Les USA vivent à crédit depuis de nombreuses années et empruntent au monde entier pour financer leur consommation. Que se passera-t-il lorsque les prêteurs feront défaut ? En décembre 2006, pour la première fois, les investisseurs étrangers n’ont pas été au rendez vous.
Bush a dépensé tout le capital réel des Etats-Unis
par William A. M. Buckler, Australie
En décembre dernier, l’afflux net de fonds étrangers investis en titres des Etats-Unis est tombé à 15,6 milliards de dollars. Il s’agit du chiffre le plus faible enregistré depuis près de cinq ans.
Où est votre argent ? Nous en avons besoin !
Cet afflux de fonds étrangers doit satisfaire aux besoins des Etats-Unis. Chaque jour ouvrable, le pays a besoin de quelque 3,5 milliards de dollars pour financer le déficit de sa balance des paiements courants, qui s’est élevé à presque 875 milliards par année durant les trois premiers trimestres de 2006. L’épargne intérieure faisant défaut, la demande de fonds des Etats-Unis dans le reste du monde a augmenté considérablement, absorbant ces dernières années environ 70% de l’épargne excédentaire mondiale. Or l’afflux de fonds étrangers vers les Etats-Unis a cessé.
Ainsi qu’une commission du Sénat l’a relevé, même une légère diminution de cet afflux - pour ne pas parler d’un arrêt ni d’une liquidation de titres causant un reflux - entraînerait une chute du cours du dollar.
Un fait alarmant : le déficit commercial des Etats-Unis
En 2006, le déficit commercial des Etats-Unis a battu le cinquième record mondial consécutif et atteint 836 milliards. Dépassant le déficit record de 504 milliards accusé en 2005, la balance des échanges de produits manufacturés des Etats-Unis s’est soldée par un déficit de 536 milliards en 2006.
Les pays sans outils sont stupides
L’investissement aux Etats-Unis est en train de s’effondrer. Ces trois derniers trimestres, l’investissement, surtout en nouveaux équipements, a ralenti sensiblement. En moyenne annuelle des trois derniers trimestres de 2006, ces dépenses n’ont augmenté que de 1,4%, contre un taux annuel de 9,5% durant les deux années précédentes. Cette évolution est le contraire du capitalisme.
Le Département du Trésor des Etats-Unis dissipe tout doute possible
Le rapport du Département du Trésor, révélant qu’un reflux de fonds étrangers de 11 milliards avait eu lieu en décembre, a déstabilisé les marchés financiers des Etats-Unis. De 84,9 milliards en novembre (chiffre révisé), les achats d’actions, de notes et d’obligations américaines par des investisseurs étrangers sont passés à 15,6 milliards net en décembre. Déduction faite de ventes par ces investisseurs de titres américains à court terme, tels les bons du Trésor et reconnaissances de dettes, ainsi que des swaps de titres, on obtient une vente nette par les investisseurs étrangers de 11 milliards. Actuellement, des étrangers détiennent des titres américains de tous types pour un montant qui dépasse 14 000 milliards. S’ils perdaient confiance dans leurs investissements aux Etats-Unis et commençaient à liquider, aucune instance ne pourrait les dissuader d’arrêter ce qui pourrait être l’une des plus grandes débâcles financières de tous les temps.
Si l’afflux de fonds cesse
Si l’argent étranger cesse d’alimenter le système financier des Etats-Unis, les modalités internes des crédits se détérioreront aux Etats-Unis, puisque les fonds qui affluaient seront absents. Ils ne pourront plus être dépensés ni prêtés. Si la Réserve fédérale, dirigée par Bernanke, veut s’y opposer, elle devra remplacer les fonds étrangers qui manquent. Si elle s’en abstient, les marchés monétaires des Etats-Unis réagiront et les taux d’intérêt monteront dans le pays.
Deuxième effet au sein du système financier américain : les cours des titres de tous les types fléchiront. La demande étrangère antérieure, qui se chiffrait à près de 1 000 milliards par an, disparaîtra. Le troisième effet sera une diminution de la demande de dollars. Elle aura lieu dans le monde entier, car près de 1000 milliards de demande étrangère annuelle auront changé de destination.
Aucun changement en vue, à moins que les Etats-Unis ne changent de politique
Si les Etats-Unis ne se résolvent pas à changer de politique de crédit et de politique monétaire, la machine à crédits continuera de générer de nouveaux prêts internes, dont le montant sera évidemment dépensé. Comme une partie des achats portera sur des biens étrangers, les énormes déficits de la balance commerciale et de la balance des paiements courants ne diminueront pas beaucoup. L’actuel reflux de dollars se poursuivra, mais la demande mondiale de billets verts fléchira. Des effets de change s’ensuivront. La valeur mondiale du dollar chutera.
Si les fonds étrangers quittent le pays ...
