France Elections 2007
Mis à Jour le : 30 avril 2007  17:09
Jean Marcel Jeanneney : l’appétit de pouvoir de Sarkozy risque de le conduire à des actions inquiètantes
30 avril 2007

L’ancien ministre du général de Gaulle fait part de ses craintes devant celui qui, dit-il, l’a épouvanté par son art oratoire de tribun - dans le mauvais sens du terme - et sa démagogie. Vidéo et transcription.

Jean Marcel Jeanneney, ministre de l’Industrie du gouvernement Debré, et des Affaires Sociales sous Pompidou nous fait partager ici les réflexions que lui ont inspiré les discours de Nicolas Sarkozy qu’il a écouté, selon ses termes, avec « beaucoup de soin ».

Transcription

Cet appétit de pouvoir - c’est sa raison de vivre de devenir Président de la République - risque de le conduire à des actions inquiètantes.

Et plus encore s’il devient Président de la République, car il pourra plus encore, et il voudra sans aucun doute le pouvoir sans partage. Et il sera capable de l’exercer, en bien ou en mal.

Voila ce qui fait que, l’ayant entendu avec beaucoup de soin dans ses interventions, et pour la première fois lors d’une grande réunion à Saint Etienne, j’ai été à la fois capté par on talent d’avocat, d’orateur, mais épouvanté par sa fougue, son art oratoire qui n’est pas seulement celui d’un avocat, mais celui d’un tribun poussé à son maximum - au mauvais sens du terme - et aussi par sa démagogie. Il y en avait pour tout le monde.

Puis je l’ai suivi dans sa carrière de candidat. Etrange carrière d’ailleurs. Car il se présente comme l’homme d’un renouveau, il dénonce tout ce qui s’est passé avant - il faudrait vraiment un bouleversement politique - alors que l’on est quand même obligé de constaté qu’il a pendant d’assez nombreuses années participé au pouvoir précédent, et ceci dans des postes importants, l’économie et les finances, et plus important encore, l’intèrieur.

Alors, tout cela peu importe ! Peut-être dira-t-il « je n’ai pas fait tout ce que je voulais », mais s’il ne pouvait pas faire ce qu’il croyait bon, alors il fallait quitter le gouvernement. Au contraire il s’y est accroché, au gouvernement, au delà même du convenable.

(...)

Engagement dans la campagne présidentielle

Le choix de Jean Marcel Jeanneney s’est porté sur Ségolène Royal.

Il lui a apporté son soutien dans une lettre ouverte adressée au Nouvel Observateur, que nous reproduisons ci dessous.

Madame, je ne vous ai entendue et vue qu’à la télévision. Mais vos propos, votre manière d’être, ont fait que, depuis plusieurs mois déjà, j’étais enclin à voter pour vous le 22 avril. Ayant lu attentivement votre livre, « Maintenant », je ne doute plus de le faire.

Je suis un très vieux monsieur. Ministre du Général de Gaulle à trois reprises, je fus un des rares qui eurent l’honneur d’être reçu par lui à Colombey, après qu’il eut, en parfait démocrate, démissionné de la présidence de la République parce que désavoué lors du référendum qu’il avait décidé.

Je suis fidèle à sa mémoire. La France, au cours de sa longue histoire, n’a guère eu de chef d’Etat de cette envergure, parfaitement indépendant de toutes les puissances financières et de tous les dogmes politiques, ne se laissant intimider par quiconque, discernant ce qu’allait être l’évolution du monde et percevant ce qu’étaient les intérêts à long terme de son pays.

Mais je n’ai jamais cru à la possibilité d’un gaullisme sans de Gaulle et je me suis vite désolidarisé de ses prétendus héritiers. Cela dit - et sans vouloir vous écraser sous une telle référence en vous assimilant à cette très haute figure - j’ai le goût de vous dire que je constate d’assez nombreuses analogies entre ses idées et les vôtres, telles qu’elles apparaissent au long de vos trois centaines de pages.

D’abord le volontarisme politique , puis l’attachement à la nation , à son passé et à son avenir, comme fondement nécessaire aux solidarités entre les individus vivant sur son sol ; la prise en compte des aspirations populaires mais sans soumission systématique à l’opinion ; l’idée, que de Gaulle énonça dès mars 1968 dans un discours à Lyon, que les activités régionales sont les ressorts de la puissance économique de demain ; encore, le fait que la France, dans un mode menaçant, ne doit pas renoncer à une puissance militaire forte.

Entre vous et lui, il est encore un trait commun : quand on lui exposait un problème de façon abstraite, il vous interrompait : "Alors ! Pratiquement, que proposez-vous ?" Or toujours vous proposez ou esquissez une solution concrète.

J’ajoute que vous rejoignez le général de Gaulle sur trois points, de grande importance. Le premier est la sobriété que vous voulez dans le comportement quotidien de la présidence de la République et du gouvernement. Le deuxième est le recours à l’article 11 de la Constitution, que vous devrez inévitablement utiliser pour modifier celle-ci, en particulier concernant le Sénat. Le troisième est que, comme lui, vous vous appuyez sur un parti, ce qui est indispensable, mais que, comme lui, vous êtes d’un tempérament assez fort pour pouvoir, quand besoin est, vous en affranchir.

Madame la candidate, je vous souhaite de tout coeur bonne chance et vous assure de la grande considération que j’ai pour votre culture gouvernementale, pour votre intelligence, votre sensibilité et votre caractère."

Jean-Marcel Jeanneney


Cette entretien est extrait d’une série de six vidéos proposée par le site BetaPolitique

Référence
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=905
 
 
Dans la même
Rubrique
Dans l'Actualité