Le directeur des services de renseignement US a avoué devant le Sénat l’implication de l’Arabie Saoudite dans le financement de la résistance sunnite en Irak.
Lors de sa première apparition devant le Congrès la semaine dernière, le nouveau directeur du renseignement US a fait une des rares allusions à l’un de ces secrets qui embarrassent Washington.
Mike Mc Connell a déclaré que des fonds en provenance d’Arabie Saoudite, allié revendiqué des USA, finançaient les rebelles sunnites en Irak, au même titre que l’Iran finance les chiites.
Le témoignage de Mc Connell confirme les craintes des USA de voir la guerre civile Irakienne se transformer en une confrontation directe entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, qui verrait les soldats américains pris entre deux feux.
Selon Brian Jenkins, un expert de l’agence de conseil en sécurité et relation internationales Rand Corporation, « ce à quoi nous assistons en Irak c’est à une guerre par procuration entre l’Iran et l’Arabie via les milices chiites et sunnites ».
Si cet affrontement dégénère en guerre ouverte, il mettra en péril l’approvisionnement mondial en pétrole. L’Arabie Saoudite, l’Iran et L’Irak sont respectivement N° 1, 3 et 4 parmi détenteurs des réserves prouvées en pétrole.
Nawaf Obaid, alors conseiller en sécurité auprès du gouvernement Saoudien, évoqua les tensions entre l’Iran et l’Arabie Saoudite en novembre dernier, lorsqu’il avertit dans un éditorial qu’un retrait US d’Irak contraindrait le royaume à une « intervention massive pour empêcher les milices chiites de massacrer les sunnites ». Le gouvernement a mis fin aux fonctions d’Obaid après la publication de cet article par le Washington Post.
Les tensions existants entre les deux pays ont été le principal sujet de la rencontre entre les dirigeants Iraniens et Saoudiens qui a eu lieu ce week-end.
Les USA ont une relation étroite avec l’Arabie Saoudite, tant sur le plan pétrolier que diplomatique, et une longue tradition de protection du royaume. Pour preuve, les réticences de Mc Connnell à désigner les Saoudiens comme source de financement pour les rebelles sunnites. Son témoignage n’a été obtenu qu’après de nombreuses questions insistantes du Sénateur Carl Levin, président de la commission de la défense du Sénat.
Lors de l’audition devant le Sénat, Levin interrogea Mc Connell sur les soutiens à la résistance en Irak.
Mc Connell : « Il y a des ressources qui alimentent le camp sunnite, sous forme de financements, d’armes et de recrues ».
Levin : « de quel pays ces armes proviennent-elles ? »
Mc Connell : « ces armes peuvent provenir de différents pays. La Syrie est sans doute l’un des plus principaux ».
Levin : « quels pays autres que la Syrie peuvent fournir des armes ou des fonds aux insurgés sunnites ? »
Mc Connell : Les USA « manquent de preuves tangibles que cela provient d’autres pays. Mais il y a des indications sur le fait que cela pourrait être différents pays autour de l’Irak et des donnateurs privés ».
Levin : « quels autres pays, à part la Syrie ? Vous avez dit qu’il y a des preuves que des armes et de l’argent proviennent d’autres pays. Vous avez cité la Syrie, mais quels sont les autres ? »
Mc Connell : « Ce que j’essayais de dire c’est qu’il a d’autres financements venant de pays de la région. L’un [de ceux là] serait l’Arabie Saoudite, par exemple ».
Mc Connell a précisé ensuite qu’il n’avait « pas connaissance à cet instant » d’éléments indiquant que le gouvernement Saoudien organisait le financement des rebelles sunnites via des donateurs privés. Il n’a pas non plus détaillé si le soutien Saoudien était dirigé vers les insurgés sunnites ou Al Quaeda en Irak - une organisation sunnite [1] - ou une combinaison entre les deux.
Thomas Fingar, assistant du directeur de l’agence nationale de l’analyse du renseignement, a déclaré à la commission dirigée par le Sénateur Levin que « l’Arabie Soudite, en tant que gouvernement ne finançait pas » les rebelles, et que le gouvernement tentait d’interrompre le financement privé.
« Mais ils continuent, à un certain niveau » a-t-il précise.
Les déclarations du plus haut fonctionnaire du renseignement du pays font écho aux observations contenues dans le rapport du Groupe d’Etude sur l’Irak publié en décembre.
« Les financements aux rebelles sunnites viennent de donateurs privés en Arabie Saoudite et dans les pays du Golfe, même si ces gouvernement collaborent avec les USA en accueillant des bases militaires, autorisant les survols aériens et échangent des renseignements », affirme le rapport, rédigé sous la direction de l’ancien Secrétaire du Département d’Etat James Baker.
Les Saoudiens ont démenti soutenir les rebelles.
Mais Steven Simon, membre du Conseil national de Sécurité sous l’administration Clinton, affirme « que ce financement fait partie de ces choses que l’on n’ose pas dire ouvertement. »
« Il y a un désir renouvelé de protéger les relations bilatérales entre les USA et l’Arabie Saoudite » a déclaré Simon, qui poursuit « Alors, personne ne veut attirer l’attention de l’opinion publique sur des choses qu’ils font et que les observateurs jugent contraire à l’intérêt des USA ».
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Seymour Hersh suggère une lecture sensiblement différente de l’implication de l’Arabie Saoudite en Irak. Pour lui, nous aurions à faire à un plan concerté des USA et de l’Arabie Saoudite pour contrecarrer l’influence de l’Iran au Moyen Orient.
Sur ce sujet, lire :
Seymour Hersh : Les USA financent les Jihadistes anti chiites
Changement de direction (VO)

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