision, en juillet dernier, d’ordonner l’enlèvement de deux soldats israéliens pendant un raid à travers la frontière, a déclenché la guerre de 33 jours. Nasrallah a depuis dit publiquement - et me l’a répété - qu’il avait mal évalué la réponse israélienne. « Nous voulions juste capturer des prisonniers pour négocier un échange, » m’a-t-il dit. « Nous n’avons jamais voulu entraîner la région dans la guerre. »

Nasrallah a accusé l’administration Bush de travailler avec Israël pour déclencher la fitna, le mot arabe qui désigne « l’insurrection et la fragmentation à l’intérieur de l’Islam ». « À mon avis, il y a une gigantesque campagne mondiale dans les médias pour monter chaque camp contre l’autre, » a-t-il ajouté. « Je pense que tout cela est dirigé par les services de renseignement arméricains et israéliens. » (Il n’a pas fourni de preuve précise de cela.) Il a dit que la guerre américaine en Irak avait aggravé les tensions confessionnelles, mais a expliqué que le Hezbollah avait tenté d’empêcher qu’elles se répandent au Liban. (Les affrontements sunnites-chiites ont augmenté, parallèlement à la violence, dans les semaines qui ont suivi notre discussion.)

Nasrallah a dit qu’il croyait que le but du président Bush était de « tracer une nouvelle carte de la région. Ils veulent la partition de l’Irak. L’Irak n’est pas au bord d’une guerre civile - il y a déjà une guerre civile. Il y a du nettoyage ethnique et confessionnel. Les massacres quotidiens et les déplacements de population qui ont lieu en Irak sont destinés à diviser l’Irak en trois parties, qui seront pures des points de vue confessionel et ethnique, ce qui sera un prélude à la partition de l’Irak. Dans moins d’un an ou deux, il y aura des zones totalement sunnites, des zones totalement chiites, et des zones totalement kurdes. Même à Bagdad, on craint que le pays soit divisé en deux zones, une sunnite et une chiite. »

Il poursuivit : « Je peux dire que le président Bush ment lorsqu’il dit qu’il ne veut pas de la partition de l’Irak. Tous les faits qui se déroulent actuellement sur le terrain permettent d’affirmer avec certitude qu’il est en train d’entraîner l’Irak vers la partition. Et un jour viendra où il annoncera : “Je n’y peux rien, puisque les Irakiens veulent la partition de leur pays, je dois me soumettre à la volonté du peuple irakien.” »

Nasrallah expliqua qu’il pensait que l’Amérique veut aussi la partition du Liban et de la Syrie. En Syrie, dit-il, le résultat serait de conduire le pays « au chaos et aux guerres internes comme en Irak. » Au Liban, « Il y aura un État sunnite, un État alaouite, un État chrétien et un État druze. » Mais, dit-il, « j’ignore s’il y aura un État chiite. » Nasrallah m’expliquait qu’il suspectait que l’un des objectifs des bombardements israéliens de l’été dernier était « la destruction des zones chiites et le départ des chiites du Liban. L’idée était que les chiites du Liban et de Syrie fuient vers le sud de l’Irak, » qui est dominé par le chiites. « Je n’en suis pas certain, mais je suspecte cela », m’a-t-il dit.

La partition laisserait Israël entouré de « petits États paisibles », dit-il. « Je peux vous assurer que le royame séoudien sera aussi divisé, et que le problème atteindra les États d’Afrique du nord. Il y aura des petits États ethniques et confessionnels, », dit-il. « Autrement dit, Israël sera le plus important et le plus fort des États d’une région qui aura été divisée en États ethniques et confessionnels qui s’accorderont entre eux. C’est cela, le nouveau Moyen-Orient. »

En fait, l’administration publique a de manière véhémente refusé les discussions sur la partition de l’Irak, et ses déclarations publiques suggèrent que la Maison blanche voit le futur du Liban comme intact, mais avec un Hezbollah affaibli et désarmé jouant un rôle politique mineur. Il n’y a aucune preuve pour soutenir la croyance de Nasrallah que les Israéliens cherchent à déplacer les chiites dans le sud de l’Irak. Cependant, la vision de Nasrallah d’un large conflit confessionnel dans lequel les États-Unis sont impliqués suggère une conséquence possible de la nouvelle stratégie américaine.

Dans l’interview, Nasrallah a fait des gestes et des promesses apaisantes qui auraient certainement été accueillies avec méfiance par ses opposants. « Si les États-Unis disent que des discussions avec des gens comme nous pourraient être utiles et pourraient influer sur la politique américaine dans la région, nous n’avons aucun objection à des discussions ou à des rencontres, » a-t-il dit. « Mais si le but de ces rencontres est de nous imposer leur propre politique, ce sera une perte de temps. » Il déclara que la milice du Hezbollah, à moins d’être attaquée, n’opérerait qu’à l’intérieur des frontières libanaises, et promit son désarmement lorsque l’armée libanaise serait capable de faire face. Nasrallah dit qu’il n’avait aucun intérêt à déclencher une autre guerre avec Israël. Cependant, il ajouta qu’il prévoyait, et s’y préparait, un autre attaque israélienne, plus tard cette année.