Le souvenir des 11 milliards qui ont quitté le système financier des Etats-Unis en décembre se perdra sans doute dans la brouhaha quotidien qui agite les marchés financiers. Mais si ce reflux atteint 50, 100 ou 500 milliards par mois, le système financier américain - tout comme le dollar - pourrait être victime d’un terrible conflit. Les dernieres études mondiales indiquent que les détenteurs étrangers de titres américains en possèdent pour un montant qui dépasse 14 000 milliards. Pour leur part, les Etats-Unis possèdent des avoirs, titres et biens à l’étranger d’une valeur excédant 9 000 milliards. La différence constitue l’endettement net des Etats-Unis dans le monde, estimé actuellement entre 4 100 et 4 700 milliards.
Si vous commencez à vendre, nous devrons en faire autant
Si les détenteurs étrangers actuels de titres américains commencent à accélérer la liquidation, le système financier des Etats-Unis devra réagir par la vente de ses propres avoirs à l’étranger afin de recueillir des liquidités pour couvrir ces ventes de l’étranger. Là se trouve le réel danger mondial. Cette situation pourrait facilement aboutir à une liquidation mondiale mutuelle et destructive. C’est précisément ce type d’événements qui s’est révélé si destructeur au début des années trente.
Les ordres de remboursement passés d’un pays à l’autre ont abouti à des ventes massives de titres de tous types. Des ventes d’urgence de biens ont suivi, ce qui a conduit à une chute des prix. Au total, de nombreux prêts apparemment fiables et maintes entreprises solides sont tombés en déconfiture. A leur tour, des banques et d’autres bailleurs de fonds ont été atteints et se sont également effondrés.
Marcher au bord du gouffre
L’économie mondiale est comme une automobile roulant entre deux précipices, avec les Etats-Unis au volant. Si le conducteur levait le pied de la pédale d’accélération du mécanisme de crédit, il déclencherait la récession aux Etats-Unis qu’il a tenté si longtemps d’éviter. Si les étrangers retiraient leur argent de l’économie et du système financier des Etats-Unis, le résultat serait identique et le pays ferait face à la récession. Les théories économiques et l’enseignement de l’histoire montrent qu’une telle récession est inévitable. Pour l’empêcher, les Etats-Unis peuvent accélérer l’expansion de leurs crédits et accroître encore le déficit de leur balance commerciale et de leur balance des paiements courants, priant les étrangers de continuer à acheter et à rembourser leur monnaie aux Etats-Unis. C’est ce qui s’est passé depuis que les Etats-Unis ont flirté avec la récession à partir de l’an 2000 et que la Réserve fédérale, dirigée par Greenspan, a abaissé son taux directeur à 1%, accélérant ainsi l’expansion du crédit.
Conséquences économiques d’une transformation du commerce extérieur américain
La détérioration croissante de la balance commerciale américaine rend une forte récession aux Etats-Unis absolument inévitable, dès lors que les bailleurs de fonds étrangers arrêtent de prêter et commençent même à retirer leurs fonds. Le problème ne se limite pas aux Etats-Unis. Les pays dont les exportations indispensables à l’économie nationale dépendent des Etats-Unis feront également face à une récession. Ces récessions « complémentaires », qui toucheront les Etats-Unis et de nombreuses nations exportatrices autour de la planète, se nourriront les unes les autres. Il est consternant, mais vrai, que ce fait soit déjà avéré et que cela perdurera. C’est une réalité devenue incontestable depuis que les Etats-Unis se sont risqués sur la voie d’une expansion toujours plus forte du crédit. Depuis lors, le résultat final était prévisible. La seule question était de savoir quand cet événement aurait lieu. Les flux monétaires qui convergent du monde entier vers les Etats-Unis sont la cause fondamentale de cette situation. Observez ces flux, ils constituent un indicateur essentiel.
Où est l’argent gagné ?
Pour la première fois depuis 2002, les sociétés qui font partie de l’indice Standard & Poor-500 ne sont pas parvenues à accroître leur bénéfice d’un pourcentage à deux chiffres. Selon S & P, l’écart entre les résultats et les prévisions a atteint depuis deux ans des proportions jamais observées. La croissance des bénéfices de ces sociétés a été juste au-dessous de 10% au quatrième trimestre de 2006, incitant à penser que la période de taux de croissance à deux chiffres qui a duré dix-huit mois touche probablement à sa fin. Les taux des prévisions relatives au premier trimestre de l’année en cours ont été réduits. D’après le Thomson Financial, le consensus des analystes questionnés table sur une croissance des bénéfices de 4,6% au premier trimestre de 2007. Deux mois auparavant, le taux correspondant était de 8,7%. Diminuant de moitié au premier trimestre, le taux de croissance des bénéfices aux Etats-Unis fait entrer le marché des actions dans une période dangereuse.
La géopolitique de la récession en vue aux Etats-Unis
Le monde entier regarde. En Europe, au Japon, en Russie et en Chine, ils regardent. C’est un truisme s’appliquant à tous les empires passés - et les Etats-Unis sont certainement un empire, avec leurs multiples bases militaires éparpillées sur l’ensemble de la planète - que d’affirmer que le reste du monde attend le premier signe de faiblesse de l’empire avant de se mettre à son compte. Une récession serait un tel signe. Aucun empire mondial n’est parvenu à se maintenir sans s’appuyer sur une forte économie. Le président Bush a dilapidé cette économie. Il a dépensé le vrai capital des Etats-Unis. •

Economie
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