« Qu’est-ce qu’Einstein, Mahatma Gandhi, Ehoud Olmert et, oui, moi, avons tous en commun ? Nous pourrions chacun être accusés de racisme », selon la définition de l’antisémitisme rédigée par une agence européenne. Arthur Neslen, journaliste juif de Tel Aviv, pointe le ridicule d’un politiquement correct qui gomme la frontière entre critique du sionisme et antisémitisme.
Qu’est-ce qu’Einstein, Mahatma Gandhi, Ehoud Olmert et, oui, moi, avons tous en commun ? Nous pourrions chacun être censurés pour racisme selon la « définition de l’anti-sémitisme » de l’observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC en anglais) [1] qui été adoptée la semaine dernière par l’Union Nationale des Etudiants du Royaume-Uni [2] en tant que règle officielle.
Cette définition a récemment évincé toute celles qui existaient avant elle, se voyant approuvée par tous et partout, du All Party Parliamentary Report on anti-semitism au délégué spécial pour la lutte contre l’anti-sémitisme du Département d’Etat américain. Le gouvernement britannique a promis de réexaminer sa propre définition de l’anti-sémitisme si l’organisme successeur de l’EUMC, la Fundamental Rights Agency, ratifie cette nouvelle lingua franca .
Il est vraiment quelque peu choquant de découvrir que cette définition a été en grande partie rédigée par un partisan d’Israël, qui donne des conférences sur la façon de gommer la distinction entre l’anti-Sionisme et la haine du juif.
Kenneth Stern est l’expert du Comité Juif Américain sur les questions d’anti-sémitisme. Dans « Définir l’antisémitisme » une étude publiée par l’institut Stephen Roth de l’université de Tel Aviv, il a expliqué comment il a développé le projet de définition « avec d’autres experts » lors du deuxième semestre de 2004.
En substance, il s’agissait pour lui de mettre sur le même plan la haine religieuse et raciale des juifs avec ce qu’il a appelé l’anti-sémitisme « politique ».
L’antisémitisme, déclarait-il, s’est montré « ces dernières années sous les traits de l’anti-sionisme, qui traite Israël comme l’était le juif classique ». Parmi les antisémites politiques pourraient ainsi se trouver, par exemple, ceux qui « cherchent à disqualifier Israël du statut de partenaire à part entière de la communauté des nations », par le biais d’initiatives de boycott, sans doute...
Naturellement, comparer Israël à l’ancienne Afrique du Sud ségrégationniste est également, dans l’optique de Kenneth Stern, « une expression d’antisémitisme ».
Son organisation, l’AJC, affirme que pendant la période de consultation, l’EUMC a accepté son invitation de tenir une réunion au sujet de cette définition. À la différence de certains autres contributeurs juifs au processus de consultation, la déclaration d’intention de l’AJC range le soutien de la « recherche de paix et de sécurité d’Israël » et la lutte contre le « traitement d’Israël aux Nations Unies » parmi ses principales préoccupations.
Mais Stern semble être tout particulierement intéressé à discréditer l’anti-sionisme. Le programme de la réunion sur l’ « anti-sémitisme et l’anti-Sionisme » qu’il donne le mois prochain, informe qu’il traitera de la question suivante : « Quels sont les ingrédients essentiels des stratégies pour combattre l’anti-Sionisme et l’anti-sémitisme ici et à l’étranger ? »
Au risque de paraître léger, je dirais que le fait de persuader les décisionnaires politiques de brouiller la différence entre les deux notions dans cette définition pourrait être un bon début. Et c’est précisément ce que l’EUMC vient de faire.
Son rapport commence ainsi : « L’antisémitisme est une perception donnée des juifs, qui peut prendre la forme de la haine à l’encontre des juifs ». Une telle perception peut inclure des diffamations stéréotypées ou déshumanisantes, par exemple « au sujet des juifs en tant que tels ou du pouvoir des juifs pris collectivement - tels, en particulier, mais non exclusivement, le mythe d’une conspiration juive mondiale, ou de juifs contrôlant les médias, l’économie, le gouvernement ou toute autre institution sociale. »
Mais cela peut inclure également une litanie de critères habituels des lobbyiste, tels :
Le fait de dénier au peuple juif sont droit à l’autodétermination, notamment en affirmant que l’existence d’un Etat d’Israël est le résultat d’une action raciste. [3]
Appliquer le " deux poids, deux mesures " en exigeant d’Israël un comportement que l’on n’attendrait ni a fortiori n’exigerait d’aucune nation démocratique autre que lui.
Comparer la politique israélienne actuelle à celle des nazis.
Tenir les juifs collectivement responsables des actions de l’état d’Israël.
Les militants juifs en faveur de la paix ont toujours tenu à ce dernier point, se dissociant des crimes de guerre commis en leurs noms.
