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France Elections 2007
Mis à Jour le : 12 avril 2007  13:37
Nicolas Sarkozy se déclare victime d’une migraine génétique
12 avril 2007

Le candidat de l’UMP revient sur sa marotte génétique et affirme que homosexualité, autisme, migraine, et plus généralement identité sont innées. En totale contradiction avec l’avis des scientifiques.

Nicolas Sarkozy continue d’affirmer contre toute évidence la prédetermination du comportement par l’inné. Cet entêtement pose question. Loin d’être une bévue de campagne, une hypothèse hasardeuse émise dans le feu du débat, l’insistance à revenir sur ce thème, à soutenir ces vues, démontre qu’il s’agit là d’une « conviction » profonde pour cet homme.

Les jours derniers de nombreuses personnalités, scientifiques, hommes d’église, politiques, se sont élevées contre ce qu’elles considèrent comme une résurgence des théories eugénistes de sinistre mémoire.

Contre Info a également pris parti sur le sujet, jugeant que Nicolas Sarkozy avait franchi une frontière inquiètante, remettant en cause sa légitimité à solliciter la confiance des français pour occuper la magistrature suprême.

Aujourd’hui, le débat est relancé par l’entretien que le candidat a accordé à Libération, dont nous reproduisons ci-dessous un extrait, suivi par un résumé de l’avis de deux biologistes aux compétences incontestables sur ces thèses que la science a définitivement rejetées.

Entretien

Extrait d’un entretien accordé à Alain AUFFRAY, Renaud DELY, Antoine GUIRAL, Laurent JOFFRIN, Paul QUINIO, pour Libération.

Pourquoi avoir déclaré que la pédophilie était génétique ?

Je n’ai pas dit exactement cela. J’ai expliqué que tout ne dépendait pas de l’acquis, mais qu’une partie pouvait être de l’inné. Dans quelle proportion ? Je ne suis pas savant. Par exemple, quand j’étais enfant, j’étais choqué parce que l’on expliquait, quand un enfant était homosexuel : « Sa mère a eu tort, elle a dormi avec lui ». Quand un enfant était anorexique, on disait : « Le père était absent. » Quand un enfant était autiste, on disait : « Oh là ! Les parents ont divorcé, cela a provoqué un choc. » Depuis, on sait que l’autisme, c’est génétique. Je pense aussi que la sexualité est une identité.

Vous avez dit que vous étiez né hétérosexuel...

Oui, je suis né hétérosexuel. Je ne me suis jamais posé la question du choix de ma sexualité. C’est pour cela que la position de l’Eglise consistant à dire « l’homosexualité est un péché » est choquante. On ne choisit pas son identité. Vous, à quinze ans, vous vous êtes demandé : « Au fond, suis-je homosexuel ou hétérosexuel ? »

Vous pensez qu’on exagère la part de l’acquis dans la mentalité contemporaine ?

On a l’identité qu’on a. De la même façon qu’il y a des gens qui ont tendance à grossir et d’autres pas, des chauves et des chevelus, des petits et des grands... Nous sommes six millions de migraineux. C’est totalement héréditaire. Ma mère était migraineuse, mes fils sont migraineux. C’est un patrimoine génétique.

Pseudo science sans fondement

Les théories reprises par Nicolas Sarkozy sont d’origine américaine et ont connu une certaine vogue il y a une vingtaine d’années. Certains scientifiques prétendaient alors que la génétique expliquait le comportement humain, et affirmaient avoir découvert un gène de la criminalité. Ces conceptions, plus préoccuppées d’idéologie que de preuves factuelles, ont été depuis largement reconnues pour ce qu’elles sont : des extravagances.

Dans un livre récent, « Ni Dieu ni gène », Jean-Jacques Kupiec  [1] et Pierre Sonigo [2], se sont attachés à réfuter ces vues.

Voici la présentation de leur ouvrage sur Amazon :

La génétique est l’objet de telles campagnes médiatiques qu’on finirait presque par oublier qu’elle n’est qu’une partie d’une science plus vaste, la biologie. Deux chercheurs dénoncent l’intox et la poudre aux yeux.

L’ADN, disent-ils, ne détient en rien les clés de notre destinée, et l’organisme vivant est autrement plus passionnant à étudier et comprendre qu’un mécanisme chimique prédéterminé. À tous les niveaux du vivant, du virus à la bactérie et de la cellule à l’organe, c’est le hasard qui lance les dés, et la sélection naturelle qui décide de la survie de tel ou tel descendant.

D’une certaine façon, chacun de nous n’est qu’une des multiples possibilités évolutives résultant de la fusion d’un ovule et d’un spermatozoïde. Et notre corps, loin d’être un tout centralisé, est en fait une société décentralisée de cellules parfaitement individualistes, et ne collaborant à la survie du tout en question (nous...) que si elles y trouvent leur compte. Un superbe - et salutaire - renversement de point de vue !

Présentation de l’éditeur

Qu’est-ce qu’une espèce ? Comment se développe un embryon ? Comment comprendre l’obésité, le cancer ou le sida ? Les progrès de la biologie moléculaire nous ont persuadés que, tel un créateur tout puissant, le génome construit l’organisme et en est l’explication ultime.

Deux chercheurs montrent ici que, de la molécule à l’Homme, en passant par les cellules et les virus, la vie repose sur des interactions libres guidées par la sélection naturelle et non sur la dictature d’un dieu-programme inscrit dans l’ADN.

Nous ne sommes plus, depuis Copernic, au centre de l’univers, ni depuis Darwin, au sommet de la création. Voilà que nous ne sommes pas non plus le centre, ni la finalité de notre propre organisme, mais une société décentralisée de cellules. Ni Dieu ni gène... Le déterminisme fait place à la liberté et la biologie n’en devient que plus passionnante.


[1] Jean-Jacques Kupiec est Docteur en biologie, auteur d’une théorie du développement de l’embryon et de travaux sur la philosophie de la biologie. Il poursuit ses recherches à l’INSERM. 

[2] Pierre Sonigo est Docteur en biologie et en médecine. Il est l’un des pionniers de la recherche sur le sida et dirige le laboratoire de génétique des virus à l’Institut Cochin.


Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=816
 
 
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