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Mis à Jour le : 9 mars 2007  12:10
La mondialisation, cause de guerres ?
9 mars 2007

Quand le très docte International Herald Tribune pose la question, estime que répondre "oui" équivaudrait à une condamnation sans appel, et juge malgré tout que dans certains cas, la réponse est effectivement oui, il y a là comme un terrible aveu.

Gérer la mondialisation : l’économie intégrée comme cause de guerre

Par Daniel Altman

A travers le globe, la mondialisation a été accusée d’entrainer un accroissement des inégalités, la destruction des cultures minoritaires, l’accroissement de la criminalité transfrontalière ainsi qu’une poignée d’autres maux, de façon plus ou moins justifiée. Mais la mondialisation pourrait-elle être cause d’un autre vent mauvais : la guerre ?

Répondre « Oui » à cette question jetterait le discrédit sur l’un des courants dominants des théories politico-économiques du 20ème siècle.

Le maintien de la paix était la motivation principale de l’intégration économique de la France, de l’Allemagne, ainsi que de l’Europe continentale. Et le désir d’éviter les conflits continue de motiver les nations pour créer des liens commerciaux, comme les USA le font aujourd’hui au plus haut niveau avec la Chine.

Pourtant, la réponse Oui, pourrait être la bonne dans de nombreux cas. La mondialisation peut être une cause de guerre, et elle peut aussi ajouter de l’huile sur le feu des conflits.

« On affirme que quand les économies des nations sont interdépendantes, le risque potentiel de conflit est réduit », écrit Jacques Fontanel, un professeur d’économie à l’université Pierre Mendes France à Grenoble.

Mais en fait, poursuit-il, « la guerre dépend des conditions économiques et des religions des peuples. Si la mondialisation distribue de plus en plus d’argent aux possédants et de moins en moins aux travailleurs, de plus en plus à certaines nations et relativement de moins en moins à d’autres, les occasions de conflits s’accroissent : conflits sociaux et conflits politiques ».

Fontanel pense que la croissance rapide des économies qui, comme celle des USA, bénéficient de la mondialisation, peut aussi contribuer a créer des conflits si la demande de matières première croit plus vite que l’offre.

« Il existe une nouvelle rareté, et la rareté est toujours cause de conflits. »

« L’interconnexion des nations née de la mondialisation peut être la cause d’une autre source de rancoeurs » estime Martha Crenshaw, enseignante à l’université de Wesleyan du Connecticut. « Les puissances dominantes peuvent être tenues pour responsables des griefs nés de difficultés locales. Cela n’est pas sans rappeler l’époque coloniale ».

Crenshaw croit que les terroristes, qui choisissent souvent des cibles économiques, peuvent être motivés et aidés par la mondialisation. Ils tirent avantage de la mobilité des voyageurs à travers les frontières pour porter leurs coups. Leurs actions elles-mêmes peuvent faire partie d’une stratégie destinée à capter l’attention internationale et entrainer les grandes puissances - même celles qui ne sont pas concernées par leurs enjeux locaux - dans des conflits régionaux.

« Ils utilisent une stratégie de levier. Même si la véritable cible est le gouvernement national, pour attirer l’attention sur ce que vous faites, il faut frapper sur la scène mondiale ».

Par exemple des rebelles du delta du Niger ont kidnappé des marins et des travailleurs étrangers afin de provoquer de l’intérêt pour un conflit qui a d’anciennes racines tribales.

C’est là que l’intégration des marché, y compris celui des médias, devient significative. Des évènements se déroulant dans des régions reculées s’ouvrent instantanément le chemin des récepteurs TV du monde entier. Combattants et terroristes peuvent créer aisément leurs vidéo et les diffuser sur le web ou les faire parvenir aux médias pour faire connaitre leur cause.

(...)

Comme l’écrit John Baylis, l’auteur du best seller « Globalization of World Politics », « les conceptions de la souveraineté et de la sécurité sont transformées par la mondialisation. Les attentes des citoyens envers leurs états et les possiblités d’action de ceux-ci sont en train de diverger ».

Selon Baylis, la mondialisation pourrait donner naissance à un nouveau type de guerre qui opposerait les citoyens mondialisés à ceux qui sont exclus de l’intégration économique et sociale.

Ceux qui sont incapables de profiter de la mondialisation pourraient développer un ressentiment, se traduisant en violence contre ceux qui y parviennent.

(...)


Publication originale IHT, traduction Contre Info

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=676
 
 
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