Nasrallah insista encore sur le fait que les manifestations à Beyrouth continueraient jusqu’à la chute du gouvernement Sanioura, ou jusqu’à l’obtention des demandes politiques de sa coalition. « En pratique, le gouvernement ne peut plus diriger, » me dit-il. « Il peut émettre des ordres, mais la majorité du peuple libanais refusera de s’y soumettre et ne reconnaîtra pas la légitimité de ce gouvernement. Sanioura reste à son poste à cause du soutien international, mais cela ne signifie pas que Sanioura dirige le Liban. »

Les louanges attribuées par le président Bush au gouvernement Sanioura, selon Nasrallah, « est le meilleur service qu’il puisse rendre à l’opposition libanaise, car cela affaiblit sa position par rapport au peuple libanais et aux populations arabes et musulmanes. Ils parient sur le fait que nous nous fatiguions. Nous ne nous sommes pas lassés pendant la guerre, alors comment pourrions-nous nous lasser dans une manifestation ? »

Il y a une division importante à l’intérieur et à l’extérieur de l’administration Bush au sujet de la façon de traiter avec Nasrallah, et de savoir s’il pourrait, en fait, être un partenaire dans un règlement politique. Le directeur sortant des services de renseignement [National Intelligence], John Negroponte, dans son discours d’adieu au Comité sénatorial sur le renseignement, en janvier, a dit que le Hezbollah « se trouvait au centre de la stratégie terroriste de l’Iran... Il pourrait décider de mener des attaques contre les intérêts américains s’il jugeait que sa survie, ou celle de l’Iran, était menacée... Le Hezbollah libanais se perçoit comme un partenaire de Téhéran. »

En 2002, Richard Armitage, alors Secrétaire d’État adjoint, a qualifié le Hezbollah de « troupe d’élite » du terrorisme. Dans une interview récente, cependant, Armitage a reconnu que le sujet était devenu un peu plus compliqué. Nasrallah, m’a dit Armitage, est devenu « une force politique d’importance, avec un rôle politique à jouer à l’intérieur du Liban s’il décide de le faire ». En termes de jeu de relations et de politique, m’a dit Armitage, Nasrallah « est l’homme le plus intelligent du Moyen-Orient. » Mais, a-t-il ajouté, Nasrallah « doit démontrer clairement qu’il est prêt à jouer le jeu selon les règles d’une opposition loyale. Pour moi, il a toujours une dette de sang à payer » - une allusion au colonel assassiné et à l’attaque des baraquements des marines.

Raboert Baer, un ancien agent de longue de date de la CIA au Liban, a été un critique sévère du Hezbollah et a mis en garde contre ses liens avec le terrorisme sponsorisé par l’Iran. Mais désormais, m’a-t-il dit, « nous avons les arabes sunnites se préparant à un conflit cataclysmique, et nous avons besoin de quelqu’un pour protéger les chrétiens au Liban. Ce rôle était tenu par les Français et les États-Unis, et maintenant il est tenu par Nasrallah et les chiites. »

« L’aventure la plus importante au Moyen-Orient est la transformation de Nasrallah, de gars de la rue en leader - d’un terroriste en homme d’État, » a ajouté Baer. « Le seul chien qui n’ait pas aboyé cet été » - pendant la guerre avec Israël, « c’est le terrorisme chiite. » Baer fait allusion aux craintes que Nasrallah, en plus de tirer des fusées contre Israël et d’enlever ses soldats, aurait pu déclencher une vague d’attaques terroristes contre des cibles israéliennes et américaines dans le monde entier. « Il aurait pu déclencher cela, mais ne l’a pas fait, » a dit Baer.

La plupart des membres des communautés du renseignement et diplomatique reconnaissent les liens actuels entre le Hezbollah et l’Iran. Mais il y a des différences d’analyse pour déterminer à quel point Nasrallah pourrait mettre de côté les intérêts du Hezbollah au profit de ceux de l’Iran. Un ancien officier de la CIA qui a servi au Liban a qualifié Nasrallah de « phénomène libanais », ajoutant, « Oui, il est soutenu par l’Iran et la Syrie, mais le Hezbollah a dépassé cela. » Il m’expliqua qu’à une certaine période à la fin des années 80 et du début des années 90, la CIA en poste à Beyrouth était parvenue à écouter clandestinement les conversations de Nasrallah. Il décrivit Nasrallah comme « un chef de gang qui était capable de passer des accords avec d’autres chefs de gang. Il avait des contacts avec tout le monde. »

INFORMER LE CONGRÈS

Le fait que le recours, par l’administration Bush, à des opérations clandestines, n’ait pas été rapporté au Congrès et sa façon de traiter avec des intermédiaires ayant des intérêts discutables, ont rappelé à certains à Washington un chapitre passé de notre histoire. Il y a une vingtaine d’années, l’administration Reagan avait tenté de financer les contras du Nicaragua de manière illégale, en s’aidant de ventes d’armes secrètes à l’Iran. De l’argent séoudien était impliqué et cela devint public sous le nom de scandale Iran-Contra, et un certain nombre d’acteurs de l’époque - notamment le prince Bandar et Elliott Abrams - sont impliqués dans les actions actuelles.

