« Nicolas Sarkozy ne serait pas la solution à nos problèmes. il serait leur aggravation. Plus de pouvoir personnel, plus d’inégalités sociales, plus de désordre mondial ». L’ancien directeur de la rédaction du journal Le Monde fait part de ses craintes face à l’hypothèse d’une accession de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République. Vidéo et transcription.
Interview d’Edwy Plenel
Ma position c’est qu’un journaliste n’a pas à dire son vote. En revanche il peut faire partager son analyse. La mienne, c’est que l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la république aggraverait toutes les crises dont souffre notre pays. La crise sociale d’abord, parce qu’il veut donner beaucoup plus à ceux qui ont déjà trop, à l’oligarchie financière, ou aux grandes fortunes. La crise politique ensuite, parce qu’il veut accentuer un présidentialisme institutionnel qui étouffe à petit feu notre vie démocratique. Et puis la crise internationale, car il a une vision identitaire, communautariste, voire religieuse de la société, celle la même qui nourrit l’affrontement des cultures et la guerre des civilisations.
Pour toutes ces raisons, Nicolas Sarkozy ne serait pas la solution à nos problèmes. il serait leur aggravation. Plus de pouvoir personnel, plus d’inégalités sociales, plus de désordre mondial.
Son principal ennemi, c’est lui-même. Et le principal danger, c’est la rencontre de ce personnage, et des institutions de la cinquième République. Nicolas Sarkozy, tout le monde le dit, tout le monde le sait, a une vision guerrière et égocentrique de la politique. On est avec lui, ou contre lui. on est son obligé ou son ennemi. Il n’y a pas d’entre-deux. Il hystérise la politique. il met en crise, il met en tension, ce qui est le conflit démocratique normal. Or nous savons que nos institutions, cette présidence de la République qu’il brigue, sont potentiellement dangereuses. Nous savons qu’elles donnent des pouvoirs sans équivalents dans aucune autre démocratie, même l’américaine, au président qui sera élu. Nous savons surtout que l’Elysée c’est un bunker. Et qu’une fois élu, on est indéboulonnable. Les exemples de François Mitterrand - 14 ans - et Jacques Chirac - 12 ans - sont là pour nous le montrer.
Alors c’est la rencontre de ce personnage qui met en crise, qui met en tension la politique et de nos institutions si peu démocratiques - qu’il faut changer, qu’il faut radicalement changer - c’est cette rencontre qui est potentiellement très dangereuse.
Je ne cherche pas à convaincre [les électeurs de Nicolas Sarkozy ], je voudrais juste leur faire partager mon témoignage. En tant que journaliste, je peux témoigner que Nicolas Sarkozy n’a pas une vision très pluraliste de la vie médiatique. Je peux témoigner du fait que la normalisation, l’uniformisation du paysage médiatique étaient pour lui un enjeu avant le début de cette campagne électorale. Je peux témoigner que toute sa politique sert a imposer un agenda en réduisant l’indépendance des journalistes. Et je peux encore une fois en témoigner en rappelant à notre pays ce qui est arrivé au moment de Clichy-sous-bois, ou au fond, un mensonge d’Etat est passé dans les médias pendant une semaine, le temps que ce déni de réalité soit ressenti comme une telle injustice, qu’il mette le feu à l’herbe déjà sèche de nos banlieues.
Donc voila ce que je voudrais leur dire. Je voudrais leur dire que la démocratieest un bien précieux, que nous vivons des temps difficiles, compliqués, qu’il faudrait prendre le temps de s’écouter, prendre le temps de faire revivre cette démocratie, prendre le temps d’intégrer à cette démocratie les classes populaires qui sont de plus en plus marginalisées dans toutes leure diversitée, dans toutes leurs origines, et que face à cela il n’y a pas de raccourci, et que le raccourci que leur propose Nicolas Sarkozy est une illusion.

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