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International Afghanistan
Mis à Jour le : 22 avril 2010  19:07

 22 avril 2010  19:07

Le 12 février 2010, les soldats américains des forces spéciales ont tué cinq membres d’une famille réunie pour fêter une naissance. Parmi les victimes se trouvaient trois femmes - dont deux futures mères - qui seraient mortes de leurs blessures faute de soin, selon les témoins. Conscients de leur crime, les soldats ont ensuite essayé de le dissimuler. Sur place, un homme a vu un soldat tenter d’extraire les balles du cadavre de sa fille avec un couteau, pour faire disparaitre les preuves. Les porte-paroles de l’ISAF ont ensuite prétendu que deux insurgés avaient ouvert le feu contre les soldats, et que les femmes, dont on avait découvert les cadavres « entravés et bâillonnés », avaient été victimes de « crimes d’honneur ». Plus tard, une deuxième version des faits les a présentées comme victimes des talibans. Le 13 mars, le capitaine Jane Campbell, de l’US Navy, a publié un communiqué indiquant que « l’ISAF rejetait les accusations de dissimulation », affirmant à nouveau que les soldats avaient découvert les trois cadavres de femmes, mais indiquant cette fois que les liens étaient en fait une préparation pour leur enterrement. Ce n’est que le 4 avril que le général Tremblay a admis que l’ISAF était responsable de la mort des cinq membres de la famille et qu’aucun coup de feu n’avait été tiré contre les soldats. « Les morts ont pu être accidentelles, mais la dissimulation a été préméditée, intentionnelle et criminelle, » écrit le journaliste Matthew Nasuti, pour Kabul Press, qui juge que « La crédibilité de l’armée américaine est en jeu dans cette affaire, » et que l’extrême gravité des faits pourrait justifier la nomination d’un procureur spécial de l’ONU chargé de l’enquête, comme cela avait été le cas après l’assassinat de Rafiq Harari, le premier ministre libanais. « Ces meurtres, leur dissimulation et le refus de poursuivre les responsables, renforcent l’insurrection, » avertit-il. De plus, « l’ISAF et l’armée américaine risquent de perdre toute crédibilité dans le futur. Il ne s’agit pas d’une affaire dans laquelle on trouve une exagération, ou bien une ou deux fausses déclarations. Ce qui s’est passé après ces [...] meurtres, c’est une dissimulation soigneusement orchestrée. » « Si les militaires américains peuvent tuer des civils et tenter de faire porter le blâme sur autrui, alors ils n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes si leurs prochains communiqués sont jugés manquer de crédibilité. » En se comportant ainsi, la coalition « abandonne le terrain de la moralité aux talibans et à Al Qaïda. » De tels évènements « peuvent changer le cours d’une guerre », conclut-il.
 
 15 avril 2010  15:40
Le Président Hamid Karzaï s’oppose de plus en plus ouvertement à Washington, qui non seulement refuse mais entrave le dialogue de réconciliation nationale entamé par Kaboul avec les talibans et le Mollah Omar, note le journaliste Eric Margolis, fin connaisseur de la région. Cette querelle reflète selon lui une divergence fondamentale d’intérêts : les afghans, épuisés par trente ans de conflits qui ont ravagé le pays, aspirent à la paix et savent qu’elle ne peut être obtenue sans redonner leur place aux Pashtounes, alors que la coalition emmenée par les USA tient avant tout à s’assurer un contrôle stratégique sur une région riche de ressources. En arrière plan, les puissances régionales ont pleinement conscience des opportunités que leur offrirait un Afghanistan redevenu indépendant. --- Le conflit afghan est emblématique de l’impasse et de l’inefficacité d’une vision géostratégique bâtie sur la domination militaire. En choisissant la confrontation, l’occident non seulement inquiète mais il expose aussi ses faiblesses et compromet son avenir. Par la confrontation armée, il s’aliène tous les peuples du monde qui voient jour après jour les civils innocents mourir sous les balles et les bombes de ceux qui se prétendent pourtant les dépositaires de la plus haute exigence morale et revendiquent le privilège de dire le droit. En inquiétant, il incite les dirigeants à rechercher la protection de l’arme nucléaire, comme c’est le cas en Iran, pour éviter à leur peuple le destin terrible de l’Irak, où l’invasion occidentale - qui a très sûrement provoqué plus de morts et de souffrances que le régime pourtant honni de Saddam Hussein - est un crime qui restera de toute évidence impuni. En ne parvenant pas à imposer sa loi, il révèle à tous son destin d’empire sur le déclin dont l’heure de toute puissance est vouée à « disparaitre des pages du temps », pour reprendre une formule célèbre mais si souvent déformée. Tous ensembles, ces facteurs concourent au résultat inverse des objectifs affichés : on assiste à une aggravation des tensions régionales, une dissémination des armements et à une accélération des processus de recomposition dans les relations internationales, les nations émergentes cherchant à se protéger et à s’éloigner d’un centre, affaibli certes, mais qui reste un facteur de désordre et non de stabilisation. Enfin, ce faisant, il se prive de ce qui serait sa capacité d’influence sur les affaires du monde la plus inspirante : une coopération pacifiée entre pairs, qui donnerait, elle, quelques raisons de partager les idéaux des lumières, dont, piètres héritiers, nous offrons aujourd’hui une détestable caricature. Contre Info.
 