Le scandale Iran-Contra a été le sujet d’une discussion informelle « sur les enseignements du passé », il y a deux ans, entre les vétérans du scandale. Abrams a dirigé la discussion. Une des conclusions était que, bien que le programme ait été révélé publiquement, il avait été possible de le mettre à exécution sans en informer le Congrès. Quant à ce que l’expérience apprenait en termes de futures opérations occultes, les participants ont déterminé : « Un, vous ne pouvez pas faire confiance à vos amis. Deux, la CIA doit ête totalement tenue à l’écart. Trois, vous ne pouvez pas faire confiance aux militaires en uniforme, et quatre, cela doit être dirigé en dehors du bureau du Vice-Président » - une allusion au rôle de Cheney, m’a dit un ancien officiel de haut rang du renseignement.

J’ai été ensuite informé par deux consultants du gouvernement et l’ancien officiel du renseignement que les échos du scandale Iran-Contra étaient la raison de la décision de Negroponte de démissionner de son poste de directeur de l’Agence du renseignement et d’accepter un poste d’adjoint au Secrétariat d’État. (Negroponte a refusé de commenter.)

L’ancien officiel du renseignement m’a aussi dit que Negroponte ne voulait pas renouveler son expérience sous l’administration Reagan, quand il était ambassadeur au Honduras. « Negroponte a dit, “Pas question. Je ne vais pas une nouvelle fois suivre ce chemin, avec le NSC menant des opérations hors de tout contrôle légal, et sans ordre de mission. (Dans le cas des opérations occultes de la CIA, le Président doit émettre un ordre de mission écrit et informer le Congrès.) Negroponte est resté en tant qu’adjoint au Secrétariat d’État, a-t-il ajouté, parce qu’« il pense qu’il peut influencer le gouvernement dans le bon sens. »

Le consultant du gouvernement m’a dit que Negroponte partageait les objectifs de la politique de la Maison blanche, mais qu’« il voulait le faire dans les règles ». Le consultant du Pentagone m’a dit aussi qu’« il y avait cette impression, parmi les officiels de haut rang, qu’il n’était pas totalement partie prenante dans les opérations clandestines les plus aventureuses. » Il est vrai également, m’a-t-il dit, que Negroponte « avait des réserves avec cette façon bizarre à la Rube Goldberg de gérer le Moyen-Orient. »

Le consultant du Pentagone a ajouté qu’une des difficultés pour obtenir une vue d’ensemble de la situation, était due à ces fonds secrets. « Il y a beaucoup, beaucoup de caisses noires, éparpillées à de nombreux endroits, qui financent une grande diversité de missions dans le monde entier, » a-t-il expliqué. Le chaos budgétaires en Irak, où des milliards de dollars ne relèvent d’aucune responsabilité, a facilité de telles transactions, selon l’ancien officiel du renseignement et général quatre étoiles en retraite.

« Cela remonte à l’époque Iran-Contra », m’a dit un ancien assistant au Conseil national de sécurité [NSC]. « Et une grande partie de ce qu’ils font est d’en éloigner l’Agence. » Il m’expliqua que le Congrès n’est pas informé de l’intégralité des opérations américano-séoudiennes. Et, dit-il, « La CIA demande, “Que se passe-t-il ? » Ils sont préoccupés, parce qu’ils pensent qu’on nage en plein amateurisme. »

Le problème d’obtenir une vue globale attire un peu plus l’attention du Congrès. En novembre dernier, le Service de recherche du Congrès a émis un rapport destiné au Congrès sur ce qui est décrit comme l’action de l’administration pour rendre floue la limite entre les opérations de la CIA et celles strictement militaires, qui n’ont pas les mêmes exigences en termes d’information au congrès. Et le Comité sénatorial sur le renseignement, dirigé par le sénateur Jay Rockefeller, a prévu une audience pour le 8 mars au sujet des activités de renseignement du Département de la défense.

Le sénateur Ron Wyden, de l’Orégon, un démocrate membre du Comité sur le renseignement, m’a dit : « L’administration Bush a fréquemment manqué à ses obligations légales d’informer le Comité sur le renseignement de manière complète et diligente. Régulièrement, la réponse a été : “Faites-nous confiance.” » Wyden a ajouté : « J’ai du mal à faire confiance à l’administration. »


Traduction Loubnan ya Loubnan

Source : The New Yorker


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