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Rappel : De l’huile de moteur dans notre alimentation
mercredi 18 juin

Le Canard Enchaîné via NaturaVox

[Le Canard enchainé, 14 mai 2007] "Achetées en Ukraine, 40000 tonnes d’huile de tournesol coupée au lubrifiant pour moteur ont été distribuées en Europe. Et les produits concernés n’ont pas du tous disparu des rayons français.

Depuis le 5 mai, de mayonnaise, des plats cuisinés, de la vinaigrette industrielle, des conserves à l’huile, etc... préparées avec de l’huile de moteur sont en vente dans les grandes surfaces. Et ce avec la bénédiction des pouvoirs publics et de la Commission européenne. Bien sur, le consommateur n’a pas été informé...

Officiellement, tout commence le 21 avril dernier, quand le groupe Saipol, numéro un français de la transformation des oléagineux et accessoirement propriétaire de Lesieur, prévient la Répression des Fraudes que son usine de Sète, où est raffinée de l’huile de tournesol brute, il y a un sérieux pépin. Une grosse rasade d’huile achetée en Ukraine est farcie à l’”huile de moteur“, huile minérale dérivée d’hydrocarbure. Et pas qu’un peu : d’après nos informations, sur 2800 tonnes d’huile apparemment irréprochable, livrées en France, 19 tonnes auraient mieux fait d’aller graisser des rouages et des pistons que des gosiers. Deux jours plus tard, la France informe officiellement ses voisins européens : cette cargaison fait partie d’un énorme lot de 40000 tonnes, qui a atterri non seulement en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne. Et c’est tout le lot qui a été trafiqué ! De quoi, pour les escrocs, se faire du beurre : sachant que la tonne d’huile de tournesol brute est vendue 1800 euros et que d’après les confidences d’un fonctionnaire de la Commission européenne, ce sont en tout pas moins de 280 tonnes d’huile de moteur qui ont été introduites en douce dans les containers, les margoulins d’Ukraine ont empoché un bénéfice de 504000 dollars (moins ce qu’ils ont déboursé pour l’huile bidon, certes, mais celle ci coûte des clopinettes).

A partir du 26 avril, la Commission européenne et la répression des fraudes rendent publique l’alerte. Officiellement, l’huile de tournesol frelatée mise en bouteilles et les plats préparés à partir de cette mixture ont tous été retirés des rayons et “n’ont pas atteint le consommateur“. Fort bien, mais, au fait combien de lots ont été retirés en tout ? Questionnée par “Le Canard”, la DGGCRF, autrement dit, la Répression des fraudes, explique que “compte tenu du nombre d’entreprises concernées, il est impossible d’en connaître le nombre exact“. Chez Carrefour Promodès, enseigne qui possède la moité des grandes surfaces alimentaires en France, on admet du bout des lèvres avoir retiré pas moins de... 200 produits concernés !

Bref, tout baigne. Sauf qu’il reste un léger problème : Saipol, la maison mère de Lesieur (laquelle marque a fait répondre au Canard par son agence de com’ qu’elle n’était “en rien concernée“), a reçu sa cargaison d’huile frelatée fin février. Et n’y a vu que du feu. Jusqu’à ce qu’un mois plus tard un industriel du nord de l’Europe, destinataire du même lot, l’informe après analyse que quelque chose clochait dans l’huile de tournesol ukrainienne . Et ce n’est qu’un mois plus tard que Lesieur a enfin sonné l’alerte auprès de la Répression de fraudes. La question qui se pose est cruciale : combien de produits assaisonnés à l’huile frelatée ont été conditionnés et commercialisés entre-temps ? Saipol reconnait avoir raffiné l’huile en question pour la vendre ensuite à “une trentaine de clients de l’industrie agroalimentaire“1 , dont il refuse de citer les noms. Mystère et salade verte. [...]

Mais il y a plus sérieux : contrairement à ce qu’ont d’abord assuré la Commission européenne et les pouvoirs publiques français, tous les produits additionnés d’huile contaminés n’ont pas été retirés des rayons. En effet, le 2 mai, la Commission européenne s’est fendue en catimini d’une recommandation autorisant la vente de tous les aliments contenant moins de 10% d’huile de tournesol frelatée. [...]

Comme l’admet la DGCCRF dans une note adressée au Canard, le 7 mai, “en l’absence de toxicité aiguë”, tant pis pour les mayonnaises et autres petits plats déjà vendus. “Aucun rappel” n’a été effectué. [...]"

Le communiqué de la DGCCRF

A la suite d’une contamination d’huile de tournesol brute en provenance d’Ukraine par des huiles minérales, des teneurs atteignant 4060 ppm (milligrammes par kilo) dans les huiles brutes et 1100 ppm dans l’huile raffinée ont pu être mises en évidence. La contamination concernait 2800 tonnes d’huile brute importée par le port de Sète le 23 février 2008.

À la suite du raffinage et du mélange de l’huile contaminée avec des huiles de tournesol non contaminées d’autres origines, 4438 tonnes d’huile de tournesol raffinées ont été mises sur le marché entre le 28 février 2008 et le 4 avril 2008. (...)

Dans un premier temps la DGCCRF a demandé aux entreprises de bloquer et de retirer de la vente les bouteilles d’huile ainsi que les denrées alimentaires contenant plus de 10% d’huile de tournesol contaminée. (...)

De son côté, la Commission européenne a formulé deux recommandations et a confirmé le 5 mai 2008, sur la base des informations fournies par l’AESA, que le contaminant est une huile minérale de haute viscosité ayant une DJA de 20 mg/kg/pc/j. Elle a recommandé aux États-membres d’appliquer un seuil de 300 ppm maximum de contamination pour les denrées élaborées à partir d’huile contaminée.

Romandie News, 20 mai 2008 : Huile ukrainienne frelatée : la Grèce retire toute l’huile de tournesol

Le gouvernement grec a décidé mardi de retirer du marché toute l’huile de tournesol importée depuis le 1er janvier par mesure de sécurité, après la découverte d’huile de tournesol ukrainienne contaminée par des hydrocarbures.

Les autorités ont repéré lundi un nouvel échantillon d’huile frelatée dans un lot qui ne faisait pas partie de ceux signalés au début du mois par les autorités compétentes de l’Union européenne et qui avaient déjà été saisis, a indiqué le ministre du Développement, Christos Folias.

Pour éviter toute incertitude, le gouvernement a donc décidé de retirer tous les produits suspects, a-t-il ajouté.

M. Folias a également accepté la démission du président de l’Autorité alimentaire grecque (Efet), qui a quitté son poste alors que se multipliaient contre les autorités les accusations d’incurie dans cette affaire.

Après une alerte dans plusieurs pays d’Europe, mais tardivement relayée en Grèce, l’Efet a retiré depuis le 9 mai plus de 6.000 tonnes d’huile ukrainienne sur le marché grec. Cette huile frelatée ne présente pas de risque important pour la santé, selon l’Autorité.

Au total, près de 40.000 tonnes d’huile de tournesol ukrainienne "ont été contaminées d’une manière volontaire", avait indiqué en avril un expert de la Commission européenne.

Il n’avait cependant pas été en mesure de préciser comment cette huile avait été contaminée et qui en était responsable. L’huile était arrivée en France d’Ukraine à bord de sept bateaux et distribuée en Italie, aux Pays-Bas et en Espagne.

Référence
http://contreinfo.info/breve.php3?id_breve=3639