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Mis à Jour le : 11 mars 2007  15:08
Espionnage et vengeances politiques, l’affaire Libby-Plame
11 mars 2007

L’affaire Libby, a vu les plus hauts responsables de l’administration US dénoncer à la presse un agent clandestin de la CIA pour se venger de son mari, qui avait refusé de corroborer leurs fabrications de preuves contre Saddam Hussein. Espionnage et coup bas à Wahington, par Juan Cole, traduction Karim Loubnani.

Mensonges de Libby, mensonges de Cheney

Par Juan Cole

Irving Lewis Libby est coupable de mensonge et de parjure, et d’obstruction à la justice.

Malheureusement, il n’a pas été reconnu coupable d’avoir révélé au public l’identité de Valérie Plame Wilson en tant qu’agent de la CIA travaillant à contrer le développement d’armes nucléaires par l’Iran.

Il est temps pour les Démocrates au Congrès de monter d’un cran et de destituer le Vice Président Richard Bruce Cheney.

Il y a assez d’éléments qui sont apparus au cours de ce procès, qui rendent clair le fait que Cheney était complètement impliqué dans l’opération dont a été victime Valérie Plame Wilson.

Le Vice Président des Etats-Unis n’a pas à dévoiler l’identité d’agents de la CIA !

C’était un crime majeur, et le Congrès pourrait procéder à une destitution si il en avait l’intention. Une condamnation par la Chambre des représentants pourrait, je le crois, être aisément obtenue. Le Sénat sera plus difficile à convaincre, compte tenu du pouvoir qu’y ont les Républicains. Mais les républicains auraient voté pour destituer Nixon. Pourquoi pas Cheney ?

À cette grande occasion dans laquelle la justice a été enfin rendue, j’ai pensé que les lecteurs pourraient apprécier la réimpression d’un article du 10 février 2006, donnant mon explication de l’histoire de l’uranium Nigerien et de la manière dont elle a mené à la chute de Libby.

Quand Cheney autorisait Libby à dévoiler des documents classés...

Il était une fois, un ancien agent des services de renseignement militaire italiens nommé Rocco Martino, ayant une certaine expérience concernant le Niger, qui a eu en sa possession des documents fabriqués frauduleusement.

Ceux-ci prétendaient que les irakiens avaient acheté de l’uranium au Niger en 1999. En fait, les signatures étaient celles d’officiels nigériens qui étaient au pouvoir une décennie plus tôt à la fin des années 1980.

Il s’agissait donc de faux peu convaincants. Martino les a passés au magazine Italien Panorama, qui à son tour les a transmis à l’ambassade US.

Karl Rove, Le conseiller politique en chef du Président George W. Bush, avait une connexion indirecte avec les services de renseignement Italien.

Le conseiller en chef de Rove sur la politique iranienne, est un Neoconservateur enfièvré et va-t-en guerre notoire : Michael Ledeen, qui a d’anciennes connexions avec les officines les plus douteuses des services Italiens.

Le Vice Président Richard Bruce Cheney a entendu parler du prétendu achat d’uranium .

Cheney a demandé au directeur de la CIA, George Tenet de jeter un coup d’oeil sur ces allégations.

Le dossier a été transmis à la Direction des Opérations, une unité secrète travaillant sur la prolifération.

Parmi les agents de terrain de ce service se trouvait Valérie Plame Wilson, qui avait passé sa vie à combattre la prolifération d’armes de destruction massive sous couvert d’une société factice.

Valerie Plame Wilson était mariée à l’ancien Ambassadeur US Joseph Wilson IV, qui avait courageusement occupé le poste d’ambassadeur temporaire en Irak en 1990. Menacé par Saddam, il avait convoqué une conférence de presse à laquelle il s’était présenté portant autour du cou un noeud coulant à la place d’une cravate. Le Président George H.W. Bush l’avait à l’époque vivement félicité.

Joe Wilson avait non seulement servi en Irak, il avait également été ambassadeur en Afrique de l’ouest, au Gabon et à Sao Tomé, et parlait couramment le français. Quand les supérieurs de Plame Wilson ont évoqué la possibilité de dépêcher son mari, en mission non-officielle pour vérifier la plausibilité du rapport disant que Saddam avait acheté l’uranium Nigérien, elle a été consultée et a donné son accord - à titre consultatif, car elle ne faisait pas une partie du circuit de décision.

Il y est allé, et a rapidement découvert que l’industrie de l’uranium au Niger était sous le contrôle de fait des compagnies françaises et strictement surveillée.

Il était impossible que des fonctionnaires nigériens corrompus procèdent à des ventes d’uranium sous la table.