 6 avril 2010  14:22
« L’intervention militaire en Afghanistan est aujourd’hui le problème, pas la réponse » affirme Dominique de Villepin pour qui « la condition absolue pour être efficace en Afghanistan, c’est d’engager un processus de retrait, maitrisé, énergique, volontaire. » Appelant de ses vœux « une diplomatie française « indépendante » qui porterait « cette exigence du retrait », il estime que celle-ci transformerait la donne : « si le gouvernement Karzaï sait qu’il doit assumer pleinement ses responsabilités, sa politique sera alors une vraie politique d’ouverture et de réconciliation. » Insistant également sur la nécessité d’impliquer les puissances régionales - parmi lesquelles il omet étrangement la Chine - il conclut qu’en l’absence d’une redéfinition de la stratégie, « nous resterons ce que nous sommes aujourd’hui en Afghanistan : une cible immobile. » Transcription de l’intervention de Dominique de Villepin au colloque organisé par le cercle Jeune République à Science Po.
 
 2 avril 2010  19:50
« La Chine ne peut pas rester insensible à la question afghane. Le chaos provoqué par la guerre en Afghanistan menace la sécurité dans la région nord-ouest de la Chine, » constate Sun Zhuangzhi, spécialiste des questions géopolitiques à l’Académie Chinoise des Sciences. Mais les intérêts chinois ne sont pas les mêmes que ceux de la coalition menée par Washington car « l’Afghanistan est utilisé comme un pion » par les USA afin de « maintenir leur domination mondiale et contenir leurs concurrents. » Après avoir énuméré les autres différences d’approche, concernant par exemple le modèle de gouvernance, et exprimé les inquiétudes de la Chine vis-à-vis de la présence américaine à ses portes, il suggère que Pékin aborde avant tout le problème Afghan comme une question de sécurité régionale, en s’appuyant sur l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), qui rassemble cinq des six pays voisins de l’Afghanistan. --- Les suggestions de Sun Zhuangzhi reflètent - et il ne s’en cache pas - les préoccupations géostratégiques d’une grande puissance en devenir qui se sait promise à un rôle de premier plan sur la scène internationale et commence à réclamer sa part. Mais la position qu’il défend est parfaitement légitime et non moins raisonnable que celle de l’Occident qui prétend décider du sort de peuples et de nations à l’autre bout du monde, selon ses seuls critères et intérêts, bien souvent au mépris des réalités régionales, toujours plus complexes que la version en noir et blanc que l’on nous propose habituellement. Comme il y insiste, la Chine, elle aussi confrontée au séparatisme Ouigour, soucieuse de la sécurité de ses frontières et exposée au trafic de drogue, est tout aussi intéressée que Washington à un Afghanistan pacifié et stable. Serions-nous prêts à retenir la suggestion de Sun Zhuangzhi d’une recherche de solution « Asiatique » au problème afghan, si elle apparaissait comme plus prometteuse que l’intervention occidentale ? La question n’est pas (encore ?) ouvertement formulée en ces termes. Mais elle recèle un crible redoutable pour toutes les justifications aujourd’hui communément admises pour l’intervention et les objectifs de l’OTAN. Contre Info.
 
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