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Economie
Mis à Jour le : 9 février 2010 16:47
Nous avons souvent comparé la monnaie unique à un lit de Procuste. D’une humeur sans doute plus débonnaire, l’économiste Jean Claude Werrebrouck choisit de filer la métaphore vestimentaire. En matière monétaire, nous sommes passés, écrit-il, de la haute couture à un prêt-à-porter gênant aux entournures les corpulences disparates des membres de l’Union. Mais loin d’inciter à une hypothétique convergence comportementale, cette cote mal taillée a au contraire incité les nations à rechercher des niches compatibles avec leurs dispositions, accroissant l’hétérogénéité au sein de l’Union. Cette crise prévisible d’une union monétaire « non optimale » comme la nomment les économistes, pourra-t-elle être surmontée ? Pour ce faire, M. Werrebrouck estime que les Etats devraient adopter une stratégie coopérative de « keynésisme inflationniste », qui seule permettrait « d’extirper l’Europe du double étau des taux de change trop élevés et des montagnes de dettes publiques produites par la gestion de la crise. »
Dans le monde merveilleux de Jean Baptiste Say, si souvent appelé à la rescousse par Laurence Parisot, les revenus, quelque soit leur nature, investissement, rente ou travail, sont dépensés et soutiennent l’activité, en un cercle vertueux où la demande équilibre par nature l’offre. En y ajoutant une version à peine modifiée du « théorème de Schmidt » affirmant que, dans la mesure où il incombe aux profits (assimilés sans hésiter à des promesses d’investissements productifs) d’ accroitre le niveau d’activité, donc la taille du gâteau, et de créer de l’emploi, on en arrive à la conclusion qu’il est donc indispensable au minimum de baisser l’impôt, de réduire le rôle de l’Etat et de laisser jouer libres de toutes contraintes les « forces du marché ». Hélas, loin d’être une analyse économique digne de ce nom, il s’agit tout au plus d’un joli conte pour enfants sages. Lorsque le profit et l’épargne ne s’investissent plus dans la production, faute de débouchés, et sont dirigés vers des bulles financières d’actifs dont les revenus sont trois ou quatre fois supérieurs à la croissance réelle, le cercle vertueux du pauvre Jean Baptiste se transforme en cercle vicieux. Plus on est riche, moins on dépense. Plus le volume du « capital » financier spéculatif (et fictif) s’accroit, plus grande est sa rémunération et plus forte la ponction qu’il prélève sur l’activité économique réelle, l’affaiblissant d’autant. Conséquences ? Des salaires pressurés à la baisse pour la majorité, et pour la minorité privilégiée une accumulation exponentielle, par le jeu des intérêts perçus cumulés. Aux USA, cela se traduit par l’accaparement de 50% des revenus par les 10% les plus riches, et un énorme 8% du gâteau pour les 0,1% situés au sommet de la pyramide sociale. Avec pour résultat, une faiblesse chronique de la demande, à laquelle vient pallier le recours croissant au crédit, financé en partie par ceux qui ne savent plus comment dépenser leur argent. Car dans cette version modernisée du servage, les agios des crédits révolving ou des prêts immobiliers payés par ceux qui en sont réduits à la portion congrue rémunèrent les « investissements » des plus fortunés via la titrisation des crédits bancaires... jusqu’à ce que cette bulle de dettes implose. Voilà où mène le modèle que l’on nous a présenté comme indépassable depuis trente ans. « Lorsque les fruits du travail de la société sont mal distribués, lorsque les riches s’enrichissent et que les classes moyennes et inférieures ont du mal à garder la tête hors l’eau, comme c’est clairement le cas aujourd’hui, alors le système s’effondre. » Ce diagnostic prémonitoire, porté en 1997 par Bill Gross - qui sait de quoi il parle, puisqu’il est le patron de PICMO, le plus gros fonds d’investissement US - est rappelé aujourd’hui par Albert Edwards, responsable de la stratégie à la Société Générale. S’il n’avaient pas eu l’illusion de s’enrichir grâce à la bulle immobilière alimentée à crédit, les américains se seraient révoltés depuis longtemps, écrit-il, tout en n’écartant pas la possibilité d’une prochaine explosion sociale. --- Depuis l’éclatement de la crise, le débat porte principalement sur la finance, son rôle excessif, ses rémunérations scandaleuses, ses prises de risque inconsidérées, et la nécessité de réguler. A juste titre. Mais ce faisant, on en oublie l’essentiel : pour qu’elle puisse développer tout son potentiel de nuisance, il lui fallait du carburant, des apports de liquide. Les inégalités croissantes résultant des politiques néolibérales sont l’un des paramètres essentiels du problème (avec le vieillissement démographique et les déséquilibres commerciaux). Cela vaut également pour la France, même si la tradition républicaine en a limité l’ampleur, comparativement aux USA et au Royaume Uni, et que le président de République - qui, rappelez-vous, déplorait le manque d’endettement des français - n’a fort heureusement pas eu le temps de mettre en œuvre l’entièreté d’un programme voulant à toute force nous rapprocher encore plus du modèle anglo-saxon. Aujourd’hui, la donne a changé, mais prétendre « moraliser le capitalisme » reste un vœu pieux tant que des règles du jeu viables et équitables de partage des revenus entre épargne et salariat - entre capital et travail - n’auront pas été rétablies, que les méga fortunes ne seront pas considérées pour ce qu’elle sont - un droit injustifiable de lever un impôt privé confiscatoire sur l’effort de tous - et tant que l’on continuera de confondre la « création de valeur » provenant de la hausse de l’immobilier et des actions avec un véritable enrichissement de la société. Nous n’en prenons pas le chemin. Contre Info.
« Depuis 30 ans, les salaires baissent, sauf au sommet Le décrochage est particulièrement significatif depuis 1999, » constate Jacques Sapir. Mais l’indicateur classique de la part des salaires dans le PIB, qui a cependant connu une baisse marquée au tournant des années 1980, n’explique pas l’entièreté de cette compression des revenus, explique-t-il, car on comptabilise désormais en salaire, en particulier pour la finance et les chefs d’entreprises, des rémunérations élevées qui auparavant étaient attribuées au capital. Avec pour résultat, un gonflement de la masse salariale - et du salaire moyen - alors le salaire médian, plus représentatif de l’évolution réelle pour la majorité des français, continue de stagner.
La tribune de Paul Krugman proposant que les USA adoptent au plan économique une attitude plus offensive face à la Chine a, comme on pouvait s’y attendre, provoqué un mécontentement certain à Pékin. Le Global Times, appartenant aux autorités chinoises, a publié une réponse plutôt fraîche aux arguments de Krugman. Si le plein emploi est un « paradis perdu » pour l’occident, affirme son auteur Liu Ge, la faute n’en incombe pas à la Chine ou au cours du yuan mais à l’entrée dans la mondialisation des milliards de travailleurs des pays émergents. Dans les économies du monde développé, écrit-il, les secteurs à haute valeur ajoutée sont incapables de fournir suffisamment d’emplois. Mais imaginer que des millions d’américains puissent retourner vers les chaînes de montage relève de l’illusion, juge-t-il, pour deux raisons : les américains ne veulent plus occuper ce type d’emploi et les coûts seraient prohibitifs. --- Le constat proposé par Liu Ge est sciemment provocateur. Mais il va au cœur d’une question que l’Europe se refuse à traiter autrement que par de vaines invocations en faveur d’une économie de la connaissance, à la manière de l’agenda de Lisbonne. Contre Info.
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