Dans son discours d’adieu le président de la République a adressé ses derniers conseils aux Français, sous la forme de « messages » esquissant le programme d’une politique aux antipodes du projet défendu par Nicolas Sarkozy.
Fustigeant le poison du racisme, qui divise et détruit, rappelant l’importance du « modèle Français », insistant sur la place particulière de la France dans le monde, née de son héritage historique, qualifiant d’immoral et dangereux un libéralisme sans frein, Jacques Chirac s’est posé en défenseurs des valeurs républicaine de solidarité, rappelant les enjeux essentiels selon lui à la veille de l’élection.
Il était difficile de ne pas entendre dans ce playdoyer, qui débutait emblématiquement par la condamnation du racisme et de la division au lendemain même de l’annonce de la création d’un ministère aux relents pétainistes, une condamnation implicite des choix politiques martelès par le prétendant à la succession de son camp.
Nicolas Sarkozy qui prône un libéralisme décomplexé, une politique autoritaire et parfois discriminatoire contre les immigrés, qui oppose sans cesse les Français qui se lèvent tôt aux autres et qui, last not least, est allé cherché adoubement auprès de George Bush en appelant au réalignement avec les USA, ne correspond guère au portrait du candidat idéal tracé par Jacques Chirac.
François Bayrou ne s’y est d’ailleurs pas trompé en jugeant les propos du chef de l’Etat :
« très durs à l’égard de Nicolas Sarkozy sur le fond »
« Il y avait le rappel des valeurs qui sont les miennes et que je défends »
« C’est la ligne politique qui est la mienne. C’est aussi celle de la majorité des Français, où peuvent se retrouver gaullistes, démocrates, sociaux-démocrates, écologistes »
Quant au bilan, si Jacques Chirac l’a décliné comme la liste de ses fiertés, il n’en reste pas moins bien maigrelet. Loi sur le voile, réformes des retraites, sécurité, aides aux handicapés, et un très contestable satisfecit sur le chômage, c’est un peu court après douze ans d’élysée.
Reste bien sûr l’international, où le courage et la clairvoyance manifestés lors de la crise Irakienne sont incontestablement à porter à son actif.
Mais sans George Bush, que resterait-il de Chirac ?
Les principaux extraits de l’allocution
Le bilan
Je suis fier du travail que nous avons accompli ensemble. Fier d’avoir restauré avec vous des valeurs républicaines essentielles, comme le principe de laïcité.
Fier d’avoir conduit des réformes importantes, pour garantir nos retraites ou mieux aider les personnes âgées dépendantes et les personnes handicapées.
Fier d’avoir combattu sans relâche l’insécurité et fait reculer la délinquance.
Fier de voir les Françaises et les Français engagés sur les chemins de l’innovation et de l’avenir.
Fier surtout d’avoir montré que, contre le chômage, il n’y avait pas de fatalité. Même s’il faut aller beaucoup plus loin, le chômage est au plus bas depuis un quart de siècle.
La France tient son rang. La France affirme sa place dans le monde.
Contre le Racisme
Ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre. Dans notre histoire, l’extrémisme a déjà failli nous conduire à l’abîme. C’est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit. Tout dans l’âme de la France dit non à l’extrémisme.
Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c’est celui de l’unité, c’est celui de la cohésion. Oui, nos valeurs ont un sens ! Oui, la France est riche de sa diversité ! Oui, l’honneur de la politique, c’est d’agir d’abord pour l’égalité des chances !
Croire en la France Nous avons tant d’atouts. Nous ne devons pas craindre les évolutions du monde. Ce nouveau monde, il faut le prendre à bras-le-corps. Il faut continuer à y imprimer notre marque. Et il faut le faire sans jamais brader notre modèle français. Ce modèle, il nous ressemble. Et surtout il est profondément adapté au monde d’aujourd’hui, si nous savons le moderniser en permanence.
La France n’est pas un pays comme les autres
Elle a des responsabilités particulières, héritées de son histoire et des valeurs universelles qu’elle a contribué à forger. Ainsi, face au risque d’un choc des civilisations, face à la montée des extrémismes notamment religieux, la France doit défendre la tolérance, le dialogue et le respect entre les hommes et entre les cultures. L’enjeu : c’est la paix, c’est la sécurité du monde.
De même, il serait immoral et dangereux de laisser, sous l’effet d’un libéralisme sans frein, se creuser le fossé entre une partie du monde de plus en plus riche et des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés à la misère et au désespoir. Le devoir de la France, c’est de peser de tout son poids pour que l’économie mondiale intègre la nécessité du développement pour tous.
la révolution écologique qui s’engage
Si nous ne parvenons pas à concilier les besoins de croissance de l’humanité et la souffrance d’une planète à bout de souffle, nous courons à la catastrophe. C’est une révolution dans nos esprits tout autant qu’à l’échelle mondiale qu’il faut mener. Pour concevoir un nouveau mode de relation avec la nature et inventer une autre croissance. Avec sa recherche, avec ses entreprises, avec son agriculture, avec l’avance qu’elle a prise dans le nucléaire et les choix résolus qu’elle a faits dans les énergies renouvelables, la France a tous les atouts pour relever ce défi majeur du XXIe siècle.

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