Une mission militaire séparée, menée par le Général de marine Carlton Fulford Jr, commandant de l’EUCOM (United States European Command), est allée au Niger le même mois, en février 2002.

Fulford est rapidement arrivé à la même conclusion que Wilson, à savoir qu’il était invraisemblable qu’Al-Qaeda ou n’importe qui d’autre puisse secrètement acheter de l’uranium au Niger.

Wilson est revenu et a effectué un compte rendu oral auprès de personnes qui ont écrit leur rapport a Tenet, comptant sur le fait que Tenet le transmettrait à son tour aux hauts fonctionnaires de l’administration Bush.

Wilson a été stupéfait en s’apercevant que l’histoire de l’uranium du Niger était utilisée dans le discours de Bush sur l’état de l’Union.

Puis Libby avait voulu que le secrétaire d’Etat Colin Powell mentionne une soi-disant connexion entre Saddam et Al-Qaeda devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Powell a été également pressé par quelqu’un d’évoquer l’histoire de l’uranium du Niger.

On rapporte que Powell a alors hurlé, « je ne vais pas lire cette connerie ! »

Libby semble avoir été d’une grande influence sur le contenu du discours tenu par Powell, et dont presque chaque détail était dépourvu de fiabilité, au point que les fonctionnaires des Nations Unies qui l’ont entendu s’en sont ouvertement moqué.

Après la guerre, Wilson a écrit une tribune dans la rubrique opinion du New York Times dans lequel il a révélé sa mission et a nouveau mis en doute l’affirmation de l’administration Bush selon laquelle l’Irak avait en cours un programme d’armes nucléaires.

Cheney était extrêmement en colère contre l’article de Wilson, considérant qu’il insinuait que c’était lui qui avait personnellement envoyé Wilson en mission, pour ensuite ignorer son rapport. Wilson n’avait pourtant rien dit de tel dans l’article. Il avait simplement mentionné que Cheney avait demandé à Tenet d’examiner l’histoire, ce que Cheney avait probablement fait.

Cheney s’inquiètait : si l’opinion publique américaine devenait convaincue qu’il n’y avait aucune arme de destruction massive en Irak, l’effort de guerre s’effondrerait, en même temps que tous ces milliards de contrats sans offre d’appel pour Halliburton.

Il est désormé avéré que Cheney a alors autorisé Libby à organiser des fuites en direction de la presse, révélant le contenu d’un document classifié issu des services secrets : l’Evaluation du Renseignement National de 2002 (NIE).

Le NIE, qui a pu avoir été produit sous la pression de Cheney lui-même, avait à tort suggéré que l’Irak n’était qu’à seulement quelques années d’obtenir l’arme nucléaire. En fait, après le début des années 90, l’Irak n’avait plus du tout de programmes d’armes car ils avaient été démantelés par les inspecteurs de l’ONU. Le NIE d’avant-guerre ne contenait de toute façon que des renseignements datés et erronés, qui ont été contredit par l’équipe de David Kay [1] sur le terrain en l’Irak après la guerre ....

Libby commença alors à raconter aux journalistes que l’épouse de Wilson travaillait pour la CIA - une informations classifiée « secret », puisqu’elle était un agent agissant sous une couverture.

Karl Rove s’est engagé dans la même voie. Apparemment Cheney, Rove et Libby (et Bush ?) ont cru que la crédibilité de Wilson serait minée s’il pouvait être suggéré aux médias de Washington que son histoire émanait de la CIA.

Le journaliste Robert Novak a utilisé l’information qui lui a été communiquée par le personnel de la Maison Blanche et a révélé que Valerie Plame Wilson était un agent opérant clandestinement. Sa carrière a alors été ruinée. Tout ses contacts dans l’ensemble des pays du Sud ont été mis hors jeu, et leurs vies mises en danger. Le projet méthodique de la CIA pour lutter contre les armes de destruction massive s’est effondré.

La même administration qui s’est rendu responsable de ce fait et qui devrait pouvoir écouter nos appels téléphoniques à des fins de sécurité nationale, a délibérément compromis les objectifs de sécurité des USA pour de mesquins buts politiques, qui ont mis en péril la sécurité de tous.

Et il est très probable est que les crimes de Bush, Cheney, Libby et Rove jusqu’ici révélés ne soient que la partie visible de l’iceberg..


Publication originale Juan Cole, traduction Karim Loubnani pour Contre Info

Illustration : Valérie Plame Wilson, espionne.



[1] David Kay dirigeait l’équipe américaine chargée de retrouver les armes inexistantes de Saddam Hussein après l’invasion de 2003.



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http://contreinfo.info/article.php3?id_article=681
 
 
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