Malheureusement, Ehoud Olmert n’a pas été aussi prudent quand il a déclaré le 7 juillet aux Communautés Juives Unies que l’invasion du Liban était « une guerre menée par tous les juifs ».
Tenant compte de cette nouvelle norme toutefois, il pourrait s’agir d’un « double standard » antisémite si on le soumet à la critique alors même que les mots perfides de l’ancien leader indien Mahatma Gandhi sont encore enseignés dans les écoles britanniques. En effet, en 1938, Ghandi a déclaré qu’il pensait que la « Palestine appartient aux Arabes de la même manière que l’Angleterre appartient aux anglais ou la France au Français. » Se privant ainsi lui-même du droit de parole dans une université britannique aujourd’hui.
Einstein quant à lui se ferait littéralement tailler en pièces. Après le massacre de Deir Yassine où plus de 250 civils palestiniens ont été tués en 1948, il a signé une lettre [4] au New York Times décrivant le parti Herout (ancêtre du Likoud) comme « étroitement apparenté dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son message social aux nazis et aux partis fascistes » [5]. Son chef d’alors (et futur premier ministre d’Israël) Menahem Begin, représentait « les éléments fascistes » en Israël, et son parti avait « ouvertement prêché la doctrine de l’état fasciste ». Ainsi Einstein, échouerait au test de l’EUMC pour avoir « comparé la politique israélienne à celle des nazis. »
Mais même des forces bien supérieures à Einstein pourraient elles aussi échouer lamentablement à l’examen de Stern.
Après tout, dans le Lévitique 25:23, Dieu a ordonné à Moïse de dire aux juifs que « la terre est mienne ; vous n’êtes que des locataires et des voyageurs ». De quoi s’agit-il sinon de nier aux juifs le droit à leur autodétermination ? Faites Le donc comparaître devant l’AJC, Kenneth...
L’ironie terrible dans cette affaire c’est que, selon les termes de sa plateforme politique actuelle, le British National Party [6] pourrait avoir peu de problèmes avec cette définition de l’EUMC.
Pendant la guerre du Liban, par exemple, Lee Barnes, le responsable des affaires juridiques de la BNP a écrit sur le site Web du parti que « En tant que nationaliste je peux dire que je soutiens Israël à 100% dans leur conflit avec le Hezbollah. En fait, j’espère qu’ils effaceront le Hezbollah de la carte libanaise et les bombarderont jusqu’à ce qu’ils laissent de grands cratères boueux dans les villes, là où leurs quartiers d’islamistes extrémistes de la terreur se trouvaient dans le passé. »
Ainsi Lee Barnes passerait le test de l’EUMC. Par comparaison, les juifs anti-Sionistes (tels que ma propre personne) qui ont été physiquement attaqués par des dirigeants du BNP et soumis à des campagnes anti-sémites pourraient avoir à faire face à la censure ou pire. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Bien sûr, il existe quelques palestiniens qui parlent des « Yehouds » sur un ton dépréciateur, citent sans précaution des textes diffamatoires et font des déclarations idiotes sur l’holocauste.
Mais c’est ce qui advient au langage lorsque quelqu’un est pris à la gorge. Les noirs victimes de la ségrégation dans le sud des USA traitaient les blancs de « honkys » et le mouvement de Malcolm X « Nation of Islam » prêchait qu’un scientifique maléfique du nom de Yaqub (Jacob) avait créé la race blanche lors d’une expérience de laboratoire qui avait mal tourné. Ceci n’en fait pas pour autant des racistes.
Naturellement, quand des franges lunatiques du mouvement pro-Palestinien tentent de forger des alliances avec des néo-nazis gommant ainsi la distinction entre juifs et sionistes, elles devraient être combattues. Mais c’est rendu beaucoup plus difficile par les idéologues sionistes et les bureaucrates de Bruxelles qui, pour différentes raisons, brouillent exactement les mêmes distinctions, mais plus efficacement.
Voila pourquoi personne ne devrait être intimidé de défier ces nouvelles règles affreuses.
Pour paraphraser la vieille plaisanterie sur les féministes : Combien faut-il de lobbyistes pro-Israel pour changer la définition usuelle d’une ampoule lumineuse ? Un seul, et ce n’est pas anti-sémite de le dire.
Arthur Neslen est un journaliste travaillant à Tel Aviv. Premier employé juif de Aljazeera.net et ancien de la BBC, Neslen a contribué à divers organes de presse ces dernières années, y compris le Guardian, l’Observer, l’ Independent et Red Pepper.
Sur le net
Le site de l’observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (en anglais EUMC), rebaptisé Agence des Droits Fondamentaux (FRA) depuis le 1er mars.
FRA
La définition de l’EUMC Version anglaise PDF
Traduction CFCA
La protestation émise par l’association « Les Juifs Européens pour une Paix Juste » contre la proposition de définition de l’EUMC.
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